poin-poin
Bannière

 
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Home

COCTEAU TWINS, 1979-2000

E-mail Imprimer PDF

"On dirait Abba". Voilà ce qu'on me dit quand je mets Heaven Or Las Vegas. Et en même temps je comprends. Moi-même je me dis "mais c'est le groupe Abba ou quoi ?" et en fait non.
Cocteau TwinsLes Cocteau Twins sont écossais, ils voient le jour (sous la pluie) en 1979, et ils sont trois : Elizabeth Fraser au chant, Robin Guthrie à la guitare et aux programmations, Will Heggie à la basse. Elisabeth et Robin forment alors un jeune couple plein de promesses mais ils se sépareront en 1985. Ca c'est pour le côté biographie. Car en réalité, je n'ai aucune preuve que ce couple était plein de promesses.
Mais on ne pourra pas appréhender (ou souhaiter faire appréhender) les Cocteau Twins sans signaler que bien qu'ayant mûri au sein des années 80 et n'ayant pas évité certains pièges de la production de l'époque, ils trouvèrent leur son (unique) dès le premier album. Son qui dans le fond, ne variera quasiment pas de disques en disques mais qui évoluera naturellement, vers une production plus chaude (ou moins froide, comme vous voulez), voire aseptisée, mais toujours en totale adéquation avec les chansons, qui sont à la base de tout.
A l'origine donc, ce son est composé d'une basse régulière et simple, d'une guitare gavée de chorus et de flanger, d'une boîte à rythmes farcie d'échos et d'une voix divine venant se poser là-dessus comme un papillon viendrait se poser sur une fleurette sauvage. Mais il faut bien dire qu'avec les Cocteau Twins c'est à prendre ou à laisser car si vous bloquez sur les voix (qui peuvent aller jusqu'à une forme de lyrisme assez radical) ou sur les caisses claires réverbées, c'est foutu. Et dans un élan destiné à ôter toute forme de préjugés, je préciserai que je n'ai aucun penchant pour le lyrisme, pas plus que je n'en ai pour la cold-wave, il faut donc tâcher d'écouter les Cocteau Twins avec le moins d'à-priori possibles.

