Cet album débute par une onde de choc, une explosion massive suggérée par une épaisse guitare dont les grésillements de l'overdrive semblent retomber lentement au sol. Considérons cela comme une mise en garde immédiate surgissant des baffles.De Electric Wizard que sait-on ? Qu'il s'agit d'un groupe outrageusement lourd bati en 1993. Si on oublie les divers splits avec Haunted Kingdom (futur Orange Goblin) ou Supercoven et demos, son premier opus à voir le jour est "Electric Wizard" en 1995, suivi en 1997 par "Come my fanatics...", en 2000 par "DopeThrone" considéré par beaucoup comme la pierre angulaire de cette discographie, en 2002 par "Let Us Prey" et finalement en 2004 par "We Live" (avec un changement drastique de line-up puisque seul Jus Oborn, le leader, demeure présent dans ce dernier). Si tous ces albums sont très bons, "Come my fanatics" demeure à mon goût le meilleur et siège en bonne place dans mon panthéon des disques à absolument posséder. D'abord je n'ai jamais trouvé le chant de Oborn aussi expressif que dans ces titres, probablement une fraicheur encore juvénile qui laisse trainer une voix assez haut placée (sur laquelle je peux juxtaposer mes propres cris : A wiiizzaarrrdd in bllaaack !). Ensuite c'est probablement l'album le plus "space" du combo -et il rejoint là mes aspirations personnelles-. Il se orne précisément d'un pont (de 9mn tout de même) magnifiquement spatial mené uniquement d'abord par une basse tonitruante puis par un signal électronique très science-fi sur lequel vient se loger un chant de sirène. Cet intermède contraste tout de même violemment avec le reste de l'album et pourtant s'y inscrit sans choquer, tout naturellement (on retrouvera trace de ce signal électronique, de cette onde, dans Solarian).
Ce que rappelle avant tout ces rééditions de 2006, c'est l'importance cruciale du son et la puissance de celui du Wizard. Le trio (Jus Oborn chant/guitare,
Tim Bagshaw basse, Mark Greening, batterie) possède une sorte d'élan féroce qui semble véritablement tout écraser sur son passage. Comme le suggère dk dans sa précédente chronique sur We Live , la patte de Oborn en tant que producteur est fondamentale car ce trait de caractère se retrouve dans toutes les galettes. La basse énorme, très en avant, vrombrit à en fusiller les baffles des chaines de mauvaise qualité (seul peut-être la batterie est en déçà, submergée par la guitare et cette basse). Le son à proprement parler gluant (finalement je ne sais pas pourquoi Electric Wizard n'est pas considéré aussi comme sludge) pourrait donner l'impression d'être un magma incandescent, pâteux, remué par des gaz. Sur Come My fanatics rien n'est enlevé, tout est visqueux, et pourtant me direz vous je viens d'asséner précédemment que cet album à des résonnances spatiales ? C'est là justement le tour de force, sur toute cette trame épaisse, poisseuse semble s'arracher des mouvements (de grands riffs de guitares, des solos emplis d'écho) qui se destinent à s'envoler et parfois -que dis je ! souvent- retombent coléreusement.Enfin, j'ai une estime particulière pour les albums dont les deux premiers titres ont pour but de laisser l'auditeur hagard, pantois, libre de se laisser dévorer par la suite (Master of reality du Sabbath, le IV ou Physical Graffiti du dirigeable dans un autre genre, etc...). Come my fanatics est de ce point de vue aussi une réussite les deux premiers titres étant non seulement ravageurs mais aussi mes deux favoris, notamment le Wizard in Black dont le refrain hypnotique ("I'am a god, I am the One, Into the chaos, see my time has begun") est soutenu par le cri lointain et organique du wizard (encore mention spéciale au producteur Oborn qui sème ça et là des bouts d'enregistrements, des extraits de voix, des échos, des bruits qui viennent grandement enrichir l'atmosphère générale).

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