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Colleen, Interview & Photos, Toulouse Mai 2007

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Colleen - Mandala, Toulouse
Après avoir préparé ses instruments sous un soleil de plomb, le concert étant initialement prévu dans la petite cour fleurie du club de Jazz Le Mandala à Toulouse, Colleen a dû en catastrophe rentrer sa jolie panoplie, pour cause d'intempérie soudaine. Le set aura donc finalement lieu en intérieur, dans des conditions sonores peu idéales, car improvisées. Les beaux sons de Cécile Schott nous auront cependant émus profondément, même si elle aurait préféré jouer dans une église, comme elle le fait parfois. Entre temps, elle nous aura reçus avec une grande gentillesse et beaucoup de disponibilité.

Et elle fut bavarde...pour notre plus grand plaisir!



Ton vrai nom est Cécile Schott. Pourquoi avoir choisi Colleen comme nom de scène ?
Je n’aimais pas mon vrai nom, je ne trouvais pas que Cécile Schott sonne particulièrement bien…il me fallait un pseudonyme, un nom qui soit prononçable par tous, dans tous les pays ; il y a des groupes dont on n’ose même pas prononcer le nom de peur de se tromper ! Colleen est un mot Irlandais qui veut dire jeune fille, mais c’est surtout pour la graphie que je l’ai choisi : la musique de mes débuts était surtout basée sur la boucle et la répétition. Colleen est un nom écrit tout en rondeurs, en répétition. En français le sens du mot colline renvoie aux mêmes significations.

Quels mots choisirais-tu pour définir ta musique ?
Minimale, acoustique… à une époque je disais chaleureuse en opposition à une musique froide construite sur des sons synthétiques ; je revendique l’utilisation de sons acoustiques. Même les nombreux samples de mon premier album étaient d’origine acoustique. Pour cette raison, je ne suis pas vraiment d’accord avec le qualificatif électronique ou electronica qu’on continue à me balancer. A de rares exceptions près, je n’aime pas les sons synthétiques. J’ajoute mélodique. J’y attache une grande importance.

 

Quels instruments as-tu amenés pour le concert d’aujourd’hui ?
Le Colleen nouvelle formule ! Une viole de Gambe, l’instrument que j’utilise le plus sur mon dernier album. La viole de Gambe est en quelque sorte l’ancêtre du violoncelle, à 6 ou 7 cordes.
Les cordes sont en boyaux – et non en métal -, le son est plus chaleureux et moins romantique que celui du violoncelle. La technique d’archet est très différente. Particularité et point commun avec la guitare : on peut jouer, suggérer des accords. Je trouve donc cet instrument plus polyvalent. J’ai également amené une clarinette, une guitare classique, une ou deux boîtes à musiques, des wind chimes
(petits carillons).

Je crois savoir que tu collectionnes les instruments.
Parle nous de cette passion…

C’est un mini-musée chez moi. Je me suis arrêtée car je n’ai plus la place ! Je suis passionnée par les instruments. Mais au fil du temps je me suis concentrée sur des choses plus conséquentes : d’abord le violoncelle, ensuite le piano. Depuis deux ans, j’ai essayé d’apprendre simultanément la clarinette, la viole de Gambe, le piano ; mais c’est devenu à peu près impossible. Je me suis donc concentrée sur l’apprentissage de la viole de Gambe, qui est celui que je désire réellement approfondir maintenant. Mais c’est vrai que dés que je découvre un instrument que je ne connais pas, j’ai tout de suite envie de l’essayer, de faire quelque chose avec…
Viole de Gambe - Colleen
…As-tu utilisé parfois certaines de ces curiosités ?
J’en ai surtout utilisées sur mon deuxième album et sur Mort Aux Vaches (2006), un enregistrement pour la radio hollandaise réalisé en septembre 2004, pour lequel j’ai utilisé des Calimbas, des pianos à pouces africains, un ukulele, un petit accordéon. Sur mon deuxième album, j’ai utilisé un harmonicon ( un instrument très rare ), qui ressemble à un glockenspiel ou un xylophone mais avec des lames en verre. Sur le dernier album, j’ai utilisé des verres en cristal…

 

Pédales Loop
On parle souvent de « mélange d’électronique et d’acoustique » pour définir ton travail. Qu’en penses-tu ?
J’utilise les techniques du "sample en direct". Je transforme peu les sons, je n’utilise pas de logiciel pour en créer. Le dernier album n’est pas du tout électronique, mais sur scène j’utilise tout de même des pédales delay et sampler. En ce sens on peut parler de mélange
d’ électronique et d’acoustique.

