Profitons de la sortie imminente d’un nouvel album de Joanna Newsom pour reparler de cette artiste et de son premier LP. Le travail de cette demoiselle est pour moi une des seules découvertes intéressantes que nous aura proposé la déferlante néo-folk, que je me plais à brocarder si souvent.
Issue d’un famille de musiciens (eh oui ! Souvent ça aide!), harpiste et pianiste depuis sa tendre enfance, elle suit un parcours Classique dans un premier temps, puis s’en éloigne pour rapidement jouer au sein de formations noise-rock. La californienne croise la route du fort talentueux Will Oldham, de la plus inégale Chan Marshall (alias Cat Power), et de l’escroc Devendra Banhart. Elle a également tenu les claviers du groupe "grungy rock", The Pleased.
A l’age de 22 ans, c'est-à-dire il y a deux ans, elle publie The Milked-Eye Mender, son premier album. Elle adopte définitivement pour cet opus la harpe pour s’accompagner. En préparant cette chronique, j’ai pu lire qu’influences Appalaches, folk, harpe vénézuelienne et ouest africaine festoyaient joyeusement ensemble dans la musique de Joanna Newsome. J’en ai pris note et vous le rapporte, même si je suis absolument incapable de vous donner mon opinion sur ce poin(t) – si quelqu’un possède un disque de harpe vénézuélienne, qu’il n’hésite pas à me contacter…-. Par ailleurs, la difficulté inhérente à l’évocation de cet album est de ne pas répéter ce qui a été lu et entendu partout : Joanna est elfique , c’est une petite fée des bois, et aussi un mélange de candeur et de folie douce…( trop tard, c’est dit, je suis tombé dans le panneau !)
En béotien de la harpe je vais tout de même vous dire ce qui me semble étonnant dans l’utilisation qu’en fait l’américaine. Les écoutes successives révèlent des structures musicales bien plus solides qu’il n’y parait au premier abord. Egréner de jolies notes sur cet instrument peu usité, n’est finalement qu’un élément parmi d’autres du travail de composition, très pensé. En traçant sur sa harpe une structure rythmique solide et précise (Nous ne sommes finalement pas si loin d’un jeu de guitare folk en picking ), la musicienne la transforme en instrument d’accompagnement idéal, ce qui ne l’empêche de parer ses chansons de charmants ornements. Ainsi, bien amarrée à son imposante compagne, Joanna Newsome va pouvoir distiller sa fantaisie, sans pour autant tomber dans l’impasse Lo-Fi , ou se disperser en vaines atmosphères crypto-celtiques. Peut-être les afféteries de sa voix agacera vos tympans, mais cette chanteuse a le mérite de tenter l’originalité. Elle assume un chant enfantin totalement excessif mais c’est un engagement qui la différencie de nombre de ses compagnons de route comme le mollasson Devendra Banhart (oui, je m’acharne un peu). Point de chuchotements, de pianissimos, oh non, surtout pas ! Juste une excentricité vocale, qui, par ailleurs, ne me semble pas le produit de dosages savants. Globalement, de cette collection de gaies vignettes musicales se dégage une audace de composition et d’interprétation que je pense non illusoires. Quelques titres font également allégeance à un folk plus traditionnel, bien que transfiguré, comme « Three Littles Babes » ( un des rares titres sur lequel elle abandonne la harpe pour le clavier, ici un piano), reprise traditionnelle, ou « Clam, Crab, Crockle, Cowrie » dont la mélodie est en descendance directe de la country la plus classique.
Au final, l’auditeur qualifiera sans doute cet enregistrement soit d’amas de titres hystériques et vrille-tympans, soit de recueil de chansons enjouées et poétiques. Fréquentant ce disque depuis un an et des poussières, je fais partie de la seconde catégorie, bien que, selon mon humeur, il peut arriver que je penche parfois vers la première
Joanna Newsom est filmée Live ICI
Vous trouverez un clip ICI
Et un titre en écoute LA
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