| Je suis peut-être un cuistre mais je pense qu’un homme qui se nomme Charlemagne Palestine a forcément un peu d’humour. Même s'il mène depuis des années (paraît-il) une quête spirituelle à travers le drone (bourdonnement) et la répétition, qui semble peu compatible avec la franche rigolade. Certes l’homme a déjà failli (paraît-il) s’évanouir devant son piano à force de marteler la même touche pour ne faire qu’un avec l’univers. Mais bon, le voir débarquer en chaussettes multicolores et habits psyché-flashy dépareillés, me confirme dans l’idée que cet homme n’est pas dépourvu du sens de l’ironie. Je me demanderai d’ailleurs plus tard si il ne s’agit pas de l’ironie du charlatan. Avant même que Monsieur Palestine ne s’installe près de son piano, d’aucuns sont déjà forts concentrés. Attention ! Cet homme a fréquenté John Cage, LaMonte Young, et tant d’autres vaches sacrées (oui, il faut être un peu vache pour proposer au public des musiques comme les leurs) de la musique expérimentale dite savante. Arrive enfin Charlemagne. |
| Il ouvre des boîtes et des valises, en sort des peluches et les installe sur la scène. Il prend tout son temps ; le public n’a pas su s'il fallait applaudir. Bon, cette installation fait à l’évidence partie du spectacle, ainsi que les bouteilles d’alcools alignées près du piano. Le gars se promène autour de ses objets, puis se sert un verre de Cognac. Le silence est loin d’être complet car il y a des va-et-vient dans la petite cour aux arcades roses. « Il faut une certaine communion sinon ça ne va pas marcher du tout » annonce l’homme. Ceux du premier rang sont prêts à communier, fascinés d’avance ; sans doute connaissent-ils un peu déjà le secret que l’artiste veut nous faire partage (euh, en fait non, je pense pas). Charlemagne (ne jamais confondre avec Pepin Le Bref) tente donc d’imposer le calme dans l’assistance. « Il y a 40 ans que j’installe mes peluches et que je bois mon verre de Cognac avant de jouer, c’est un rituel » précise-t-il. Je trouve cette présentation très drôle (ce que je porte à son crédit), mais un rapide coup d’œil me permet de constater que personne ne sourit. Bon…euh…soit ! Restons solennel, même si je n’ai pas compris les choses ainsi. Palestine se lance ! Jouons le jeu... Je n’ai pas d’à priori contre les musiques de la micro-vibration, de la répétition, de l’infime. Je suis même fort séduit et ému par bon nombre de compositeurs minimalistes. | ![]() |

![]() | Le voilà qui attaque sa pièce en martelant une touche de piano. Et il insiste le bougre, même s’il daigne en ajouter parfois une deuxième ou une troisième. Je crois percevoir des éclats d’un Steve Reich ou d’un John Adams au bout de quelques minutes, ce qui n’est pas pour me déplaire, mais tout s'évanouira très vite. Le jeu se fait percussif, et Palestine semble vivre intensément le moment ; ce qui n’est rapidement plus du tout mon cas. Un ennui terrible s’empare de moi ; mais ce n’est pas grave, car il y a le public à observer. A ma droite un jeune, sourire béat et yeux fermés enlace une colonne de pierre en dodelinant de la tête; et bien en voilà un qui semble avoir atteint la transe. A ma gauche trois grandes bringues portant les mêmes habits et les mêmes lunettes carrées noires tentent d’approcher le cœur de la musique avec force gesticulations de sourcils et grattage de menton. Moi, je médite une question musico-philosophique de très haut vol plutôt inepte : est-ce un mauvais quelque chose ou un bon n’importe quoi ? Le cri que pousse Palestine dans son micro suivi d’un chant insupportable d’allure païenne interrompent mes riches pensées (en fait j’ai surtout soif). |


(on finissait par s’habituer à ses trois notes…) laisse enfin tranquille la partie medium du piano pour s’attaquer aux graves. Il terminera son long morceau en gesticulant sur sa chaise, et en faisant semblant de parler devant son micro. Pour éclairer notre lanterne, il ajoutera avant de partir « c’est flip et flop ».
Quant à moi, je concède volontiers que ce type a un véritable charisme et possède un art de la mise en scène du rien musical assez impressionnant. Je maintiens donc : Charlemagne Palestine est surtout un homme drôle. Reste que, comme une partie de son public, il ne le sait peut-être pas.
P.S : Je suis une mauvaise langue jubilante. Mais par honnêteté, je dois admettre que les conditions pour écouter ce type de musique n’étaient pas forcément réunies (trop de bruit, etc …).

Pour des infos plus sérieuses sur la carrière et l’oeuvre de Charlemagne Palestine, je vous conseille de suivre ce lien ( et d’ignorer mes bas sarcasmes)
Toutes les photos ont été prises par Sandy Prolhac.

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