Comment décrirais-tu ton processus de création ?
Je ne travaille pas les étapes électro et acoustiques de façon séparée. Sur mon dernier album, il y a des pièces de viole de Gambe solo, d’autres faites de différentes couches de viole, un peu comme si j’avais essayé de créer un consort, un ensemble de violes. C’est un gros chantier, en vérité, j’enregistre une partie, je la réécoute, j’improvise dessus. Le processus est un mélange d’idées précises et d’improvisations ; mais c’est toujours en jouant que je trouve –je n’ai pas de formation classique, je sais lire une partition, mais pas projeter ma musique sur une partition écrite-. Un approche assez concrète, donc…

 

Ce mois-ci sort Les Ondes Silencieuses, ton nouvel album, présente nous un peu ta dernière création…
C’est une évolution par rapport à mes travaux précédents. Sur mon EP Colleen et les Boîtes à Musique (2006), une commande de France Culture, j’ai poussé à l’extrême le procédé qui consiste à jouer, transformer, sampler, mettre en boucle un instrument, (dans ce cas là des boîtes à musique). J’ai envie de passer à autre chose désormais. Je garde le sample pour les lives, d’autant plus qu’on ne joue pas toujours dans un lieu approprié, comme une église, pour jouer de la viole de Gambe solo. J’ai joué récemment dans des églises en Angleterre, aujourd’hui c’est dans une cour sous un soleil de plomb ! On est obligé de s’adapter au public et à la salle.
Viole de Gambe - ColleenJe reviens sur la viole : j’ai toujours voulu en jouer.
Pareil pour le clavecin. Et cet instrument très typé, on ne l’entend pas trop dans la musique contemporaine (au sens large du terme) –à part chez certains groupes de pop psyché des années 60 ou quelques groupes anglais. L’idée est de créer un univers sonore singulier de nos jours. Je voulais des sons venant de la musique Baroque, sans tomber dans le pastiche, les chefs d’œuvre ont été écrits à cette époque là. Il ne s’agit pas de se mesurer à eux, mais de voir ce que moi je peux faire avec mon vocabulaire et mes envies. Par ailleurs, je voulais sortir du schéma des boucles et de la répétition, et faire des choses parfois plus improvisées, plus libres, mais aussi plus soignées au niveau de la composition. Lorsque tu lances une boucle, il est difficile de partir dans une autre direction mélodique, si tu joues de manière solo, tu es beaucoup plus libre.
Une autre piste que j’ai voulu explorer est l’idée du silence, de l’attente, de la tension ; même si ce que je faisais avant était déjà assez minimal, il se passait toujours quelque chose, même si c’était lancinant. Je me suis aperçue qu’il n’y avait pas de silence dans ma musique. En commençant à prendre des cours de musique baroque, j’ai appris à faire vivre le silence ; je me suis aperçue que c’était quelque chose de beau : laisser finir quelque chose, et reprendre…la viole a beaucoup d’harmoniques, est très riche : lorsqu’on finit une note, tout un tas de choses continue derrière qui pour moi sont presque plus belles que la note elle-même.

…Comme tu l’as rappelé, ton précédent opus, Les Boîtes A Musique est assez différent des Ondes Silencieuses…peux-tu nous en dire plus sur cet EP ?
Le défi était de faire 55 minutes à base de boîtes à musique sans endormir les gens ! On m’a prêté des boîtes à musique Victoriennes (40 cm de long avec un énorme cylindre !) ; nous avons joué les mélodies, mais elles étaient atroces, la pop victorienne, c’était très mauvais ! J’étais donc un peu embêtée… ! Une boîte à musique est un cylindre avec des petits picots, qui viennent soulever des petites lames en métal, qui ont toutes une longueur différente et donnent donc une note différente. J’ai passé mon doigt sur ce qu’on appelle "le peigne" (là où se trouvent toutes les petites lames), j’ai trouvé les sons intéressants ; j’ai eu l’idée de taper sur les lames avec des petits maillets. Le son se rapprochait de celui d’un gamelan bizarre, difficile à définir, peut-être en bois, peut-être en métal. Le projet est vraiment devenu passionnant ! Certains ont cru entendre du xylophone, ou du vrai gamelan, mais il ne s’agit que de boîtes à musique.

