Tout seul au bout de la digue...

Bob Dylan a intégré la musique américaine, le rock n' roll, le folk, la country (qu’on appelle maintenant old time, c'est plus élégant...). Il a aussi donné pas mal à la musique américaine dans les années 60, planté quelques albums dans les années 80 (mais il y a toujours une toune à sauver par ci par là) avant de revenir éclatant dès Oh Mercy (Columbia, 1989). Et depuis Time Out Of Mind (Columbia, 1997) il passe, sur la pointe des pieds, comme un fantôme, un genre de mythe vivant qui hante le monde musical et enfonce le clou très fort pour qui y prête l’oreille. Avec Modern Times il nous sert une bonne vieille galette du pays pour le monde d’aujourd’hui. Du rock n’ roll torpillé au rock de Thunder on The Mountain ou Rollin‘ and Tumblin', aux ballades fabuleuses où il endosse l’habit de crooner - Spirit On The Water et When The Deal Goes Down et ce Beyond The Horizon comme un Over The Rainbow - en passant par les blues de Someday Baby et Workinman’s Blues #2. Les histoires d’amours, le monde et le Zimm déballent leur sac le temps de dix tounes tournées avec l’assurance d’un qui n’a plus rien à prouver, accompagné d’un groupe de country blues rock hillibilly que l’on sent parti pour jouer toute la nuit. Une nostalgie saute de chanson en chanson et à chacune d’elle, qui passe, c’est comme des traces de pas mouillés qui déjà s’estompent sur le ponton de bois qu’on a emprunté pour arriver jusque-là. Ain’t Talking, le majestueux final de Modern Times, boucle la boucle de l’extraordinaire Sick Of Love (que l’on trouve en ouverture de Time out of Mind, Columbia, 1997). Et nous, fébriles, on reste pendus aux lèvres du donneur d’images, au bout de la digue… et on murmure dans le vent : « La suite Bob, la suite… t’en va pas comme ça… The Levee’s Gonna Break. »
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