pochette Garlands Cocteau TwinsDans le genre proche de la caricature gothique justement (ou plutôt cold-wave, voire dark-wave pour ceux qui chipotent), le premier album, Garlands (1982) se pose là quant aux ambiances corbeaux dans le cimetière, mais contient déjà en germes tout ce qui fera la grandeur des Cocteaux Twins, à savoir des mélodies de chant tourneboulantes sur une musique mélancolique mais incroyablement lumineuse. En attendant, Garlands est un album on ne peut plus froid. Ca caille mais avec une lumière intérieure assez chamboulante. Ce pourrait être un de ces désuets disques new-wave de plus, mais il se trouve que Robin écrit déjà des mélodies parfaites et que Liz Fraser a déjà trouvé comment en épouser les formes. L'influence de Siouxsie est palpable, ainsi que celle de quelques collègues de bureau du label 4AD, comme Dead Can Dance ou Bauhaus.
pochette Treasure, Cocteau Twinspochette Head Over Heels, Cocteau Twins
Puis Will Heggie quitte le groupe (on ne sait pas pourquoi), ce qui n'empêchera pas le jeune couple de sortir Head Over Heels, un album qui creuse exactement le même sillon que le précédent, avec toutefois une texture de son plus riche, plus ample, ainsi qu'une ambiance moins outrageusement corbac. Les mélodies de Liz s'affinent et sa voix se débarrasse des trémolos gothiques et Siouxsiesques de fins de phrases. Un album parfait mais en 1984, sort l'album Treasure qui est encore une autre paire de manches dans le genre formidable. Le chant de Liz se dédouble, l'apport de contre-chants plus complexes (car il ne s'agit pas de choeurs) rend la musique des Cocteau Twins un peu plus lyrique, plus légère mais aussi un peu plus insupportable pour celui qui n'accrochera pas à ce mélange d'Abba et de Joy Division. Quelques temps avant d'enregistrer ce disque (et après la sortie du maxi Sunburst & Snowblinds), un dénommé Simon Raymonde rejoint le groupe (on ne sait pas pourquoi non plus) et fait ses débuts en tant que bassiste lors de l'enregistrement du maxi The Spangle Maker. Il participera activement à faire de Treasure un album vaporeux et doux, baignant dans un climat romantique et irréel. Les guitares se font plus claires, le son devient à la fois plus spacieux et plus aéré (ce qui revient au même).
Le groupe publiera ensuite quelques remarquables maxis comme Aikea-Guinea, dont le morceau-titre est une merveille, ou Tiny Dinamine et Echoes In A Shallow Bay, très magnifiques également. 4AD réunira toutes ces chansons sur le faux album/compilation The Pink Opaque qui sortira en 1985.
pochette Victorialand, Cocteau Twins
pochette The Moon And The Melodies, Cocteau Twins, Harold BuddLa recherche de dépouillement dont fait alors preuve le groupe sera confirmée par la sortie en 1986 de l'album Victorialand, où toute percussion disparaît au profit d'une musique proche de l'ambient. Trève momentanée de boîtes à rythmes, le groupe prend des distances dans la forme et oriente sa musique vers une sorte de limpidité limpide. Un beau disque minimal et gracieux qui évoque aussi bien le cours d'une rivière que le vol d'un oiseau. Vous auriez pu le deviner tout seul grâce notamment à l'apport d'adjectifs ronflants comme "limpide" et "gracieux" mais je préfère entériner.
Vers cette période (et d'après les archéologues) le divin chauve Brian Eno s'intéresse de près à la musique des Cocteau Twins. C'est d'ailleurs sans doute par le truchement de celui-ci qu'ils collaboreront avec Harold Budd, maître es-ambient sur l'album The Moon And The Melodies, album partagé entre morceaux instrumentaux ambient et chansons plus purement Cocteautwinesques.
1988, le groupe publie Blue Bell Knoll, très bel album que j'ai jadis beaucoup ouï mais que je n'ai malheureusement pas sous le coude, si ce n'est la chanson Cico Buff qui est une autre merveille.
pochette Heaven Or Las Vegas, Cocteau Twins
1990, sort Heaven Or Las Vegas, disque qui amorce de faibles mais significatifs changements, le son devient plus homogène, plus nivelé, plus pop dans le sens commun du terme, sans pour autant que le groupe ne dévie de sa trajectoire romantique et éthérée. Tous les ingrédients sont là mais on a l'impression que les Cocteau Twins flirtent ici avec quelque chose de plus mainstream, et ce jusqu'à l'artwork, beaucoup plus conventionnel, voire banal, voire moche. Jusqu'ici, toutes leurs pochettes avaient été signées Vaughan Oliver (graphiste "officiel" du label ayant largement contribué à l'identification immédiate des productions 4AD), leurs univers respectifs se répondant à merveille. Aucun groupe ne collait aussi parfaitement aux visuels romantiques du graphiste mais les disques 4AD finirent aussi par pâtir de cette homogénéité graphique, aussi belles que puissent être les réalisations de Vaughan Oliver. De ce fait, le visuel de Heaven Or Las Vegas signifie-t-il sans doute le souhait de sortir de la sphère quelque peu réductrice de 4AD, et ainsi s'offrir au monde comme une machine à tube potentielle. Ce qu'ils sont puisque chaque morceau est un tube en puissance, mais comme souvent dans ce cas de figure, les groupes qui ne pondent que des tubes n'en obtiennent jamais vraiment un. Ici, les batteries ne sonnent plus comme des programmations rigido-cold-wave mais prennent des contours pop, voire variété, c'est-à-dire sans trop de personnalité, les guitares sont mixées un peu plus en retrait, mais dans le fond on s'en fout car ce qui nous occupe, ce sont les chansons, meilleures que jamais, chacune rivalisant avec la précédente. Encore un album où il n'y a rien à jeter, pour peu qu'on accroche aux ballades pop parfaites et anti-corrosives. De la ballade de fin de journée agréable, où regarder les nuages suffit. De la pop béate mais pas inconsistante pour autant. Je n'ai d'ailleurs aucune idée de ce que raconte Liz Fraser dans ses textes mais il semblerait que ceux-ci soient on ne peut plus abstraits, utilisant onomatopées, mots inventés et images surréalistes.
pochette Four-Calendar Cafe, Cocteau Twinspochette Milk And Kisses, Cocteau Twins1993, sort Four-Calendar Café (sur Capitol cette fois), disque qui appuie sur le champignon dans la même direction. Combien de bonnes chansons dans ce disque ? Toutes. Le visuel est-il moche ? Oui. Sans doute meilleur encore que Heaven Or Las Vegas, ce disque est une des incarnations possibles du disque pop idéal. Des chansons divines, relativement dépouillées, laissant l'air circuler comme une brise légère. Liz Fraser chante de plus en plus comme un oiseau, ses vocalises sentent le printemps et les blés fraîchement coupés (ceci dit, je ne suis pas certain que les blés soient coupés au printemps mais on s'en fout).
1996, Milk & Kisses sera le dernier album des Cocteau Twins. Une énigme pour moi puisque je ne l'ai jamais écouté. Une bonne nouvelle donc puisqu'il me reste un album à découvrir mais une mauvaise aussi car ce sera le dernier du groupe. On peut voir ici-bas (le lien ne fonctionne plus, tapez "Cocteau Twins Tishbite Live" sur Youtube et hop) à quoi ressemblaient les Cocteau Twins sur scène en fin de parcours, jouant devant un parterre bcbg dodelinant gentiment de la tête. Ce morceau (Tishbite) est extrait de Milk & Kisses. Avec un son dégueulasse évidemment, en ce qui concerne la vidéo.
Après la sortie d'un album live en 1999 sur le label Bella Union (les BBC Sessions), 4AD éditera en 2000 la compilation Stars & Topsoils, regroupant 18 perles de la période 4AD mais je ne suis jamais d'accord avec le tracklisting des compil, celle-ci n'échappant pas à la règle.
Robin, Liz et Simon ont également participé au projet This Mortal Coil en 1984, sorte de collectif regroupant Ivo (patron du label 4AD) et quelques membres d'autres formations, comme Steven et Martin Young de Colourbox, Lisa Gerrard et Brendan Perry de Dead Can Dance ou encore Mark Cox de The Wolfgang Press. Curieusement, c'est avec la reprise de Tim Buckley Song To The Sirens présente sur le disque It'll End In Tears que les Cocteau Twins obtiendront indirectement leur plus gros succès commercial. Ou comment finir en musique de pub pour un parfum quelconque.
Depuis, on a pu apercevoir Liz Fraser chez Massive Attack sur quelques titres, quant à Robin Guthrie, il sort régulièrement des albums solo et se produit seul sur scène accompagné d'un ordinateur et de projections vidéo. Je n'ai aucune idée de ce qu'est devenu Simon Raymonde.
5 poin / 5 pour l'ensemble.
Mis à jour ( Dimanche, 26 Avril 2009 22:26 )  

