poin-poin
Bannière

 
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Home Dressez vos esgourdes Doom/Sludge/Drone MOHO - He Visto La Cruz Al Reves - 2006

MOHO - He Visto La Cruz Al Reves - 2006

E-mail Imprimer PDF

mohocdBon, assez de jolies chroniques pleines d'émotion et de sensibilité à fleur dermique, back to the basics, le gros rock qui tache, qui fait sous lui, celui qui effraie les esthètes et les amateurs de beautés épurées. Si avec Orthodox, l'Espagne a un combo doom de niveau international (empruntons au langage footballistique, rien de mieux pour faire vilain), avec Moho, elle vient de trouver son combo sludge. Car Moho, bien plus avec cet album qu'avec le précédent, 20 unas, pourtant lui aussi excellent, possède la dimension boueuse, vomitive, diarrhéique même du sludge (je vous laisse relire le dossier sludge ici pour plus de précisions), se plaçant dans les traces de pataugas qu'EyeHateGod a laissé dans la grande gadoue du rock où tant folâtrent en voulant nous faire croire que l'eau y est pure alors qu'elle pue les faux semblants, la roublardise, la complaisance.

Découpé comme un cadavre encore fumant en 6 grosses tranches, Moho ne fait pas de quartiers et se singularise par une capacité à emballer les choses qui évoque les grands groupes noise de l'écurie Amphetamine Reptile. La guitare est, elle, réglée comme celle de Chris Spencer (Unsane), avec quelque chose d'un moteur de vieux bolide customisé. Le mélange est parfaitement jouissif pour autant qu'on sache jouir quand le rock suinte des tripes et non de quelque tortillement cérébral ou de popotin. Pour le chant, ne pas s'attendre à des vocalises d'hidalgo, ça éructe avec la finesse d'un crapaud qui s'est pris une patte dans un piège à loups.

Ce qui caractérise surtout Moho c'est qu'ils abordent ce genre avec une maîtrise technique de leur instrument qu'il n'est pas certain possédaient et possèdent encore les musiciens de la plupart des groupes qui adoptent ce style (qui supporte très bien qu'on joue mal d'un instrument, ce qui ne le rend que plus passionnant). Ainsi, le bassiste se lance-t-il dans des envolées en background qui rappellent les meilleures heures de Jack Bruce au sein de Cream. Pareil pour le batteur qui, lorsque le beat s'accélère (par exemple à la 7ème minute de "Semana Santa" dont les 10 minutes sont un must sludge) fait preuve d'une assurance plus proche des batteurs d'Akimbo ou de Converge, que de la plupart des batteurs sludge, pas toujours à l'aise quand le phacochère s'enfuit de la vase en courant. Même si le groupe emprunte une imageriemoholive1 chrétienne proche de celle d'Orthodox, la musique ne dégage pas cette aura un peu ésotérique et mystique. Elle évoque plutôt l'inquisition et les massacres des impies par des ensoutanés hystériques.

Autre caractéristique, à porter au crédit de Moho, l'album est tout sauf un lent déluge de boue sludge qui s'écoule uniformément des enceintes comme du limon mazouté d'un tuyau d'évacuation. Ainsi "El Duclo" part sur un riff presque sautillant (enfin, si l'on peut imaginer sautiller un pachyderme en chasuble affublé d'une croix sur le dos) puis soudain s'effondre dans un doomesque ralentissement qui ruisselle de guitares saturées comme on (enfin quelques uns) les aime. Et sans rester engoncé dans des conventions, le trio conduit peu à peu son "El Duclo" sur les terres du pur doom à la Abandon.

 "Fistula" est le premier titre incantatoire du lot et se rapproche plus encore des terres du romantisme désespéré du doom, mais il y a dans le jeu du batteur quelque chose qui fait que cette lourdeur et cette lenteur lui sont prétextes à se déchaîner sur son instrument, et le groupe montre à ce moment à quel point il fait progresser le genre qui, ces dernières années, semblait, faute peut être de capacités techniques, plus focalisé sur la juxtaposition des styles (Capricorns, Conifer, Village of Dead Roads), dans la plongée de plus en plus lointaine dans la pesanteur (Khanate, Orthodox, Indian, Atavist, Moss, Switchblade) ou, dans la foulée d'Isis et de Pelican, le développement contemplatif de thèmes (Ocean, Hyatari, Tides). Là c'est une voie qu'on pourrait appeler de jubilation musicale, tout droit issue des seventies, avec ces longs développements qui font grimper l'auditeur accessoirement aux rideaux et surtout vers l'excitation, comme samoholive2vait le faire un groupe comme Budgie (auquel on pense parfois) puis comme Neurosis dans ses meilleurs moments (auquel on pense aussi). Il faut entendre avec quelle euphorie le trio fait jaillir son pus sonore à l'extrémité de sa "Fistula" pour comprendre de quoi il s'agit.

"180°" porte bien son nom car comparé au reste, c'est bien un tournant à 180° que prend le groupe avec ces quelques minutes de noise pur jus qui sont efficaces mais peu personnelles. "Coche Funebre" revient à des horizons plus terreux et écrase au sol le malheureux auditeur pour une quasi résurrection du Black Sabbath era Paranoid revisitée par Electric Wizard, si ce n'est le son de guitare qui, toujours et encore, a quelque chose d'Unsane dans sa texture, ce qui ma foi (Marie mère de Dieu etc) lui va plutôt bien au teint blafard. Le morceau ne se limite toutefois pas à cette dimension Sabbathique, et rejoint bien vite les marais de Louisiane où le sludge trouva son plus beau compost. Et il faut entendre comme à la 11ème minute, nos trois ibériques s'emballent dans un riff estomaquant à vous le retourner.

L'album se clôt avec "Lava", plus proche de l'école High On Fire (disons Motörhead) mais quand le rythme ralentit, la basse prend le commandement et là, le spectre de Sleep et même de Om, se profile dans les brumes nauséabondes du petit matin macabre qui se lève sur les sépultures en ruines d'un cimetière oublié. On rassemble ses jambes en chien de fusil pour avoir moins froid et on se laisse couler vers la tiédeur d'un trépas salvateur qui apparaît sous les traits d'une duègne hideuse qui nous soustrait au monde des vivants. Poin final.

4 poin et demi / 5

A écouter, "Fistula" et "180°" (peu représentatif celui-ci) sur leur myspace ici

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 19:14 )  

Poin Flash

LA ZICMUCHE, le "blog lamentable", les girafons... Rejoignez LE FORUM POIN-POIN.

 

MIXTAPES Nouveau !!! La Battle Mixtape JeanRhume vs Cidrolin - la Battle Mixtape Waka vs Rhume / Et toujours : la Mixtape Poin-Poin 1 - la Mixtape Poin-Poin 2 - la Battle Mixtape JeanRhume vs DJ Duclock

 

POLAR et science-fiction: c'est le thème du 10e numéro de L'Indic, l'excellent "noir magazine" (avec détours par le manga et la littérature policière chinoise). Feat. JP Andrevon, F. Mizio, C. Leboulanger, T. Marignac... Sommaire ici.

 

VAPEUR MAUVE, le zine du site Rock60-70, consacre la couverture de son n°12 à Steve Hillage. 125 pages avec aussi Jeff Beer, Gordon Giltrap, Roger Hodgson, Denis Protat, Ganafoul, Locanda Delle Fate, Guy Segers, Voodoo, ainsi que  Bob Dylan, Mott The Hoople, le prog italien, Grateful Dead, Aerosmith, les Gypsys, Bert Jansch et des chros livres et DVD. A télécharger gratuitement ici