Colleen - Mandala, Toulouse - Mai 2007

Ce qui me frappe dans ta musique c’est qu’elle semble relever d’une démarche avant-gardiste, et que son rendu est très fluide et accessible. Quel regard portes-tu sur les musiques contemporaines et les expériences radicales dites savantes ( John Cage, par exemple) ou non ( Noise ou drone "jusqu’au boutiste ") ?

Le piano préparé de John Cage, j’ y ai beaucoup pensé, par rapport au clavecin, au silence, à l’aspect percussif. Mais je ne suis pas une spécialiste de John Cage, et puis je pense que certaines choses m’ennuieraient tout simplement.
Par rapport aux expériences de noise ou drones radicales…c’est plus compliqué. J’ai écouté beaucoup de choses différentes dans ma vie, sans être spécialiste en un domaine. Ca me dérange de juger certains travaux, car je les connais trop mal. Mais par exemple, lorsque je sortais de mon groupe de Noisy Pop, je me suis passionnée pour Keiji Haino et Fushitsusha pendant environ un an et demi ; je les ai revus en concert il y a deux ou trois ans et j’ai trouvé des choses très bien, d’autres m’ont plus fait sourire qu’autre chose. Ceci dit, mes goûts ne ressemblent pas forcément à la musique que je fais ! Par exemple j’adore la soul des années 60, et ma musique ne ressemble pas à celle de la Motown ! De toute façon, je ne réfléchis pas forcément en terme d’avant-garde / musique traditionnelle, même si j’ai une position assez ambigüe. Je suis invitée dans des festivals de Pop : ma musique passe alors pour très expérimentale. Inversément si je suis invitée dans un festival de musique improvisée, je peux passer pour celle qui fait des mélodies "gentilles"! J’essaie de ne pas trop me préoccuper de ces étiquettes…

Colleen - Mandala, Toulouse, Mai 2007

Quelles sont les musiques que tu as aimées dans ta vie et celles qui t’ont influencées ?
Ca c’est pas sympa ! Il y en a tellement ! Les Beatles ! De 13 à 15 ans, j’ai écouté les compilations bleues et rouges en boucle. Puis j’ai écouté de la noise et de la pop : Sonic Youth, Pixies, My Bloody Valentine. A ce moment-là, j’ai totalement laissé tomber les Beatles, je pense que je trouvais ça un peu niais. Mais je les ai redécouverts entre-temps : il reste des choses à la fois très pop et intelligentes au niveau de la production, et puis des choses tout de même bien barrées qui sont je pense uniques.
Ma période Sonic Youth a été longue et m’a certainement influencée : La dissonance, sortir du format pop. Quant à My Bloody Valentine, ils restent, ils me semblent complètement novateurs ; ça n’a pas vieilli. Un modèle d’expérimentation qui garde un côté accessible.
Puis j’ai écouté des choses plus expérimentales. En 95, je commençais mes études et j’ai rencontré un duo, Ultra Milkmaids, qui était parmi les premiers français à faire de la musique électronique. Ce sont les premières personnes que j’ai vues utiliser des samples d’ordinateur, des paquets de pédales d’effets. Ils étaient multi-instrumentistes, ce qui m’a aussi impressionnée. Ces gens-là m’ont fait découvrir un groupe marquant, This Heat, notamment leur premier album. A l’époque j’essayais de faire de la musique seule avec un 4 piste, je tentais des expérimentations artisanales ( je ne savais pas allumer un ordi !). Par contre, l’album de This Heat m’a un peu découragé dans un premier temps tellement ça me semblait génial, vingt ans plus tôt qui plus est ! – je n’ai rien fait pendant deux ou trois ans. Puis j’ai commencé à travailler sur ordinateur, avec des logiciels de samples, etc…
Récemment j’ai écouté pas mal de jazz…surtout du free-jazz. Ce n’est pas très original, mais j’adore Coltrane. Ces écoutes-là m’ont aussi donné envie de jouer de la clarinette.
J’ai également écouté des musiciens américains comme Pauline Oliveros…ses oeuvres pour accordéons…et puis elle a été une des pionnières du sample. Lou Harrison m’a aussi passionnée –il est allé en Asie étudier les instruments, a fabriqué ses propres gamelans en allant dans les décharges publiques, en ramassant des bouts de voitures, de poubelles. Il a essayé de combiner des approches de musiques d’Asie et de musiques occidentales. Son concerto pour Gamelan, violon et violoncelle m’a vraiment marquée et m’a décidée à ne plus utiliser de samples, à trouver les moyens instrumentaux soi-même pour créer son monde musical. J’ai totalement arrêté de sampler les disques, après mon premier album.

