![]() | Alors que le nouveau millénaire pointait son nez on a eu la surprise de voir surgir trois albums basés sur un revival du blues rural/folk (à la Hooker version campagne, Lightning Hopkins, Leadbelly ou Son House) : James Cotton d'abord avec Deep in the blues (2000), puis Otis Taylor avec White african (2001), enfin Buddy Guy avec Blues Singer (2003). Ces trois disques qui sortirent à quelques années d'intervalle sont très similaires de par leur recherche d'un son acoustique (voir folk), d'une musique volontairement très épurée aux accents ruraux. Autre point commun : ils sont de brillantes réussites. Quel intérêt de ressortir au début de ce millénaire des disques de vieux blues ? Peut-être d'abord ce nouveau millénaire a-t-il besoin d'hommages ou de rappels des années passées. En débutant par le bruit d'un train arrivant en gare (écho lointain des trains de hobbos de l'amérique profonde, mais peut-être aussi de l'arrivée du train en gare de La Ciotat des frères Lumière, 1896), et en enchainant bille en tête par un vieux couplet sur le blanc opprimant le noir, Otis Taylor ne fait que dire cela : le millénaire change, pas le monde (déjà en appelant son disque White African il place le décor...). Autre raison : on peut arguer le fait que la technique et la qualité sonore sont au rendez-vous. La clarté et la beauté des enregistrements font définitivement honneur à cette forme acoustique de musique (chez Taylor, guitare, banjo, mandoline, harmonica usent de l'aubaine, chez Cotton on sent une certaine jouissance à profiter d'un tel son). Encore une autre raison ? On connait Buddy Guy pour son côté très opportuniste. Le succès d'estime du disque de Taylor lui a probablement donné des idées. Or si le disque de Otis Taylor possède l'immense talent de n'être composé que par des titres originaux (et très inspirés), celui de Buddy Guy est définitivement un hommage, presque un exercice de style où le talent du bluesman s'étale devant nos yeux ébahis sur des standards immortels (Lucy Mae Blues -où figure Eric Claption à la guitare- et le Crawling King Snake -ou apparaissent Clapton et BBKing- sont de petites perles). James Cotton, avec sa voix éraillée à réveiller les plus vieux démons, est sur un autre axe : sa carrière arrive à sa fin (il est né en 1925, et a donc presque 80 ans quand il enregistre), il a fait parti de l'histoire en tournant notamment avec Muddy Waters, le disque (mi-compos, mi-reprises) présente pour lui l'opportunité d'établir enfin une reconnaissance méritée, ainsi qu'une sorte de florilège de son travail. Pour ce disque il s'entoure à la guitare de Joe Louis Walker et à la contrebasse de Charlie Haden (plaisir du son mais aussi plaisir d'être bien entouré donc). Si j'ai eu envie de parler de ces trois disques c'est qu'ils apparaissent à mes yeux comme des réussites manifestes. Je ne suis pas très "blues", du moins j'ai du mal à écouter à longueur de journée Lightning Hopkins ou John Lee Hooker (même ne serait-ce que la matinée). Pourtant aucun problème avec ces trois disques (et je ne suis pas généralement un fana de Buddy Guy !). Je les ai découverts à différentes époques : le James Cotton à sa sortie, le Blues Singer voilà un an et demi, et le Otis Taylor cette année (2006). Ils me semblent tous les trois faire partie du même coffret. Si donc d'aventure vous tombiez sur l'un de ces disques et qu'il vous plaise, sachez que deux de ses frères existent. Mais quel paradoxe, mes disques de blues sont du nouveau millénaire... extrait My Souls in Louisiana , Otis Taylor, White African
James Cotton, Deep In The Blues, 2000 5 poin /5 Otis Taylor, White African, 2001 4 poin /5 Buddy Guy, Blues Singer, 2003 4 poin /5
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