

1980, patatrac, Pathak quitte le navire, le groupe continue alors en duo et commence dès son troisième album (Merzbild Shwet) à orienter sa musique vers une suite de collages et d'effets dont le "bricolage" s'inspire largement du mouvement dada. Bribes de voix, bouts de chansons désuètes, cris, larsens, raclements et bruits métalliques s'imbriquent en collages bordéliques mais parcimonieux.
1981, c'est au tour de John Fothergill de quitter l'embarcation et Stapleton se retrouve désormais seul au sein de NWW. Qu'à cela ne tienne, il enregistre alors l'album Insect and Individual Silenced aidé de Trevor Reidy et de John Thirwell (mieux connu sous le nom de Foetus) puis l'album 150 Murderous Passions... en collaboration avec Whitehouse, s'octroyant chacun une face de la galette (it is a split).
1982, paraît l'album Homotopy To Marie (1) sur le label United Dairies, album sombre et difficile d'accès à propos duquel on se demande si le terme "musique" convient réellement.

Le disque débute par des bruits métalliques légèrement saturés, comme quelqu'un qui farfouillerait dans un tas de clous rouillés (à l'écoute, on sent la rouille). Puis des voix gémissantes et lointaines laissent soudain place à une sorte de chinois éructant dans une langue inconnue au bataillon. Silence quasi total auquel succède une longue résonance métallique provenant d'une sorte de gong ou plutôt d'une espèce de saladier en métal (si si) frappé comme par des maillets, puis par des baguettes. Les résonances sont longues et durent presque jusqu'au silence, tandis que les saladiers se voient de plus en plus sollicités (sans toutefois ne générer aucun "rythme"). De temps à autre intervient la voix d'une petite fille répétant "I didn't know anybody... and it was a funny smell" (ghhh... enfin c'est ce que je comprends). Les saladiers sont violentés avec plus ou moins d'attaque et résonnent de façon aléatoire. Grincements de portes lointains ou sons de trompette écrabouillée (au choix) s'interposent et s'insinuent au milieu des longues résonances. Vous n'allez pas me croire mais la première face finit là-dessus, après une intensification croissante du bordel ambiant. Raclage de plaques métalliques, sons des saladiers à l'envers, torture d'un hamster, puis voix de la petite fille qui revient pour dire autre chose. Quelques notes de piano-jouet s'égrainent jusqu'aux craquements des sillons de fin.
La seconde face commence par des espèces de voix à l'envers scandées à la manière d'un régiment marchant au pas tout en se perdant dans le désert (si si). Puis surviennent des résonances de gongs (sans l'attaque cette fois). Soudain, un coup sec et métallique se met à engendrer une longue distorsion, comme une armée de grillons passés au barbecue. Des espèces de chants grégoriens viennent se plaquer sur le barbecue, tandis que grince une girouette semblant tournicoter au vent. Brutal cut, silence. Puis une conversation de femmes espagnoles (si si) précède une sorte de longue plainte de tuyaux soutenue par des voix saturées agrémentées de larsens. Re-femmes espagnoles, cut > grillons décédés. Puis une distorsion insupportable vient alors vous rafraîchir derrière les oreilles tandis que quelques notes de piano et de tuyaux métalliques frappés font disparaître celle-ci en deux temps trois mouvements. Sifflements stridents, cascade d'objets, des cuivres semblent chercher vaguement leur chemin (comme un orchestre qui s'accorde) puis ceux-ci partent alors en fanfare. Palam tatsouin tatsouin, palalam puis shunte... Long silence soudain brouillé par des espèces de voix archi-saturées de clowns de fête foraine (ou un truc comme ça). Fin.
Votre futur disque préféré en somme (mais vous ne le savez pas encore).
Par ailleurs, un énorme travail graphique est apporté aux pochettes, toutes signées de la main de Stapleton lui-même, univers tour à tour dada, gothique ou surréaliste faisant parfois penser à Max Ernst, Man Ray ou Bellmer, jouant sur les matières, les collages et les superpositions. L'oeuvre picturale de Stapleton n'a rien à envier à son oeuvre musicale et cette complémentarité contribue à renforcer l'identité de Nurse With Wound. Les influences de Stapleton sont essentiellement liées au mouvement dada (Duchamp) et au surréalisme (Ernst, indirectement Lautréamont), mais aussi à des personnages aussi emblématiques que Luigi Russolo (futuriste italien à l'origine du mouvement bruitiste dans les années 20), David Lynch ou encore Perez Prado (ne me demandez pas pourquoi en ce qui concerne ce dernier).
1986. Après diverses collaborations (Current 93, Annie Anxiety, Sylvie and Babs, les albums solo de Diana Rogerson...), NWW signe sur le label Torso Records et sort Spiral Insana (3), un album à la pochette sublime et à la construction complexe. Le groupe est alors formé de Steven Stapleton, Robert Haig, Chris Wallis, David Jackman et Peter McGhee.

