Il n'était pas pensable que l'Espagne, qui nous a donné Francesco Goya, le peintre de l'horreur et de la barbarie, peintre doom (du sort fatal) par excellence, ne voit pas naître un grand groupe doom. C'est fait avec Orthodox, qu'on peut dire avoir été découvert par Julian Cope qui en faisait l'album du mois de son site Head Heritage en mars dernier, avec comme toujours, l'intégralité de l'album en écoute. Hélas, alors que je tombais aussitôt en génuflexion adulatoire devant ce drone-doom d'une lourdeur indescriptible (et pourtant, il commence à y avoir de la concurrence), pas moyen de trouver comment se le procurer sur le net. Heureusement, il n'a pas fallu longtemps pour qu'un distributeur lui fasse traverser les Pyrénées au nez et à la barbe des ours.
Bon, si vous êtes de ceux qui trouvent utile de changer d'accords régulièrement histoire
de montrer que l'on sait jouer, passez votre chemin, nos ibériques n'ont pas vraiment le temps de se préoccuper de ces enfantillages. Eux ont pour mission d'épandre sur le monde une atmosphère mystique et macabre et non pas de faire remuer les cervicales. Pour cela, lenteur et lourdeur sacramentelles sont des rituels sonores incontournables. Si l'église orthodoxe se considère comme l'église des origines, Orthodox remonte à l'origine de la musique, celle d'avant les complexités diatoniques et chromatiques. La réussite est totale. Pendant près de 60 minutes, il vous font quitter votre médiocrité quotidienne aussi pathétique (parce) que rassurante et vous projette dans un univers de monastère lugubre où les âmes damnées de tous les martyrs viennent vous hanter.
Si l'on retrouve, selon les titres, les traces de Sunno))) et de Sleep ("geryon's throne"),
ou même de Khanate ("el lamento del cabron"), Orthodox s'est construit une entité telle qu'à la 3ème écoute, on sait qu'on pourra désormais les identifier. Parmi les principales splendeurs, on retiendra la basse chantante (si si, mais plutôt grégorien le chant) sur "geryon's throne". La voix, certes rare, est très étonnante, très incantatoire mais claire et légèrement chevrotante, finalement plus démoniaque que les voix monstrueuses ou éructantes généralement usitées dans le genre. Parfois, la musique s'envole vers des volutes proches du krautrock le plus cosmique comme sur le final de "geryon's throne" (qui dure pas moins de 27 min, d'où les nombreux styles qui se succèdent). Le plus extrême reste "Arrodillate ante la Madera y la piedra" qui est une pure cérémonie vaudoo transposée en cellule monacale.
A noter pour finir que les 3 popes de cette messe Sabbatique sont par ailleurs des gens très intéressants à lire et entendre, leur approche de la musique n'ayant rien à voir avec la relative pauvreté intellectuelle de leurs collègues américains. Le petit plus que peut offrir une nation où l'art et la connaissance ne sont pas passés à la trappe du commerce.
4 poin et demi et encore un quart / 5
Pour se faire une idée http://www.stonerrock.com/store/info.asp?item_num=ATH-3461
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