Passionnant disque que celui-ci, compilant tout ce qu'a gravé Jus Oborn avant de former Electric Wizard (à noter tout de suite qu'il n'y a aucun des autres musiciens d'Electric Wizard Mark I ou II dedans). Déjà, cet album montre que ce n'est pas parce qu'un groupe n'a pas eu de destin discographique qu'il n'était pas intéressant puisque les 73 minutes proposées ici sont au minimum bonnes, parfois même excellentes (on y reviendra). Ensuite il démontre que Jus Oborn est bien un ogre absolu, car ne rien produire de médiocre durant 16 ans de carrière est réservé à très très peu d'individus sur cette planète. Enfin, il laisse quelques regrets quand on s'aperçoit que les deux titres de the Grief Eternal (le second des trois groupes qu'il forma) auraient dû se trouver sur la mythique compilation Dark Passages, l'album qui lança le mouvement doom et qui fédéra tous les tarés dans mon genre qui y trouvèrent exactement ce qu'il cherchaient. On se dit que la carrière d'Oborn aurait pu bénéficier sacrément (si j'ose dire) d'un tel coup de projecteur (style torche imprégnée d'essence le projecteur).
On rappelle que sur cette olla podrida parue en 1991, on trouvait les premiers morceaux de groupes tels que Cathedral, Penance ou Stillborn (+ Saint Vitus et Count Raven) mais que le moindre des deux morceaux de The Grief Eternal qu'on trouve ici les supplantait largement tous. S'ils n'ont pas trouvé place, c'est uniquement dû à des problèmes de délai de remise des enregistrements, Lee Dorrian (leader à la fois de Cathedral et du label Rise Above qui publiait cette compilation) considérant déjà le groupe comme faisant partie du club très fermé encore des doomsters (ils sont restés très proches puisqu'ils partageaient l'affiche lors de la tournée 2006 que j'ai hélas ratée).
Le doom pratiqué par The Grief Eternal était très en phase avec celui de Penance (le meilleur groupe de la compilation Dark Passages et dont le premier
album, The Road Less Travelled reste un must encore aujourd'hui) et donc n'a pas grand chose à voir avec le doom actuel tel que pratiqué par Electric Wizard. Il y avait aussi une influence Paradise Lost dont le premier album, Lost Paradise, sonna le coup d'envoi du doom en Angleterre.
Avant The Grief Eternal, le groupe s'appelait (à quelques musiciens près, c'était le même) Lord Of Putrefaction, et là (nous sommes entre 89 et 91) l'influence est clairement Autopsy, avec des relents de Winter. Je dois dire que je marche toujours autant qu'avant à cette musique que cet alors jeune groupe anglais savait adapter ce style pourtant très américain pour en faire autre chose. C'est donc du gros brutal, un peu death mais surtout très vomitif et éructant.
Il faut tout de même dire que si l'album mérite l'emplette, c'est surtout pour son dernier avatar, Eternal, dont la 40ne de minutes proposées n'est pas loin de constituer une sorte d'album complet. A ce stade, (on est en 1993), le doom marque le pas, la plupart des acteurs historiques (à l'époque, l'histoire de ce genre allait aussi vite que pendant la Révolution Française, depuis, elle se traîne) s'en éloignent, le plus souvent pour endosser un hard rock plus mainstream (Paradise Lost, Anathema, Penance, Cathedral). De l'autre côté de l'Atlantique, Sleep, fondateurs d'un doom sludge, se mettent à vouloir devenir des clones de Black Sabbath en enregistrant Holy Mountain. L'album paraissant chez Earache (qui faisait la pluie et le mauvais temps en matière de metal extrême ces années-là) bénéficie d'une large diffusion et stupéfie tout le monde (en déçoit beaucoup, dont moi) mais fait des émules, dont Jus Oborn qui lui aussi se met à creuser cette voie néo-Sabbathienne.
Passons sur la reprise d'"Electric Funeral" qui n'est pas très convaincante (ce n'est d'ailleurs pas un sommet Sabbathique). Le reste doit aussi tout au Sabbath, plutôt le premier album, avec peu de distorse et une fragrance seventies très forte. Du coup, on sent que ce qu'aime Oborn dans ce groupe, c'est beaucoup plus sa dimension démoniaque et antechristique que hard rock, ce qu'il démontrera par la suite. Si "Magickal Childe" est un bon morceau, "Lucifer"s Children" lui colle parfois des frissons dans l'échine tellement on a l'impression d'être à bord de la calèche maudite qui vous emmène au château de Dracula (ah les films de la Hammer !). Quand le tempo s'accélère, le groupe adopte le Sabbath de l'album suivant et, s'il ne s'en tire pas mal, ce mimétisme qui marqua l'année 93 est un peu vain. Enfin, il reste "Chrono-Naut (Phase I - IV)", largement le meilleur du lot même s'il est très peu représentatif du genre habituel auquel nous a habitué Oborn. En fait, on sent que l'idée est de sauter d'un coup du premier au 6ème album du Sabbath (Sabotage). Il débute ainsi comme le Cathedral le plus hard rock (qui lui même imitait le Sabbath de Sabotage). Puis, à la 6ème minute (encore un 6, et on a 666), le morceau s'embarque dans un instrumental Amon Düllien (en fait sûrement à la base une manière d'imiter le final de "Symptoms of the Universe"), et ce durant 10 minutes absolument jouissives. On sent déjà le goût (dont on lui sait gré) d'Oborn pour ces dérives sonores improvisées qui vous envoûtent la tête et vous font larguer les amarres de ce monde insipide, insignifiant, imbuvable.
Bien sûr, avec un peu d'aide hallucinatoire, tout ça doit être encore plus skullfucking mais bon, déjà, tel, on plane gentiment. Mieux vaut prendre congé là-dessus (dessus : 6 lettres, le compte est bon).
3 poin et demi / 5
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