Il est toujours rassurant de constater que la sortie d’un disque peut parfois coïncider parfaitement avec l’état d’esprit qui est le vôtre à ce moment là. Et ce n’est peut-être pas aussi fréquent qu’il ne faille pas s’en réjouir.
Un peu plus tôt, ou plus tard, et celui-ci, peut-être, se serait trouvé hors piste avant même d’en avoir entamé le tour. Et puis un jour vous apprenez que celui que vous avez passé une partie de votre adolescence à écouter, sur la platine de votre chambre, bien isolée du monde, ce chanteur que vous croyiez avoir oublié, si ce n’est que de loin en loin, quand même, vous vous repassez ses anciens albums, celui-ci, donc, sort un nouvel enregistrement, continue à tourner et à tracer son chemin. Et celui-ci l’a reconduit jusqu’à vous. Parce que finalement on peut se dire que c’était la conclusion logique d’un tel périple. Reconquérir immédiatement la place laissée vide depuis longtemps. Alors on glisse le disque dans le boîtier magique et il en sort tous les sortilèges par lesquels vous demeurez interdit tant l’émotion est identique à celle qu’on éprouve à la rencontre fortuite de ses propres souvenirs. Ici ce sera la guitare, la voix chaude et profonde qui bouleverse et « vous met le cœur à l’heure ».
Je ne parcourrai pas la totalité des titres présentés mais je signalerais simplement que comme à son habitude Richie Havens excelle dans les reprises qu’il transfigure par ses interprétations et la conception des arrangements. Won’t get fooled again de P-Townshend (The Who) est une recréation absolument merveilleuse proposant une relecture évidemment acoustique de cette pièce maîtresse. Citons encore Lives in the balance composée et écrite par Jackson Browne, avec en invité Dereck Trucks à la slide guitar ou The great mandala signée Peter Yarrow (Peter, Paul & Mary). Mais l’interprète n’est pas en reste et signe lui aussi quelques belles chansons. The key qui ouvre l’album est parmi les plus émouvantes qu’il ait écrites et le son du violoncelle n’y est pas étranger. Nobody left to crown ou encore We all know now se hissent à la hauteur des compositions qu’il aura tout au long de sa carrière empruntées aux autres et pas des moindres (Dylan, Beatles, parmi beaucoup d’autres).
Bien sûr quelques esprits chagrins déploreront que Richie Havens n’ait pas laissé derrière lui les thèmes que déjà il mettait en chansons dans les années soixante finissantes. Il chante toujours la paix et l’amour. Il interpelle les gouvernements qui « font » les guerres, celles qui s’éternisent (Say it isn’t so) et prend le parti de ceux qui doivent supporter la misère sociale ou une existence de soumission dans l’abondance matérielle (Fates). Mais il est peut-être bon de rappeler aux souvenirs des bien pensants que la musique et des chansons peuvent parfois toucher juste en éveillant un peu les consciences ou en faisant que celles-ci restent alertes. Ce disque nous aidera peut-être à mieux passer l’hiver. Dans tous les cas la renaissance annoncée du printemps commence là, entre quelques notes de guitares, des glissandi de violoncelle et une voix qui touche au plus profond de l’être. Les retrouvailles ont été excellentes souhaitons qu’elles se poursuivent par quelques autres festins.
En lisant le cd avec votre ordinateur vous pourrez accéder à un reportage/entrevue où, entre autre, Richie Havens fait le récit de sa première rencontre avec Dylan. On nous promet, à venir, quelques exclusivités et bonus sur le site du chanteur !
5 poin / 5
Site officiel de Richie Havens

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