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POLYPHONIC SPREE - Together We're Heavy - 2004

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Petite précision avant cette chronique parue à l'automne 2005 dans Crossroads. Il y a eu 2 pochettes à cet album (je ne sais laquelle est celle souhaitée par le groupe). Après Orthodox (avant Sunno)))), poin-poin de plus en plus le magazine de musiciens en aubes, chasubles ou soutanes.

Etrange que personne dans ce magazine des croisées sonores n'ait, à ma connaissance, chroniqué cet album, paru l'été dernier, et peut être le seul album pop (j'ai bien dit pop) des 20 dernières années à pouvoir espérer se glisser sans choquer dans la liste des grands disques du genre (vous savez ces listes des 100 plus grands albums de tous les temps qui reviennent comme une antienne). Déjà, le premier (The Beginning Stages Of…) était un petit bijou bourré de standards qui a pris tout le monde de court. Il faut dire qu'une vingtaine de gugusses et de gugussettes en aubes de catéchumènes, sandales aux pieds et un sourire béat scotché sur le visage, ça jetait le trouble après 15 ans de gros bras tatoués ou de looks "j'suis un rebelle bébé j'écoute les Stooges à la maison".

polyphonicpochette2Musicalement, il est clair que le tabouret à 4 pieds sur lequel est construite cette architec-sonique sont 4 chansons des Beatles : en gros "Magical Mystery Tour", "All You Need Is Love", "I'm The Walrus" et "Hey Jude". Bizarre en fait car c'est surtout à Georges Harrison que l'on pense et on peut parier que ce bon Georges, aurait-il évité de casser sa pipe (méritait plus les drapeaux en berne que le pape ceci dit en passant), se serait sûrement retrouvé embringué dans cette aventure polyphonique. Les deux seuls défauts du premier album étaient sa production un peu rudimentaire comparé au projet initial, et sa durée un peu rétrécie, mais il avait été enregistré en 3 jours. Ici, ces deux défauts sont complètement corrigés car la production est somptueuse et l'album s'étend sur près d'une heure, l'enregistrement ayant cette fois pris 6 semaines complètes. A noter qu'il mit, pour des raisons obscures, près de 2 ans à sortir. 

Même s'il a été accueilli avec une réelle admiration outre-manche et atlantique, certains ont polyphonichopetoutefois trouvé que les mélodies n'étaient pas aussi frappées d'évidence que sur le précédent. C'est exact mais ce n'était peut être pas (je dis bien peut être, possible aussi qu'il ne soit pas arrivé à réitérer son coup) le souci de Tim DeLaughter (quel nom !), le Noë de cette arche humaine qui mène ses ouailles vers je ne sais quel port mais qui paraît un navire de joie perdu sur l'océan de tristesse et d'apathie désabusée. De plus, après plusieurs écoutes, ces mélodies certes plus entortillées, finissent par vous vriller le système limbique aussi fortement que les précédentes.

Cet album n'est pas réellement une collection de chansons mais plutôt une succession de vignettes découpées en chansons pour les besoins de la promo. En fait, DeLaughter a un peu fait son Smile, son A Wizard A True Star, son Thick As A Brick ou son Entrance. Même s'il n'est encore ni Brian Wilson, ni Todd Rundgren ni Ian Anderson ni Edgar Winter, il est sur le chemin, et j'affirme, quoi qu'en disent certains, qu'il est bien seul aujourd'hui. Il vient finalement de faire le meilleur album de Jeff Lynne et Roy Wood réunis, et ce n'est quand même pas rien. Bien sûr certains sont un peu gênés par les quelques moments où Tears For Fears (les chœurs sur "A Long Day Continues") ou Supertramp (la voix nasillarde de DeLaughter qui a aussi quelque chose de J. Mascis) ne sont pas loin, mais c'est l'inspiration commune à ces 3 groupes qui veut ça. Dans cet album, une autre influence pointe son nez, celle des Kinks de Preservation Act I, notamment dans l'utilisation des cuivres (comme sur "Everything Starts At The Seams" et sa fragrance Small Faces). Parfois les Moody Blues (ceux de "Melancholy Man") pointent le leur.

polyphonicforetL'apparente naïveté un peu hippie laisse filtrer un filet de mélancolie (justement) et de résignation, cette quête d'amour universel et de monde meilleur semble consciente de sa propre impuissance mais choisit la beauté du geste à l'indigne inertie. Polyphonic Spree en kamikazes de l'amour universel qui sautera vraisemblablement un de ces jours quand Tim DeLaughter actionnera sa ceinture d'amour, voilà une image qu'il n'apprécierait sûrement pas. En tout cas, il y est question de départs, de quitter famille et maison pour ailleurs car "She knows it’s time to go cause time doesn’t go".

Parmi les splendeurs qui parsèment cette heure, on notera "Hold Me Now" et son refrain entêtant, le "holding on / holding on sunshine all day" qui vient bercer la seconde minute de "Diamonds", cet emballement de batterie, de cuivres et de piano à la 3ème minute de "One Man Show", tout le long final de "Suitcase Calling" aussi aérien et bourré de pathos que le Bowie de "Five Years" ou le Steve Harley de "Tumbling Down", auquel on pense aussi sur "When The Fool Becomes A King", près de 10 minutes splendides et sommet de l'album.

Voilà, ce disque est non seulement destiné à rester, mais aussi est un des rares que j'ai de ma vie entendu d'où je ressors en me sentant meilleur qu'avant. Un disque même sur lequel je polyphonic5quitterais bien cette vie tant il ressemble au souvenir de ma near death experience. Une expérience assez rare pour lui faire une place à part. Etes-vous du voyage ?

4 poin et demi / 5

J'aimerais ajouter que ce disque lui aussi grandit dans ma petit pyramide des valeurs et j'aimerais citer cette phrase issue d'un critique du webzine musical Designer Magazine "Together We're Heavy" is an album which pushes the boundaries and in hindsight will be looked upon as one of those classic albums that changed the face of music".

Texte du morceau en écoute ici http://the-polyphonic-spree.lyrics-songs.com/lyrics/125785/

 extrait : One Man Show

 

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 16:27 )  

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