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NURSE WITH WOUND, Volume 1

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Steven Stapleton Nurse With Wound
Maison fondée en 1978 par Steven Stapleton, John Fothergill et Heeman Pathak, l'entreprise Nurse With Wound consiste au départ à créer une musique d'avant-garde, conjuguant krautrock, musiques progressives et tribales. Un joyeux programme dont NWW s'affranchira rapidement puisque leur musique est à ce jour proprement indéfinissable, même si elle fut longtemps rattachée à la scène industrielle des années 80.
Chance Meeting on a Nurse With Wound, Dissecting Table of a Sewing Machine and an Umbrella
Chance Meeting on a Dissecting Table of a Sewing Machine and an Umbrella (si si), le tout premier album sortira en 1979 et ne sera tiré qu'à 500 exemplaires mais le groupe, enthousiasmé par le résultat des premières séances, décide de se lancer rapidement dans l'élaboration du second album, To the Quiet Men from a Tiny Girl, qui verra la participation de Jacques Berrocal.
1980, patatrac, Pathak quitte le navire, le groupe continue alors en duo et commence dès son troisième album (Merzbild Shwet) à orienter sa musique vers une suite de collages et d'effets dont le "bricolage" s'inspire largement du mouvement dada. Bribes de voix, bouts de chansons désuètes, cris, larsens, raclements et bruits métalliques s'imbriquent en collages bordéliques mais parcimonieux.
1981, c'est au tour de John Fothergill de quitter l'embarcation et Stapleton se retrouve désormais seul au sein de NWW. Qu'à cela ne tienne, il enregistre alors l'album Insect and Individual Silenced aidé de Trevor Reidy et de John Thirwell (mieux connu sous le nom de Foetus) puis l'album 150 Murderous Passions... en collaboration avec Whitehouse, s'octroyant chacun une face de la galette (it is a split).
1982, paraît l'album Homotopy To Marie (1) sur le label United Dairies, album sombre et difficile d'accès à propos duquel on se demande si le terme "musique" convient réellement.


Nurse With Wound, Homotopy To Marie
(1) Homotopy To Marie (1981)

Le disque débute par des bruits métalliques légèrement saturés, comme quelqu'un qui farfouillerait dans un tas de clous rouillés (à l'écoute, on sent la rouille). Puis des voix gémissantes et lointaines laissent soudain place à une sorte de chinois éructant dans une langue inconnue au bataillon. Silence quasi total auquel succède une longue résonance métallique provenant d'une sorte de gong ou plutôt d'une espèce de saladier en métal (si si) frappé comme par des maillets, puis par des baguettes. Les résonances sont longues et durent presque jusqu'au silence, tandis que les saladiers se voient de plus en plus sollicités (sans toutefois ne générer aucun "rythme"). De temps à autre intervient la voix d'une petite fille répétant "I didn't know anybody... and it was a funny smell" (ghhh... enfin c'est ce que je comprends). Les saladiers sont violentés avec plus ou moins d'attaque et résonnent de façon aléatoire. Grincements de portes lointains ou sons de trompette écrabouillée (au choix) s'interposent et s'insinuent au milieu des longues résonances. Vous n'allez pas me croire mais la première face finit là-dessus, après une intensification croissante du bordel ambiant. Raclage de plaques métalliques, sons des saladiers à l'envers, torture d'un hamster, puis voix de la petite fille qui revient pour dire autre chose. Quelques notes de piano-jouet s'égrainent jusqu'aux craquements des sillons de fin.
La seconde face commence par des espèces de voix à l'envers scandées à la manière d'un régiment marchant au pas tout en se perdant dans le désert (si si). Puis surviennent des résonances de gongs (sans l'attaque cette fois). Soudain, un coup sec et métallique se met à engendrer une longue distorsion, comme une armée de grillons passés au barbecue. Des espèces de chants grégoriens viennent se plaquer sur le barbecue, tandis que grince une girouette semblant tournicoter au vent. Brutal cut, silence. Puis une conversation de femmes espagnoles (si si) précède une sorte de longue plainte de tuyaux soutenue par des voix saturées agrémentées de larsens. Re-femmes espagnoles, cut > grillons décédés. Puis une distorsion insupportable vient alors vous rafraîchir derrière les oreilles tandis que quelques notes de piano et de tuyaux métalliques frappés font disparaître celle-ci en deux temps trois mouvements. Sifflements stridents, cascade d'objets, des cuivres semblent chercher vaguement leur chemin (comme un orchestre qui s'accorde) puis ceux-ci partent alors en fanfare. Palam tatsouin tatsouin, palalam puis shunte... Long silence soudain brouillé par des espèces de voix archi-saturées de clowns de fête foraine (ou un truc comme ça). Fin.
Votre futur disque préféré en somme (mais vous ne le savez pas encore).
3 poin / 5
1983, Stapleton rencontre David Tibet, qui deviendra une sorte de deuxième membre non permanent de NWW. Ils enregistrent ensemble le mini-album Gyllensköld (2) sur le label L.A.Y.L.A.H. (Les Disques du Crepuscule) et c'est dans cet élan que Tibet mettra sur pied son projet personnel, Current 93, qui il faut bien l'avouer, est un vrai cauchemar. Sombre et torturé, l'univers de Current 93 passera au fil des années d'une musique cruellement industrielle à une musique cruellement dark-folk, autrement dit une appellation qu'on aurait pu inventer exprès pour lui. Puis Stapleton rencontre Diana Rogerson qui dès cet instant le suivra dans pas mal de ses entreprises. Elle participe également à l'album Brained, enregistré quelques temps après Gyllensköld (d'où réunion des deux mini-albums sur un seul vinyl (qui ne sortira qu'en 89), les albums sortant souvent sur simple cassette audio, support très en vigueur dans la musique industrielle de l'époque).

