
Il est des disques qui n’ont pas eu un destin à hauteur de leurs qualités intrinsèques. Par exemple, prenez celui de Linda Perhacs, il y a de quoi s’interroger sur les tours que s’amuse à jouer aux artistes la postérité. Lors de sa publication en 1970 on ne peut pas dire que celui-ci ait reçu toute l’attention que pourtant il méritait. Et il aura fallu attendre l’ère du CD, et encore, bien tardivement, pour qu’on se penche sur ce qui n’est pas moins que l’un des plus beaux disques de folk qu’il m’ait été permis d’écouter. Tout dans ce disque retient l’attention. La voix de Linda Perhacs d’abord, que je m’abstiendrais de comparer, mais qui se trouve être d’une justesse et d’une expressivité qui ne cesse d’étonner et de surprendre tout au long du disque. Les compositions, toutes originales, où brillent les guitares, la basse nonchalante et quelques percussions discrètes parfois indianisantes (tablas sur Moons and Cattails) qui font comme un balancement qui prête au chant son fragile équilibre. La voix est souvent doublée, voire multipliée sur certains titres (Chimacum rain), ce qui a pour conséquence de donner cette impression persistante de pénétrer dans un espace sonore au fragile équilibre. L’usage mesuré et parcimonieux de procédés électroniques (Parallelograms) et les ornements d’une flûte ou d’un saxophone (Morning Colors) contribuent encore un peu plus à l’originalité d’une musique qui, souvent, semble voguer à la surface d’une onde calme et sereine. Il faut ainsi s’immerger plusieurs fois dans l’écoute du disque pour que progressivement se dégagent les milles nuances de la voix de Linda Perhacs. Pour que les dentelles que tissent les guitares enchantent vos souvenirs et qu’enfin les percussions, ainsi que la basse, laissent apparaître leurs subtils entrelacements.
Il existe, semble-t-il, plusieurs rééditions de l’album. Je ne saurais trop vous conseiller de choisir celle sur le label Wild Places (WILD005-RE) publiée grâce à la participation de Linda Perhacs elle-même puisqu’elle a fourni les bandes à partir desquelles un travail soigné a pu être effectué. En effet à la sortie du disque en 1970 Linda Perhacs fut très déçu par le résultat publié, déception en partie due à un mauvais pressage en vinyle (et pourtant on sait les petites fortunes que quelques collectionneurs sont prêts à investir pour une copie neuve de l’édition originale !).
Cette édition de 2003 propose par ailleurs un réel inédit (If You Were My Man) qui date des sessions de l’album et quelques bonus (demos) qui, une fois n’est pas coutume, sont intéressants et ne nuisent pas à l’unité de l’œuvre complète ainsi proposée. En effet après cet album Linda Perhacs n’a plus rien enregistré.
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