
OM, la vibration originelle. Le retour aux sources, aux origines, aux fondamentaux. Un rythme, une onde. une batterie, une basse. Musique primitive, écho de chants préhistoriques émanant des grottes de nos ancêtres. Trance, invocation, évocation, à n'en pas douter. "La conférence des oiseaux", le titre suppose sans doute un concept Sufi. La musique semble inciter notre esprit à sortir de notre corps et à planer vers des sphères éthérées, nouvelles. Les psalmodies de Al Cisneros viennent se fondre sur le roulis engendré par la basse et la batterie et paraissent toutes droites sorties de l'esprit des surréalistes et de leur écriture automatique : le flots des mots n'est pas contrôlé, il s'écoule doucement, sans heurt, l'esprit libéré par une sorte d'hypnose. At Giza évoque la grande pyramide et les visions d'un aviateur qui survole le mystique monument. Flight Of The Eagle, un autre vol, dans tous les cas nous naviguons loin du sol, loin des corps, dans le monde des esprits. Deux titres donc, deux fois une grosse quinzaine de minutes, et deux instruments suffisent à nous faire voyager aussi loin. Al Cisneros (basse & chant) et Chris Hakius (batterie) opèrent comme l'alchimiste qui répète sans fin les mêmes gestes, la même expérience, pour épurer constamment son travail et réduire ses résultats à l'essentiel.
D'abord dans
Sleep (avec
Matt Pike) qui héritait déjà de façon avouée de la matrice
Black Sabbath, ils pondent en 1991, Volume 1, en 1992 Volume 2, puis en 1993 Holy Mountain. L'opus possède un titre, "Dragonaut", qui va servir de point de départ pour "Jerusalem" en 1999. Lui même ne satisfaisant pas les 3 hommes sur un plan sonore sera remodelé pour donner naissance en 2003 à "Dopesmoker".

Répétons-le, ils agissent comme l'alchimiste, dont le but est de sans cesse refaire constamment les mêmes gestes, de réduire l'acte aux fondamentaux pour en extraire la moelle substantifique. Sleep n'est plus, mais Al Cisneros et Chris Hakius ont senti qu'ils tenaient quelque chose, ils créent OM et en 2005, sortent
Variations on a theme dont le titre est assez évocateur du processus qu'ils poursuivent. En 2006,
Conference of the birds, n'en est que la suite : le titre "Flight Of The Eagle" : réminiscence de la pochette de Variations. Mais le duo touche peut-être au but avec
At Giza. Du plomb lourd de Sleep, OM vient d'extraire l'or, Nicolas Flamel peut être fier.
Al Cisneros -joueur averti de l'art des échecs (il dispense des cours à sujet)- construit ses fresques sonores comme des parties : une ouverture, un déploiement, inversions (rook), mouvements, les strates s'enchainent, laissent place à d'autres, mais on sent bien que la progression est constante. Echec & mat ! Par surprise ma dame est tombée, moi qui, lors des premières écoutes, n'avais pas prêté beaucoup d'attention à cet album. Mais le charme avait pourtant agi, insidieusement, car je ne sais pour quelle raison je n'avais cessé de le repasser jusqu' à ce qu'il m'envoûte définitivement. A chaque écoute je continue d'y découvrir des aspects qui m'avaient jusqu'à présent échappés.
5 poin / 5 probablement l'album de l'année.
ps : cette chronique a été elle aussi complètement remodelée le 20 juin 2006
ps2 : il existe un import japonais de l'album avec un bonus track : bedouin's vigil.
On peut écouter des extraits
là .