 

Y’a t’il des groupes ou musiciens que tu voudrais soutenir, nous faire connaître ?
Anne Laplantine. Totalement étrangère aux impératifs commerciaux, elle sort des disques sur des labels différents à chaque fois, et sous divers pseudonymes, n’a pas de page internet. Une écriture à la fois pop et fragmentée, Baroque, cut-up. Hervé Boghossian et son label. A ses débuts, c’était très electro minimal, ce qu’il fait aujourd’hui est plus acoustique, entre Folk, musique improvisée,
et traitement électronique. Dominique Grimaud, qui a une longue carrière. A la fin des années 70, il a joué dans un groupe extraordinaire qui s’appelait Video-Aventures. Et puis Pierre Bastien...

Colleen - Mandala, Toulouse - Mai 2007


Tu as travaillé récemment avec une chorégraphe, Perrine Valli
Parle nous de cette rencontre.

Le spectacle s’appelle Série. Perrine Valli est une chorégraphe-danseuse Franco-Suisse de 26 ans.
Elle m’a contactée l’année dernière à la fin de l’été pour me parler de ce projet. Je suis pas mal sollicitée pour des musiques de films ou de danse, mais ces projets ne se sont pas souvent concrétisés car je n’ai pas beaucoup de temps (je n’aime pas m’éparpiller sur trop de projets en même temps).
De plus, je suis habituée à travailler seule, donc je dois m’assurer qu’il y a un bon feeling, une adéquation artistique, et humaine. Et puis il y a tous ces projets sans lendemain qu’on m’a présentés avec enthousiasme, puis qui sont restés lettre morte… j’ai eu quelques déceptions en ce domaine !
Mais j’ai rencontré Perrine Valli, ce qu’elle fait m’a beaucoup plu. Cette danseuse a une démarche assez minimale, presque Zen, mais jamais froide. J’ai donc trouvé que nous avions des approches similaires de nos travaux respectifs. Nous avons commencé à travailler : elle me montrait des parties de ses créations, je lui montrais mes instruments, les sons que j’aimais ; la collaboration s’est développée ainsi, par échanges réguliers. L’idée pour moi était de continuer à évoluer, je ne voulais pas faire de redites de mes précédents albums. Le spectacle a été joué à Genève et puis tout récemment à Paris. Nous sommes toutes les deux très heureuses du résultat !


Quels sont tes prochains projets ?
J’ai un peu envie de souffler ! J’ai l’impression d’avoir beaucoup produit en deux ou trois ans : la commande de France Culture (les Boîtes A Musique), mon dernier album, le spectacle de danse avec Perrine Valli ; maintenant j’enchaîne sur des dates de concerts pendant un an (en Amérique , en Asie). Je ne suis pas dans une optique de production intensive, je préfère sortir peu, plutôt que de multiplier les projets. J’ai aussi tout simplement envie de trouver du temps pour pratiquer mon instrument, m’améliorer à la viole de Gambe (je n’en joue que depuis l’année dernière), j’aimerais ralentir mon style de vie, même si ce n’est pas facile. L’inspiration on peut aussi la trouver en arrêtant de courir, en lisant un livre, en allant à une expo…
Je n’ai encore aucune idée sur l’allure que prendra mon prochain disque, mais j’aime que mes albums soient vraiment différents les uns des autres. L’instrumentation changera forcément,
comme à chaque fois.
Je ferai peut-être une mini-résidence à Paris pour La Maison de Solenn (consacrée aux souffrances psychiques ou physiques des adolescents). La musicothérapie serait une expérience nouvelle pour moi, et certainement enrichissante. Je pense aussi que de nouvelles opportunités de travailler pour le cinéma ou la danse se présenteront. Sur le long terme, j’aimerais apprendre à composer sur partition, pour peut-être écrire quelque chose qui puisse être interprété par d’autres.



Discographie de Colleen:







Everyone Alive Wants Answers (2004) The Golden Morning Breaks (2005) Mort Aux Vaches (2006) Colleen Et Les Boîtes À Musique (2006) Les Ondes Silencieuses (2007)

 

Vous trouverez des extraits de chacun de ses albums, ainsi que des vidéos, sur son site officiel,
d'autres sur sa page Myspace.




Toutes les photos sont l'oeuvre de Sandy Prolhac.
Nous remercions Cécile pour son accueil, sa disponibilté, et sa passion.






Mis à jour ( Jeudi, 09 Septembre 2010 23:28 )  

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