Les soirs où l'on a le sentiment qu'on appartient à la race de ceux pour lesquels il n'y a aucun espoir à avoir dans les relations humaines, qu'elles ne promettent qu'échec après échec, alors on peut trouver refuge dans la seule musique à avoir pris la mesure de ce sinistre pressentiment : le doom, cocon qu'on ne devrait qui sait jamais quitter tant il ne déçoit jamais, surtout lorsque, comme ici, le premier opus de ce tryptique s'intitule presque ironiquement "Failure Follows Failure" et que sur plus de 30 minutes il vous entraîne dans un pandémonium sonore, un des meilleurs produits par le genre, et dont de telles humeurs épousent parfaitement la forme.
Moins extrême que Moss, mais plus qu'Electric Wizard, avec des passages au pathos saisissant, comme on entend chez Ocean (mais avant chez bien d'autres notamment bien sûr Neurosis, les inventeurs de ces embardées qui nous font quitter cette médiocrité terrestre et léviter quelques minutes), Atavist est un camaieu de noirceur issu une fois de plus d'Angleterre (comme Capricorns, Moss et Electric Wizard) qui redonne au moins foi dans la musique de notre temps à défaut de garder foi en ses semblables.
Atavist n'étend pas les 30 minutes de ce premier morceau sur les 3 mêmes accords mais,
comme Conifer et Capricorns, compose une succession d'atmosphères (avec quelques accélérations qui fleurent bon le doom originel) à l'image de ces enfilades d'idées noires, de rancœurs et de déceptions qui peuplent ces fameuses soirées de désespoir. A la différence de Conifer et Capricorns, il n'y a pas trace de math-roch ou de post-rock ici, ni de Drone comme chez Indian et Hyatari. Atavist reste entre doom et sludge (attention pour les réfractaires, avec vociférations d'agonie), mais dans sa version torturée et hurlante, et non pas résignée et incantatoire. A en juger par leurs influences (citées sur Myspace), il semble une fois de plus que Khanate soit désormais la référence sur laquelle le groupe se fonde et vue la multiplication de ceux qui veulent poursuivre dans les traces de ce grand grand groupe, voilà qui promet de l'expérience ultime pour accompagner les descentes aux enfers de ceux de mon espèce (ils se reconnaîtront, les autres ricaneront, jusqu'à ce que le malheur les chope, ce qui, irrémédiablement, surviendra).
Le second titre s'intitule tout simplement "Killing Yourself" et me permet un hommage respectueux à tous ces morts que je traîne à regret et qui de Patrick Dewaere à Raymond Cousse en passant par Jean-Louis Bory, ont décidé d'en finir et n'ont pas été pleutres devant le moment ultime comme le fut toujours l'auteur de ces lignes. Les premières minutes sont l'occasion de magnifiques arpèges funèbres d'un calme sépulcral et finissent de convaincre qu'Atavist n'est pas composé d'ahuris mais d'individus très au fait de la mélancolie. Quand à la 5ème minute, le morceau est emporté par une bourrasque doom, ils savent exactement comment vous entraîner dans leur cérémonie macabre et on sent qu'il s'agit de tout sauf d'apprentis.
Le troisième mouvement ("My Life My Blood My
Choice") appartient presque au sludge et leur passion avouée pour Grief explique qu'on pense beaucoup à eux, mais le morceau devient ensuite une spirale véritablement infernale comme je n'en ai ai que rarement entendu (et pourtant je les cherche). La dimension à la fois angoissante et hypnotique est d'une efficacité dantesque. Après quelques secondes de silence, Atavist offre alors réellement une représentation musicale de l'entrée aux enfers (Dante, toujours Dante, avec une pincée de Bosch). Les mots manquent pour décrire ce que l'on entend. Seul Peter Hammill avec son "Gog/Magog" avait atteint ces profondeurs catacombales.
Pour finir, comme j'essaie de ne jamais mentir, je vous demande de me croire quand je dis que cet album est un grand disque et qu'il s'agit déjà d'un groupe important. Il sera sans nul doute, pour peu qu'on apprécie le genre, une des grandes oeuvres de l'année.
4 poin et demi et encore un peu plus / 5
Extraits ici http://www.secondlayer.co.uk/index/p2170.htm
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