Trois ans après le traumatisme du Dopethrone d'Electric Wizard un autre caillou noir est déposé sur le chemin du Golgotha qui mène à la déréliction absolue, histoire que tous les vieux Poucets que nous sommes puissent s'y rendre sans peine (c'est là où nous finirons tous un jour n'est-ce pas, alors autant s'y préparer à l'avance). Il s'appelle Migration (de la vie à la mort probablement) et ses auteurs sont 4 équarrisseurs qui, une fois de plus, émergent de Chicago. Autre point commun avec l'autre natif du coin, Steve Albini, Sanford Parker, l'un des deux guitaristes, est autant producteur (il possède un studio) que musicien.
Quitte à passer à l'acte, il décide de frapper fort, à peu près aussi fort qu'on doit taper aux portes de l'enfer…pour en sortir. Et en l'an 03 du millénaire n°3, surgirent ces 39 minutes décomposées en 3 mouvements (sans titres et guère plus de paroles) d'où suinte une atmosphère portuaire malsaine qui évoque (une fois de plus) le "Gog/Magog" d'In Camera (Peter Hammill) avec ces grincements métalliques et autres écoulements aqueux qui lient chaque mouvement. Le grand mérite de Buried At Sea, c'est d'avoir pris tout ce qu'il y avait de plus mortifère dans Neurosis (et donc de meilleur) et de se l'approprier, en laissant le reste (une emphase pesante, une certaine trivialité des thèmes et des tunnels atmosphériques), et surtout en créant à partir de cette structure initiale une pâte sonore absolument monstrueuse. Parfois, on en vient à se demander si son lecteur CD n'est pas en train de rendre l'âme (à quoi ressemble l'âme d'un lecteur CD, sûrement à celle d'un lecteur du Da Vinci Code) tant basse, larsens et voix plongent dans des graves inexplorés.
L'intensité des premières minutes ne s'interrompt pas un seul instant et l'on sort
absolument rompu de cette migration auditive. La qualité suprême de ce pandémonioom, hormis son ambiance réellement flippante, c'est qu'aucun passage ne semble là uniquement pour faire transition, comme c'est généralement le cas dans bien des albums de cette obédience. Bien sûr, le groupe le plus proche est Pelican, ces deux-là étant, parmi la floppée qui s'est entichée de ce style, ceux dont les thèmes-riffs sont à la fois les plus riches et les plus puissants, mais Buried At Sea a une envergure telle qu'on en oublie même que cette musique est jouée par de simples humains. Sans compter que Pelican ne cultive pas l'agonie dont on a ici un pendant musical précieux.
Bien que récent, cet album a déjà fait école, ce qui à mon sens en fait un classique. Peu de nouveautés réellement doom parues depuis (je ne parle pas de ses ersatz de Saint Vitus ou de Pentagram qui pullulent un peu trop) sans que le chroniqueur ne fasse référence à Buried At Sea dont c'est à ce jour le seul opus. J'aurais d'ailleurs dû, en vantant les mérites de Hyatari ou d'Ocean et même d'Indian, évoquer un peu plus cette influence. Et Capricorns et Conifer s'y sont aussi servis quelques plans ce qu'on ne saurait leur reprocher. Si vous voulez parfaire votre petite niche doom/sludge et apparentées pour vos vieux jours, ne pas rater Buried At Sea, en priant Neptune qu'ils nous en réinfligent un autre de cette qualité d'ici peu.
5 poin / 5 sans hésitation aucune
On peut écouter le premier morceau in extenso ici http://www.stonerrock.com/store/info.asp?item_num=ATH-1822
Cette chronique aurait dû paraître dans la rubrique Parallel lines du journal Crossroads mais cela ne se fera donc pas.
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