L'écoute des albums de NWW demande une attention soutenue, ou plutôt le contraire, un égarement. Comme quand notre regard se perd et fixe le vide durant d'interminables minutes, heures (années pour certains). Une noyade sonore. Un trip dans le sens psychotrope, une illusion, un mirage, un rêve entre-deux-eaux, d'où l'on se réveille en sueur (ou pas).
Par ailleurs, un énorme travail graphique est apporté aux pochettes, toutes signées de la main de Stapleton lui-même, univers tour à tour dada, gothique ou surréaliste faisant parfois penser à Max Ernst, Man Ray ou Bellmer, jouant sur les matières, les collages et les superpositions. L'oeuvre picturale de Stapleton n'a rien à envier à son oeuvre musicale et cette complémentarité contribue à renforcer l'identité de Nurse With Wound. Les influences de Stapleton sont essentiellement liées au mouvement dada (Duchamp) et au surréalisme (Ernst, indirectement Lautréamont), mais aussi à des personnages aussi emblématiques que Luigi Russolo (futuriste italien à l'origine du mouvement bruitiste dans les années 20), David Lynch ou encore Perez Prado (ne me demandez pas pourquoi en ce qui concerne ce dernier).
1986. Après diverses collaborations (Current 93, Annie Anxiety, Sylvie and Babs, les albums solo de Diana Rogerson...), NWW signe sur le label Torso Records et sort Spiral Insana (3), un album à la pochette sublime et à la construction complexe. Le groupe est alors formé de Steven Stapleton, Robert Haig, Chris Wallis, David Jackman et Peter McGhee.
 
