Accepter la mort !!! Comment se fait-il donc qu'aucun groupe n'ait jamais adopté ce patronyme qui errait dans l'inconscient collectif depuis toujours ? Car en effet, n'est-ce pas le processus ontologique fondateur consubstantiel à la pensée humaine qu'apprendre à accepter la mort une fois que l'on sait que mort il y aura et qu'on sera dans le lot (parce qu'un temps on la pense réservée aux autres pardi) ? Mais comme l'a bien et longuement disséqué Jankelevitch dans La Mort, il n'y a pas de propédeutique de la mort, pas la peine d'essayer de l'amadouer, de s'y préparer, c'est en vain. Ainsi Accept Death sonne-t-il plus comme un vœu pieu (bien qu'en l'occurrence impie, ou alors pieu à enfoncer dans le poitrail d'un archevèque) que comme une promesse d'ataraxie enfin conquise.
C'est bien sûr un groupe sludge qui a désormais la charge de mener haut cette belle utopie (et je dois dire, à regret pour certains poin-poineurs, assez peu sludge-rigolo), et par chance, qui ne le galvaude pas mais lui fait honneur. Il y a longtemps que je n'avais découvert agrégat rangé sous cette bannière qui m'ait fait de nouveau palpiter enclumes et marteaux et gicler les surrénales (depuis les géniaux Indian en fait). Là, dès les premières minutes, il était clair que cette gadoue sonore était pour moi, ce que n'a, heureusement, fait que confirmer les 45 autres minutes.
J'ai beau traverser depuis quelques mois des paysages intérieurs moins fuligineux (on s'en fout répond le coryphée), cette musique n'en trouve pas moins d'écho en moi quand elle sait atteindre de tels sommets (ou profondeurs, car en matière de sludge, tout s'exprime en valeur absolue, et le sens disparaît, ne reste que l'intensité). Accept Death réussit ici la synthèse de tout ce que le sludge a pu déverser comme vomissure musicale sur ses adeptes durant ses presque 20 ans d'existence. C'est un épitomé. Si le Sabbath noir est le compost où ça pousse, EyeHateGod, UpsideDownCross ou Sleep sont les pilotis. Et on trouve aussi quelque chose des premiers Obituary (sur "Tolerance" notamment), donc des traces de death que beaucoup essayent de gommer ces temps-ci, ça ne fait pas assez intellectuel, car le doom vire depuis quelques temps à la musique convenable et respectable (ça tombe bien, c'est ce qu'elle devient, figée dans sa pose arty), ce qui ne risque pas d'arriver à nos trois beaux bébés d'Accept Death (voir si je galèje ci-dessous).

Aucun titre ne se détache puisque tout est enchaîné comme les forçats d'une colonie pénitentiaire qui se traînent misérablement sur les routes boueuses de Louisiane (erreur géographique, ils sont de l'Ohio, oui mais la boue du bayou est de meilleure qualité pour faire du bon sludge, exigez la boue de là-bas) et dont on achève les retardataires (en les pendant par exemple, si l'on en croit la pochette dont l'intérieur présente une jolie brochette de têtes décapitées). Mais parmi les moments qui me soulèvent du plancher des vaches (en képis ces temps-ci), il y a "I'm Sick" et puis les 8 minutes de "Kill Everyone" (ils sont marrants aussi, il faut bien commencer par quelqu'un) où ils se confrontent à l'epic ample et presque symphonique et s'en tirent remarquablement puisqu'on frissonne d'effroi en espérant y survivre.
Mais comme il est désormais aisé de savoir si on a les bons récepteurs pour ce genre de grumeaux en allant s'aventurer prudemment sur leur myspace (là) autant faire ce que je ne suis pas habitué à faire : court. En tout cas, voilà un album qui rejoint mon petit théâtre de la cruauté et va tenir compagnie à Indian.
4 poin et demi / 5 (quoi qu'avec ce style les notes n'ont plus beaucoup de sens, on adhère ou on s'enfuit)
Ci-dessous la photo complète (strange fruits comme chantait Billie)

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