Poin Flash

LA ZICMUCHE, le "blog lamentable", les girafons... Rejoignez LE FORUM POIN-POIN.

 

MIXTAPES Nouveau !!! La Battle Mixtape JeanRhume vs Cidrolin - la Battle Mixtape Waka vs Rhume / Et toujours : la Mixtape Poin-Poin 1 - la Mixtape Poin-Poin 2 - la Battle Mixtape JeanRhume vs DJ Duclock

 

POLAR et POLITIQUE : c'est le thème du onzième numéro de L'Indic. L'excellent "noir magazine" perquisitionne aussi chez Rivages Noires pour leurs 25 ans et enquête du côté de trois autres éditeurs, Asphalte, La Tengo et Ecorce. Plus plein de rubriques et de chroniques débordant sur le cinéma et la musique. Sommaire ici.

 

VAPEUR MAUVE, le zine du site Rock60-70, consacre la couverture de son n°12 à Steve Hillage. 125 pages avec aussi Jeff Beer, Gordon Giltrap, Roger Hodgson, Denis Protat, Ganafoul, Locanda Delle Fate, Guy Segers, Voodoo, ainsi que  Bob Dylan, Mott The Hoople, le prog italien, Grateful Dead, Aerosmith, les Gypsys, Bert Jansch et des chros livres et DVD. A télécharger gratuitement ici