Nurse With Wound, Spiral Insana
(3) Spiral Insana (1986)
L'album débute par la montée progressive d'une nappe synthétique douce et planante dont la mélodie est très apaisante, avec en arrière plan, un rythme simple et régulier. Un homme parle indistinctement. Le rythme enfle progressivement, devient métallique et agressif jusqu'à ce qu'un bruit sec et crunchy (CRITCH) ne coupe le tout, laissant place au silence. Puis la nappe synthétique revient lentement des tréfonds et l'ambiance redevient la même qu'au début du disque. Mais une séquence répétitive se met à grossir et à supplanter tous les instruments. Soudain CRITCH, le bruit sec réapparaît et stoppe nette toute velléité. Une rythmique caisse-claire ballets intervient puis se perd, laissant place à des notes magistrales d'orgues d'église, puis CRITCH (le critch intervient pendant tout le disque). La séquence répétitive reprend alors, agrémentée de stridences, CRITCH. Re-départ de la séquence un bref instant, CRITCH. Raclements, sons panoramiques, gouttes, ploc ploc, voix travaillées, grandes orgues, CRITCH, séquence. CRITCH, orgues, cut > Rythmique africaine minimale à base de lamelles heurtées, sons de canard en plastique pressés (pouic), seconde rythmique minimale (bois frappé) accompagnée de voix difficilement identifiables (choeur de jeunes filles du couvent des oiseaux ?), CRITCH, séquence mécanique, stridences puis accalmie et retour sur la nappe originelle, shunt progressif. Craquements de sillons, retournage de plaque.
Seconde face : CRITCH puis critch. Une clarinette basse joue un thème pendant que semblent dialoguer deux violoncelles joués au doigt (?). CRITCH, cornemuses (si si je vous jure). A la suite de quoi thème mi-irlandais mi-japonais puis CRITCH. Stridences lointaines, orgues disséminées et cutées, stridences douces. Séquence répétitive (toujours la même qui revient une fois de plus). Cut, même séquence seule, jeux de panoramiques puis bruit de rabot régulier accompagné d'un troupeau de moutons et d'une guitare débile, PLOÏNG (vous me dites si je vous emmerde), cloches qui tintinnabulent, coquilles de moules secouées, disque rayé, CRITCH. Et ainsi de suite jusqu'à CRITCH, puis dans l'ordre : didjeridoo, choeurs de moines, mandoline, guitare bendée à outrance, toux + crachats d'un olibrius, orgues, et là devinez quoi ? CRITCH, puis bordel incommensurable (mais sourd) de mécanismes (machines d'usines) et de stridences molles, puis disparition dans le lointain, piano lent et triste, fin.
5 poin / 5
1987. Sortie de l'album Drunk With The Old Man Of The Mountains (4), recueil de titres enregistrés entre 1983 et 87. Chacun des titres est agrémenté d'un visuel réalisé par Stapleton. On retrouve d'ailleurs ça et là dans cet album quelques éléments de Spiral Insana (le CRITCH est de la partie).


Nurse With Wound, Drunk With The Old Man Of The Mountains
(4) Drunk With The Old Man Of The Mountains (1987)

"Mourning Smile" (85), le premier morceau, alterne les passages symphoniques et les pièces plus minimales pour finir sur un piano-bastringue puis sur une seconde ligne de piano répétitive tout à fait horripilante. En route, vous y croiserez certaines orgues, un vomis de crapaud et quelques CRITCH.
"Swamp Rat" (87) consiste en un grattage/triturage de guitare tandis qu'un tambour régulier martèle un rythme on ne peut plus basique. La guitare sonne comme une poule martyrisée pendant que des vagues de sons synthétiques surgissent puis repartent. Un rire benêt se fait entendre de temps à autres tandis que le rythme continue d'être inlassablement martelé. Quelques sons de boîte à rythmes cheap joués à la main viennent de temps à autres ponctuer l'imperturbable percussion. Puis une sorte de kazou se met lui aussi à suivre le rythme sur une seule note. Cut, rires. Fou-rire. Silence puis reprise du rythme quelques mesures. Swamp Rat.
"Sheela-Na-Gig" (84) est proprement insupportable. Des voix mixées ensemble vous égratignent les oreilles. Cris distordus de femmes ou de hyènes (on ne sait plus) pendant 5 minutes 25, intenable.
"Astral Dustbin Dirge" (83) arrive à temps pour vous sauver les oreilles mais pas le cerveau. Suite de bruits dont certains sont à peine audibles, souffles, cris étouffés, gémissements sourds. Cris, bruits, chaos lent. Voix de sirènes dans la brume. Femme affolée, stridences démentes, bribes de sons, de séquences. Alternance entre silence et hystérie. Cut. Le stress.
"Shatterring Man Falling" (84) commence par un son de corde métallique. Imaginez une corde de contrebasse (donc épaisse) mais longue et peu tendue. Schdoïng. Puis un fracas de caisses frappées (son boisé et mat) intervient tandis qu'une plaque de tôle est machinalement frottée. Différents sons métalliques errent et se promènent, créant tourbillons et grincements. Et ainsi de suite. Le morceau meurt sur une note sur-aigüe et une sorte de rythme cardiaque sourd.
3 poin / 5

