Cet album est la première divine surprise de 2006. Dans un style où il me semblait difficile d'être de nouveau enthousiasmé, c'est-à-dire un noise limite hardcore où je ne retrouve que rarement ce qui me faisait décoller entre 1989 et 1994 avec les éternels Dazzling Killmen, Janitor Joe, Unsane, Jesus Lizard, et même si récemment Converge ou Cougars les ont rejoints dans mon petit panthéon personnel, Akimbo vient illico de signer, avec leur 4ème album, une furie sonore d'une variété inouïe et constamment passionnante qui s'y love définitivement. Qui entre dans ces 38 minutes en sort littéralement lessivé. Pas un temps mort, pas une seconde de remplissage, un typhon et pas du sirop (les fans de Richard Anthony me comprendront).
Akimbo est un quatuor de Seattle mais ils pourraient aisément venir de Chicago, quoiqu'il y a ce quelque chose de swinguant qui émerge de cette tornade de décibels qu'ont ne trouve pas chez les groupes de Chicago, un peu plus raides dans leur jeu. Il y a surtout une énergie insensée. Par exemple "Tina, Bring Me The Axe" est un peu du Unsane de Blood Run mais joué avec la furie de l'Unsane des premières années (celui de "Vandal-X"). Il y a même des traces saillantes de Janitor Joe patentes sur l'excellent "Breaking Rocks". En bonus, Akimbo intègre à sa musique une palette de genres que mes chouchoux d'antan ne semblaient pas vraiment capables (ou désireux ?) de couvrir. Il faut voir comme ils jouent le blues-rock sur "Tower Of The
Elephant", même Rory Gallagher y aurait retrouvé son compte. Plus étonnant encore, sur "Rickshow", le bridge semble surgir du Songs From The Wood de Jethro Tull. Les grands moments sont "Rockness Monster" qui débute comme du Drive Like Jehu (c'est sous mon clavier l'un des plus grands compliments de la terre) et tient même les promesses de son intro, "Rickshow" justement, du pur Unsane et sur lequel Natt Damm défonce ses fûts comme un forcené, "Sci-Fi Monster Violence" qui pourrait servir d'exemple sonore à la notion même d'énergie en musique et enfin "Ground Control To Major Bummer" (titre succulent) qui commence sur le riff de "Paranoid" (je ne précise quand même pas de qui, on est entre gens cultivés je suppose) mais part ensuite dans un fracassement presque math-rock particulièrement jubilatoire.
La plupart des textes sont implicitement des hurlements de dégoûts lancés à la gueule de Bush, figure cathartique qui concentre aujourd'hui toute la rage de ceux qui échappent au conditionnement propagandiste médiatique de là-bas. L'image de ce grand Satan sur les pyramides qui orne la pochette semble être une parabole de ce qui les répugne autant. Pas innocent que le groupe soit sur le label de Jello Biafra, Alternative Tentacles. Oui, même quadras, les punks peuvent encore nuire à ce système. Si le monde n'était pas ce qu'il est (un repaire d'amateurs de mollassonneries soporifiques et révérencieuses baignant dans la niaiserie euphémique ou de popette gnangnan à oripeaux rock), ce groupe serait couronné comme l'un des plus essentiels de l'époque. Mais vu qui fait les rois ces temps-ci pas d'espoir que ça arrive. Foutu Univers Complètement Kitsch.
4 poin et demi / 5
Chronique parue dans Crossroads
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