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Home Dressez vos esgourdes Country/Folk AMERICA - s/t - 1972

AMERICA - s/t - 1972

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america33tA première écoute, l'affaire est vite réglée : plagiat Simonetgarfunkelisé de Crosby Stills Nash & Young, chacun les 4 à tours de rôle (on les passera en revue pour rendre à César etc.), par un trio de niaiseux fils de militaires ricains en poste sur une base anglaise, de plus carton planétaire auprès du tout-public (l'injure suprême ça, le plébiscite du tout-public), pas de quoi s'attarder, ça se torche en une ligne ou deux, parallèle ou perpendiculaire, qu'importe. Seulement voilà, même pas entièrement fausse, quelque chose résiste à cette analyse. Quelque chose qui fait problème, cogiter même, toujours bon à prendre pour amuser ses neurones. Ainsi, 33 ans après sa parution, cet album dégage un charme intense que ce tiers de vie d'homme n'a pas réussi à effacer (alors qu'il y en a un certain nombre de charmes, musicaux ou autres, dont il ne reste aucune trace).

Après écoute et réécoute de ces deux faces devenues tout de même un peu mythiques, mon hypothèse est que ce charme est principalement dû à Ken Scott. Pas l'un des trois protagonistes d'America, pas même le producteur (tache dévolue à Ian Samwell et Jeff Dexter), mais juste l'ingénieur du son. Pas n'importe quel ingénieur du son cependant. Celui qui venait de produire Hunky Dory pour Bowie et qui fera de même pour Ziggy Stardust, Alladin Sane et Pin Ups. Ken Scott (qui commença sa carrière d'ingénieur du son avec le White Album des Beatles, et fut celui d'All Things Must Pass d'Harrison) va reprendre ici les idées que Bowie lui a demandé de mettre en œuvre sur Hunky Dory si bien qu'on a parfois l'impression qu'America pourrait jouer "Andy Warhol" (la chanson) sans dépareiller, tant le son à la fois cristallin, soyeux et tranchant des guitares sèches est identique (écouter par exemple la dernière minute de "Clarice") Le plus frappant, c'est peut être le son de la batterie, sec, aérien et nerveux, il reste un des plus magiques de l'histoire du rock même si, on doit l'admettre, il ne convint pas à tous les groupes (par exemple Mott The Hoople qui en souffrit sur l'album All The Young Dudes). Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, America a bien des chansons adaptées à ce style qui fut l'écrin glamour par excellence.

Car les chansons ici ruissellent de tristesse, de pessimisme et fleurent bon la jeunesseamerica Goethique, jamais loin du suicide pour quelque idéal sentimental ou humaniste déçu. Ca pleure et regrette à longueur de textes, ce qui en fait un compagnon idéal pour les désaxés dans mon style. C'est donc le versant le plus noir de CSN&Y qui est pillé. Crosby sert de référence pour "Rainy Day", "Clarice" et "Children" (avec toutefois sur cette dernière les accords de Neil Young et un refrain emprunté à Stills), Stills pour "Riverside" et "Three Roses", Nash pour "Here" et "Never Find The Time", Young pour "Sandman", "Dankey Jaw", "Pigeon Song" et "A Horse With No Name". Seul Gerry Beckley semble moins inspiré par le quatuor, et plus par les Beatles avec un "I Need You" qui ressemble plus que pas mal à "Something" (ce qui n'empêcha pas d'en faire un hit). Le truc, c'est que tous ces morceaux (à l'exception du très médiocre "I Need You") sont excellents, trois d'entre eux étant même des chefs d'œuvre. Tous trois appartiennent à la veine Neil Young.

"Donkey Jaw" est le plus sulfureux, presque démoniaque, à l'image de son texte ("Ah, get behind me Satan / Quit ravishing the land / Does it take the children / To make you understand?"), illustration potentielle d'un banc titre doloriste sur El Greco. Dan Peek y pose une voix qui évoque un Neil Young possédé par Roky Erickson. Quand l'acoustique parvient à ce degré de qualité, on ne peut dédaigner.

Le plus malsain est "Pigeon Song", souvent décrié par les fans du groupe comme la plus mauvaise chanson de l'album. La plus sinistre en tout cas, c'est certain. Elle serait plus à sa place sur un album de Nick Drake ou Syd Barrett même si l'on pense surtout à Cat Stevens dans la manière de chanter. Aussi brève soit-elle, elle clôt l'album sur un ton assez troublant, avec un texte évoquant aussi bien Kes que L'enfance Nue ("Well, I had me a pigeon / By the name of Fred / But I done shot him / In the head"). Je rêve d'une version doom par Electric Wizard.

america45tMais la première d'entre toutes, c'est, quoi qu'on en dise, "A Horse With No Name", démarquage c'est sûr assez osé de Neil Young, mais qui porte en elle une magie qui la rend quelque peu irréelle et en fait un pendant musical du désert américain assez fascinant (à la manière du "On The Road Again" de Canned Heat). La métaphore du texte m'est impénétrable et ne se trouve peut être que dans mon esprit mais elle ne cesse de me hanter après toutes ces années. "A Horse With No Name" fait partie de ces quelques chansons qui trônent dans mes replis limbiques et démontre que le goût, en matière de musique, a bien quelque chose d'irraisonné. Je ne suis certes pas le seul mais je ne peux m'empêcher d'être surpris que certaines chansons résistent aux milliers d'autres qui ont pu traverser mon cortex. J'en reste à ce constat et sait d'intuition que si ma tripaille palpite encore dans une vingtaine d'années, je me fredonnerai encore ce "I've been through the desert on a horse with no name / It felt good to be out of the rain / In the desert you can remember your name / 'Cause there ain't no one for to give you no pain".

Pour finir de convaincre définitivement de l'influence déterminante de Ken Scott sur la qualité de cet album, on précisera que les albums suivants sont, à quelques chansons près, de petites choses insignifiantes (aussi bien sur le plan du son que des chansons, ce qui s'explique moins), pourtant produits la plupart par… George Martin en personne. Comme quoi parfois mieux vaut s'adresser à ses saints qu'à Dieu.

4 poin et demi / 5

Chronique parue dans rubrique Parallel lines de Crossroads

Extrait : Donkey Jaw  

 

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 18:25 )  

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