Nurse With Wound, Gyllensköld/Brained
(2) Gyllensköld/Brained (1989)

Un album formidable qui démarre par "Odd", valse déjantée et totalement à la rue se finissant par un grognement de porc. Puis des voix déformées se font entendre et laissent place à un piano d'abord classique puis détraqué. Voix tordues puis annonce du thème à l'aide d'une sorte de clarinette torve. Des claquements indus/dub se font entendre sur lesquels vient progressivement se plaquer une rythmique répétitive de percussions tribales. Démarrage de la séquence puis cut. Apparaît alors un sax aphone par delà une rythmique devenant progressivement givrée. Reprise subite de la rythmique tribale laissant le sax se répercuter en échos s'éloignant progressivement. Ukulélé africain, bidule-chose à base de lamelles percutées, puis accélération jusqu'à créer une boucle surréaliste venant elle-même se poser sur la rythmique tribale qui brutalement réapparaît pour re-disparaître dans la foulée. Qui l'eût cru ?... Je vous passe les accélérations de bandes faisant penser à la voix de Donald ayant pris des acides. Grincements en tous genres ponctués de carillons désossés, jusqu'à énervement de l'auditeur. Dysfonctionnements et enrayages arrivent à temps. Essoufflement de la machine, alarme de voiture de banlieue, interminable. Remue-ménage, adoucissement, remuage d'objets, de tissus, calme, velouté. Grondement sourd, attente. Langueur monotone, monstre qui ronfle. Bruits de gouttes, caverne, Ali Baba & the 36 chandelles. Tout le monde dort, certains ronflent, tandis qu'on entend au loin qu'un tintouin se met en branle, une mécanique primaire à base de poulies, l'industrie s'éveille. Quelques voix plaintives puis un scratch... Fin de la première face. Elle se "termine" sur un sillon sans fin dont le schéma est le suivant : un scratch + une note en suspension = la boucle parfaite. Ad lib jusqu'à ce qu'on retourne la plaque (ou qu'on devienne fou, au choix).
La deuxième face (Brained, dont le morceau "Glory Hole" (amis des sites pornos, bonjour) porte la mention "for David Lynch" en hommage à Eraserhead) commence par une chanson lointaine, comme chantée dans un champs par quelque paysan profitant du soleil. Puis une stridence régulière se fait sentir jusqu'à disparaître complètement. Quelques oiseaux préhistoriques croassent, la chanson s'éternise tout en s'enlisant dans l'inaudible. Le silence est presque total quand survient une cascade de bouteilles dans des escaliers, suivie de cris fantomatiques et ultra-flippants. La voie d'une femme chantant une comptine dans une caverne se fait jour puis disparition. Reptiles. Puis menace. Une voix se met à répéter quelque chose comme "I locked myself in my appartments" ou autre chose. Des cris se font entendre au loin, on dirait une cour de récréation de tarés. Une Liza Minelli sous crack vocifère quelques phrases hystériques dans le vent... Silence d'après chaos.
Bruits de pas, de gaz s'échappant, de foule en panique. Système informatique en panne, re-dysfonctionnement tandis qu'une rythmique répétitive grossit au sein du chaos, la voix malsaine de Clint Ruin se pointant à l'horizon et se posant là-dessus comme un vautour sur un cadavre fumant, pendant qu'une femme éructe et qu'une sorte de xylophone dispense des notes sur-aiguës.
Le morceau s'éternise et dégénère de façon outrecuidante jusqu'à la chute, représentée en premier lieu par une explosion puis par le bruit d'une pièce de métal (un enjoliveur ?) venant s'échouer contre un mur...
4 poin / 5
J'ai peine à penser que vous ne soyez pas totalement émoustillés à la lecture de cette première partie et je vous devine impatients comme pas deux d'en savoir davantage, c'est pourquoi il y aura bien une seconde partie mais il me manque encore quelques éléments des plus indispensables pour confectionner au mieux une suite digne de ce CRITCH.
J'omets de dire que sans le site officiel de NWW, Brainwashed Records je ne serais qu'une merde perdue dans l'espace (notamment en ce qui concerne l'aspect biographique)
Mis à jour ( Dimanche, 15 Février 2009 17:24 )  

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