Haut Mage POIN POIN
Pour évoquer la musique de Elton Dean il eut été simple et presque évident de présenter un disque de Soft Machine, groupe auquel on l’associe spontanément. Ce serait méconnaître encore trop longtemps que ce musicien a depuis quarante ans participé à nombre d’enregistrements mémorables parmi lesquels on citera (sans être bien sûr exhaustif) ceux en compagnie du
Brotherhood of Breath de Chris Mc Gregor, Keith Tippett Group, l’album Sunset Glow de Julie Tippetts ou encore l’aventure Centipede dont poin-poin vous parlera sûrement un jour prochain.
Elton Dean a été de presque toutes les grandes aventures du jazz anglais ou européen tout en continuant à réunir autour de lui des musiciens pour participer à des enregistrements (mais aussi des concerts) sous différentes configurations. Dans ce disque publié en 1996 par le label américain Cuneiform il s’est entouré de Paul Dunmall (autre vétéran du jazz anglais et des musiques improvisées) au sax ténor, Paul Rogers (contrebasse), Tony Levin (drums) et une pianiste française Sophia Domancich (qui elle aussi a enregistré quelques beaux disques et participé à l’ONJ).
La musique jouée est impressionnante de vivacité, d’énergie et d’invention. Bien sûr il s’agit d’un jazz moderne, free ou post free, comme disent quelques uns. Chaque instrumentiste y allant de ses soli avec son style propre, le piano parfois lyrique parfois percussif de Sophia (et oui je l’appelle par son prénom !), le drumming subtil mais rageur quand il le faut de Tony Levin (tiens tu ne l’appelles pas par son prénom ???), les sax qui prennent leurs soli et qui souvent se répondent, se croisent, se superposent – il faut entendre le passage de Gualchos autour de la 25éme mn où Dunmall et Dean, seuls, jouent à se répondre et à construire comme des contrepoints. First in the Wagon commence comme une ballade West Coast et se poursuit dans une sorte de sérénité retrouvée après le déluge sonore de Sound Awake. L’album se finissant sur Trains for Tooting qui rappellera aux amateurs les musiques les plus free et les mieux improvisées que le jazz anglais ait pu produire (je pense à des enregistrements de Evan Parker par exemple).
Ce disque mérite une écoute attentive et tend à prouver (s’il en était besoin) qu’Elton Dean était un merveilleux musicien qui pouvait jouer dans différents contextes, avec la même envie d’expression et de partage. Musicien généreux et exigeant. Il est décédé le 7 février 2006 à 60 ans. RIP.
4 poin / 5
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