C'est le matin. Le petit matin. A l'heure où tout est encore possible. Pas tout-à-fait la fin de la nuit, ni le début du jour. Un no man's land. Un moment de quiétude avant la réalité qui s'annonce déjà. "Eternal Life".
Dans la pénombre de la pièce, je me laisse envahir par la musique, et cette voix, oh quelle voix ! La voix d'un ange ? Elle m'envoute, me transporte vers l'ailleurs. M'embrase comme le soleil va bientôt embraser le ciel.
Un rouge, profond, dans le miroir. Des bras qui m'entourent, des lèvres chaudes qui se posent sur ma peau, nue et qui frissonne. Je suis en apesanteur, et toujours cette voix qui se fraye un passage jusqu'à mon coeur, cette voix murmurée, dépouillée, qui s'impose dans la beauté de sa nudité, mélancolique mais qui sait hurler, puis redevenir caresse.
Je ferme les yeux, j'imagine ton reflet, mon
reflet, nos reflets drapés dans l'etoffe. Ma main se tend vers le vide."Lilac Wine", je sombre. Ce manque, lancinant comme une morsure, la morsure de l'aube. Celle qui commence à poindre à travers les vitres, avec son cortège de couleurs flamboyantes. Rouge passion, rouge chaleur, rouge entrailles, rouge sexe, rouge sang. Je rève éveillée, alanguie, lovée dans la tièdeur de cette nuit. Je sens ta chaleur aussi. "It's So Real".
Ta peau contre la mienne, ces courbes, comme dessinées au fusain et qui se fondent, l'une dans l'autre. Noir, rouge, et le blanc des murs. Un tableau de Kleinberg.
Je tremble sous tes caresses. Mon corps ondule. Et les vagues déferlent. Une à Une. Puissantes. Moments d'accalmie. Montées d'adrénaline. La musique m'emporte, il faut trouver l'équilibre. Et cette voix qui me met toujours à
genoux, haletante, qui vrille le coeur et appelle les sanglots. C'est cruel. Cette voix qui entre en moi, se cale d'un coup sec, ne bouge plus, c'est sa place. "Hallelujah", tout est encore possible.
Le jour n'est pas là et pourtant j'aimerais être demain, toujours être demain. Mais que les jours n'en finissent pas de passer ! "Mojo Pin". Quelques accords de guitare en fond. Ma prière s'élève. Tu me manques. "Corpus Christi Carol" berce ma mélancolie. Ta nuque au creux de ma main. Je suis bien. Je retiens encore un peu la nuit. "Kiss me, please kiss me".
Le jour est là. L'état de grâce m'a quittée. Mon âme part en lambeaux. Je ne suis plus rien. J'ai froid.

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