Seconde face : CRITCH puis critch. Une clarinette basse joue un thème pendant que semblent dialoguer deux violoncelles joués au doigt (?). CRITCH, cornemuses (si si je vous jure). A la suite de quoi thème mi-irlandais mi-japonais puis CRITCH. Stridences lointaines, orgues disséminées et cutées, stridences douces. Séquence répétitive (toujours la même qui revient une fois de plus). Cut, même séquence seule, jeux de panoramiques puis bruit de rabot régulier accompagné d'un troupeau de moutons et d'une guitare débile, PLOÏNG (vous me dites si je vous emmerde), cloches qui tintinnabulent, coquilles de moules secouées, disque rayé, CRITCH. Et ainsi de suite jusqu'à CRITCH, puis dans l'ordre : didjeridoo, choeurs de moines, mandoline, guitare bendée à outrance, toux + crachats d'un olibrius, orgues, et là devinez quoi ? CRITCH, puis bordel incommensurable (mais sourd) de mécanismes (machines d'usines) et de stridences molles, puis disparition dans le lointain, piano lent et triste, fin.

"Mourning Smile" (85), le premier morceau, alterne les passages symphoniques et les pièces plus minimales pour finir sur un piano-bastringue puis sur une seconde ligne de piano répétitive tout à fait horripilante. En route, vous y croiserez certaines orgues, un vomis de crapaud et quelques CRITCH.
"Swamp Rat" (87) consiste en un grattage/triturage de guitare tandis qu'un tambour régulier martèle un rythme on ne peut plus basique. La guitare sonne comme une poule martyrisée pendant que des vagues de sons synthétiques surgissent puis repartent. Un rire benêt se fait entendre de temps à autres tandis que le rythme continue d'être inlassablement martelé. Quelques sons de boîte à rythmes cheap joués à la main viennent de temps à autres ponctuer l'imperturbable percussion. Puis une sorte de kazou se met lui aussi à suivre le rythme sur une seule note. Cut, rires. Fou-rire. Silence puis reprise du rythme quelques mesures. Swamp Rat.
"Sheela-Na-Gig" (84) est proprement insupportable. Des voix mixées ensemble vous égratignent les oreilles. Cris distordus de femmes ou de hyènes (on ne sait plus) pendant 5 minutes 25, intenable.
"Astral Dustbin Dirge" (83) arrive à temps pour vous sauver les oreilles mais pas le cerveau. Suite de bruits dont certains sont à peine audibles, souffles, cris étouffés, gémissements sourds. Cris, bruits, chaos lent. Voix de sirènes dans la brume. Femme affolée, stridences démentes, bribes de sons, de séquences. Alternance entre silence et hystérie. Cut. Le stress.
"Shatterring Man Falling" (84) commence par un son de corde métallique. Imaginez une corde de contrebasse (donc épaisse) mais longue et peu tendue. Schdoïng. Puis un fracas de caisses frappées (son boisé et mat) intervient tandis qu'une plaque de tôle est machinalement frottée. Différents sons métalliques errent et se promènent, créant tourbillons et grincements. Et ainsi de suite. Le morceau meurt sur une note sur-aigüe et une sorte de rythme cardiaque sourd.

