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Home Dressez vos esgourdes Doom/Sludge/Drone OCEAN - Here Where Nothing Grows - 2005

OCEAN - Here Where Nothing Grows - 2005

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ocean Alors que la plupart des groupes tentent de construire quelque chose de nouveau sur les fondations des anciens, certains préfèrent au contraire revenir à l'essence même du genre qu'ils adoptent. Le plus souvent, cette démarche aboutit à des désastres (style mauvaise copie un peu pathétique) dont je vous épargne la description dans ce journal, mais parfois, une divine surprise paraît (comme l'enfant Jesus dont on fête la venue à l'heure où j'écris ces lignes), et c'est le cas ici. 

 Déjà ne pas confondre Ocean avec The Ocean (groupe allemand lui) ou, dans un genre assez proche, Ocean Chief (groupe nordique lui). Ocean est un quatuor de Portland (USA) et c'est son premier album. Il se consacre entièrement au doom et en aucun cas ne tente d'en briser les bornes en y intégrant des structures du post-rock, du math-rock, du sludge ou du drone. Non, Ocean semble affectionner les atmosphères primitives de ce mouvement et, il faut dire, que lors de son évolution, ce qui a disparu ce sont justement ces atmosphères de forêts aux arbres tordus où de grands mélancoliques venaient hurler leur douleur sous une lune feutrée de brume (disons pour faire court les toiles de Freidrich). Alors, pour quelqu'un comme moi qui ne s'est pas vraiment consolé des voix divergentes prises par ce mouvement, d'un côté l'emphase risible du doom gothique à relents baroques, d'un autre le heavy metal, ce disque est une offrande précieuse.

S'il reprend les choses là où Penance et Anathema les ont laissées au début des années 90 (voix de sorcier pithécanthropique, riffs d'une lenteur et d'une lourdeur indéfectibles, trames mélodiques macabrissimes), leur grosse référence semble Buried At Sea (rien que le nom) dont le gigantesque Migration (2003) fait des émules. Bien sûr (et la preuve en est donnée dès l'intro de "The Fall") les modèles premiers restent Black Sabbath, mais exclusivement ceux du morceau qui leur a donné leur nom.  

Composé de 3 plages (je ne pouvais pas ne pas la faire celle-là) d'environ une vingtaine de minutes chacune, c'est un peu à un album vinyl à 3 faces auquel on peut assimiler ce CD. Le grand œuvre de cette visite nocturne au cimetière maritime (on imagine la BO de la scène de l'église dans Les contrebandiers de Moonfleet) c'est "Salt" (pour l'écouter http://www.stonerrock.com) qui enchaîne 3 thèmes splendides dont un final à se damner, partageant avec Pelican, Hyatari et Indian, la palme des meilleurs moments musicaux (ces quelques minutes où vous lévitez) de l'année (enfin de ce genre de musique, les autres genres ne m'intéressant plus du tout, je ne peux me prononcer).


 Pour apprécier ce très beau disque il faut bien sûr laisser à la grille son état d'esprit de juge suprême et plutôt vêtir celui de condamné à mort qui souhaite un support musical approprié à son dernier grand voyage. A noter que tous ceux qui, ici et là dans de soi-disants e.mag musicaux se sentent obligés de citer Sunno))), Earth et même Godspeed You Black Emperor ou  Mogwai (sic) à propos de Ocean, trahissent surtout leur inculture crasse et leur totale ignorance de ce style de musique. On en rirait si on avait pas tant envie de les corriger. Mais mourrons plutôt sur les décibels océaniques de cette petite merveille.
 
Addendum. Cette chronique parue dans Crossroads en fin d'année 2005 et écrite courant novembre me semble aujourd'hui bien pâle eu égard à l'excellence de cet album qui ne m'a guère quitté depuis lors (notamment "Salt" que je vous demande d'aller écouter sur http://www.stonerrock.com, vous cliquez sur MP3Jukebox, vous tapez "Ocean" dans le StonerRock audio console et vous cliquez sur "Salt", 20 minutes de pure extase doom). En fait Ocean parvient à être au point d'équilibre entre Esoteric et Pelican, doté du meilleur des deux, épargné par le reste (les deux groupes étant par ailleurs excellents, je ne dénigre pas).  Ocean a figuré sans discontinuer dans ma liste de 10 meilleurs albums 2005, aujourd'hui je pense qu'il va rejoindre Indian et Skullflower dans celle de mes 100 albums. En fait, 2005 fut une foutue bonne années quand on a l'enclume, le marteau et l'étrier déformés comme moi.
 
5 poin sur 5
Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 19:23 )  

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