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Home Dressez vos esgourdes Country/Folk BOB DYLAN - Modern Times - 2006

BOB DYLAN - Modern Times - 2006

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 Cinq années auront donc été nécessaires pour que Bob Dylan enregistre et publie son nouvel album. Cinq années pendant lesquelles il n’est pas resté à ne rien faire, son Never Ending Tour, passé dans nos contrées cet été, lui prenant quand même assez de son temps. Quand on pose le disque une première fois sur la platine ce qui saute aux oreilles, écoutant les titres défiler, c’est la continuité qu’il y a entre ces Temps Modernes et le précèdent, Love and Theft. Le choix des musiques et l’enracinement dans les traditions musicales populaires américaines sont encore et toujours présents et même affirmés de plus belle. Blues, jazz, swing sont ici revisités et sur certains titres ce sont des sons ou des tonalités de quelques grands artistes des années 30 et 40 qui se rappellent à nous. D’ailleurs Dylan ne s’en cache pas et c’est très consciemment (dit-il dans une interview donnée à l’hebdo français l’Express) qu’il a cherché à produire cette impression. Dans une chanson comme Beyond the horizon il affirme avoir souhaité reproduire les sonorités du jazz de Basie ou de Benny Goodman avec un son de guitare rappelant Charlie Christian.

Des titres comme Rollin’ and Tumblin’ ou The levee’s gonna break se rapportent directement au blues dont Dylan ne s’est jamais caché qu’il constituait une source importante d’inspiration. Workingman’s Blues #2 prend plus la forme d’une ballade folk et ne suit pas les règles de construction d’un blues traditionnel mais on peut percevoir dans les thèmes et la manière d’aborder ceux-ci une volonté d’exprimer, comme le font de très nombreux blues, décrivant la vie des noirs américains, les conditions de vie du prolétaire blanc, ouvrier ou paysan. Dans le dernier couplet Dylan chante :

« Now I'm down on my luck and I'm black and blue
Gonna give you another chance
I'm all alone and I'm expecting you
To lead me off in a cheerful dance
I got a brand new suit and a brand new wife
I can live on rice and beans
Some people never worked a day in their life
Don't know what work even means »

Nettie Moore est une chanson qui lentement fait son chemin en l’auditeur et qui manifeste une véritable force d’évocation du tragique de l’existence. Les arrangements n’y sont pas étrangers et la batterie qui martèle son rythme obsédant et entêtant accentue encore l’inéluctabilité d’un destin. Là encore il faudrait citer le texte en son entier. Dylan chante dans le refrain :

« Oh, I miss you, Nettie Moore
And my happiness is over
Winter's gone, the river's on the rise
I loved you then, and ever shall
But there's no one left here to tell
The world has gone black before my eyes »

Le disque se clôt sur Ain’t Talkin’ l’un des titres les plus longs de l’album et le plus étrange. Sorte de ballade où Dylan chante autant qu’il déclame le texte aux évocations oniriques (doit-on aussi y déceler quelques préoccupations mystiques ou religieuses ?) que les exégètes de ses textes ne vont pas tarder à décortiquer comme ils ont pu le faire pour Desolation Row auquel il fait penser, le violon en contrepoint se substituant à la guitare.
Je n’ai pas évoqué les deux premiers morceaux de l’album, chacun mériterait un petit commentaire, mais sachez que Thunder on the Mountain a des intonations rock fifties et que Spirit on the water est parmi mes titres favoris de l’album, titre aux tonalités jazzy avec son texte allusif aux amours difficiles, contrariées… Tout le disque ne s’impose pas avec une même évidence que les titres tels Ain’t talkin’, Nettie Moore ou Workingman’s blues mais l’ensemble, à mes yeux, constitue une belle réussite. Le chant de Dylan y est clair, comme apaisé. Les musiciens jouent leurs parties avec professionnalisme (pas de prouesses musicales ou instrumentales ici). Bien sûr on n’atteint pas l’intensité expressive de Time out of mind (1997) et la profondeur émotionnelle de Blood on the tracks (1975) mais l’œuvre dylanienne s’enrichit encore d’un disque non négligeable que les auteurs en herbe (qui prolifèrent ces temps-ci) seraient bien avisés d’explorer. En tous cas ce disque constituera, pour moi, en ces jours gris de fin d’été, un excellent accompagnement à la morosité qui surgit, année après année, quand il s’agit de faire sa rentrée.

Les acheteurs d’une édition limitée auront en prime un dvd par lequel ils pourront visionner un clip promotionnel pour l’album World gone wrong (1993), un extrait des Grammy Awards de 98 où Dylan chante Love sick, une vidéo promotionnelle pour le film Wonder boys (2000), Things have changed et enfin Cold irons bound extrait du film Masked & anonymous. Toutes choses non dénuées d’intérêt pour les amateurs, les collectionneurs ou les complétistes.

4 poin / 5

 

Sur le même album, la chronique de Dj Duclock 

Mis à jour ( Mercredi, 13 Août 2008 12:19 )  

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