Ca y'est, c'est sûr, Jus Oborn est un grand. Comment en effet Electric Wizard pourrait être aussi bon qu'avant en ayant renouvelé entièrement son line-up (à l'exception d'Oborn Jus-tement) si ce dernier n'était pas le phœnix des hôtes de ces bois hantés. Après le quasi-parfait Let Us Prey, creusant un sentier plus psychédélique et moins doom, on pouvait se demander si la déception n'était pas la seule hypothèse plausible pour le converti aux terreurs électriques de ces sorciers anglais. Mais non, tout en se réincarnant (avec, c'est suffisamment rare dans le genre pour être noté, Liz Buckingham, ex Soilent Green, oui une femme, à la guitare) le groupe innove de nouveau.
Tout d'abord avec un son absolument monstrueux. Non mais réellement. Et comme
c'est Jus Oborn qui a produit, on se demande si l'on ne tient pas là le Todd (wizard a true star) Rundgren du doom. Ensuite parce qu'Oborn chante cette fois, un chant incantatoire qui ferait parfois évoquer son presqu'alter-ego patronymique Buzz Osborne (Melvins) même si les mélodies restent dans la lignée de celles de son autre alter-ego patronymique Ozzy Osbourne (étonnant, non ?). Enfin parce qu'il entraîne Electric Wizard sur les terres de Neurosis ou de Godflesh, même si surtout à l'un de leur fils spirituel, Pelican que l'on pense (sur le magnifique "Flower of Evil a.k.a. Malfiore" notamment).
Parfois le rythme s'accélère ("Another Perfect Day") et on a la surprise inattendue d'entendre du Stoner Kyussien comme Spiritual Beggars ou Orange Gobblin en rêvent chaque nuit de bœuferie sans jamais y parvenir. Bornant ce monument de désespérance sonore, deux tours de metal "Eko Eko Azarak" dont le final est déjà un classique doom pour l'éternité (notion dont sont friands les doomers) et "Saturn's Children" qui est ce qu'un amateur de Sleep peut se mettre de plus jouissif sous les tympans
depuis "Jerusalem" (ça y'est, ils sont partis l'acheter) et dont le solo de la 12ème minute est un miracle de délicatesse dans cette tombe de bois brut. Si les textes sont hélas un peu trop marqués par des clichés horror-space, proches de ceux des premiers Hawkwind, il reste quelques brides confessionnelles sidérantes (au sens propre) comme Oborn en offrait d'antan tel ce "Today I stopped and stared,/ I realised I just don't care / A chasm black and wide / Between me and mankind" ("Another Perfect Day" toujours) qu'il me semble, certains soirs (tiens, comme celui-là) pouvoir écrire.
Ce qui est fascinant dans cette musique c'est sa vertu amniotique de vous engluer les sens et vous soustraire au monde. Difficile après 30 ans passés (entre autres) à écouter toutes sortes de musique, de trouver le chemin de cet embarquement pour Cythère qu'on espère tous lorsqu'on appuie sur le play de ce qui n'est finalement qu'un jeu de perdition.
Ces fleurs (des chrysanthèmes) pour un album qui devra nous faire deux ans, et dans deux ans, nous aussi aurons quelque peu fané, et pour certains pourri, n'est-ce pas ?
5 poin / 5
Parus dans rubrique Hot Stuff de Crossroads début 2005
extrait : eko eko azarak
les autres chroniques : Dopethrone | Come my fanatics...
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