Un album formidable qui démarre par "Odd", valse déjantée et totalement à la rue se finissant par un grognement de porc. Puis des voix déformées se font entendre et laissent place à un piano d'abord classique puis détraqué. Voix tordues puis annonce du thème à l'aide d'une sorte de clarinette torve. Des claquements indus/dub se font entendre sur lesquels vient progressivement se plaquer une rythmique répétitive de percussions tribales. Démarrage de la séquence puis cut. Apparaît alors un sax aphone par delà une rythmique devenant progressivement givrée. Reprise subite de la rythmique tribale laissant le sax se répercuter en échos s'éloignant progressivement. Ukulélé africain, bidule-chose à base de lamelles percutées, puis accélération jusqu'à créer une boucle surréaliste venant elle-même se poser sur la rythmique tribale qui brutalement réapparaît pour re-disparaître dans la foulée. Qui l'eût cru ?... Je vous passe les accélérations de bandes faisant penser à la voix de Donald ayant pris des acides. Grincements en tous genres ponctués de carillons désossés, jusqu'à énervement de l'auditeur. Dysfonctionnements et enrayages arrivent à temps. Essoufflement de la machine, alarme de voiture de banlieue, interminable. Remue-ménage, adoucissement, remuage d'objets, de tissus, calme, velouté. Grondement sourd, attente. Langueur monotone, monstre qui ronfle. Bruits de gouttes, caverne, Ali Baba & the 36 chandelles. Tout le monde dort, certains ronflent, tandis qu'on entend au loin qu'un tintouin se met en branle, une mécanique primaire à base de poulies, l'industrie s'éveille. Quelques voix plaintives puis un scratch... Fin de la première face. Elle se "termine" sur un sillon sans fin dont le schéma est le suivant : un scratch + une note en suspension = la boucle parfaite. Ad lib jusqu'à ce qu'on retourne la plaque (ou qu'on devienne fou, au choix).
La deuxième face (Brained, dont le morceau "Glory Hole" (amis des sites pornos, bonjour) porte la mention "for David Lynch" en hommage à Eraserhead) commence par une chanson lointaine, comme chantée dans un champs par quelque paysan profitant du soleil. Puis une stridence régulière se fait sentir jusqu'à disparaître complètement. Quelques oiseaux préhistoriques croassent, la chanson s'éternise tout en s'enlisant dans l'inaudible. Le silence est presque total quand survient une cascade de bouteilles dans des escaliers, suivie de cris fantomatiques et ultra-flippants. La voie d'une femme chantant une comptine dans une caverne se fait jour puis disparition. Reptiles. Puis menace. Une voix se met à répéter quelque chose comme "I locked myself in my appartments" ou autre chose. Des cris se font entendre au loin, on dirait une cour de récréation de tarés. Une Liza Minelli sous crack vocifère quelques phrases hystériques dans le vent... Silence d'après chaos.
Bruits de pas, de gaz s'échappant, de foule en panique. Système informatique en panne, re-dysfonctionnement tandis qu'une rythmique répétitive grossit au sein du chaos, la voix malsaine de Clint Ruin se pointant à l'horizon et se posant là-dessus comme un vautour sur un cadavre fumant, pendant qu'une femme éructe et qu'une sorte de xylophone dispense des notes sur-aiguës.
Le morceau s'éternise et dégénère de façon outrecuidante jusqu'à la chute, représentée en premier lieu par une explosion puis par le bruit d'une pièce de métal (un enjoliveur ?) venant s'échouer contre un mur...
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