Les Cocteau Twins sont écossais, ils voient le jour (sous la pluie) en 1979, et ils sont trois : Elizabeth Fraser au chant, Robin Guthrie à la guitare et aux programmations, Will Heggie à la basse. Elisabeth et Robin forment alors un jeune couple plein de promesses mais ils se sépareront en 1985. Ca c'est pour le côté biographie. Car en réalité, je n'ai aucune preuve que ce couple était plein de promesses. Mais on ne pourra pas appréhender (ou souhaiter faire appréhender) les Cocteau Twins sans signaler que bien qu'ayant mûri au sein des années 80 et n'ayant pas évité certains pièges de la production de l'époque, ils trouvèrent leur son (unique) dès le premier album. Son qui dans le fond, ne variera quasiment pas de disques en disques mais qui évoluera naturellement, vers une production plus chaude (ou moins froide, comme vous voulez), voire aseptisée, mais toujours en totale adéquation avec les chansons, qui sont à la base de tout.
A l'origine donc, ce son est composé d'une basse régulière et simple, d'une guitare gavée de chorus et de flanger, d'une boîte à rythmes farcie d'échos et d'une voix divine venant se poser là-dessus comme un papillon viendrait se poser sur une fleurette sauvage. Mais il faut bien dire qu'avec les Cocteau Twins c'est à prendre ou à laisser car si vous bloquez sur les voix (qui peuvent aller jusqu'à une forme de lyrisme assez radical) ou sur les caisses claires réverbées, c'est foutu. Et dans un élan destiné à ôter toute forme de préjugés, je préciserai que je n'ai aucun penchant pour le lyrisme, pas plus que je n'en ai pour la cold-wave, il faut donc tâcher d'écouter les Cocteau Twins avec le moins d'à-priori possibles.
Dans le genre proche de la caricature gothique justement (ou plutôt cold-wave, voire dark-wave pour ceux qui chipotent), le premier album, Garlands (1982) se pose là quant aux ambiances corbeaux dans le cimetière, mais contient déjà en germes tout ce qui fera la grandeur des Cocteaux Twins, à savoir des mélodies de chant tourneboulantes sur une musique mélancolique mais incroyablement lumineuse. En attendant, Garlands est un album on ne peut plus froid. Ca caille mais avec une lumière intérieure assez chamboulante. Ce pourrait être un de ces désuets disques new-wave de plus, mais il se trouve que Robin écrit déjà des mélodies parfaites et que Liz Fraser a déjà trouvé comment en épouser les formes. L'influence de Siouxsie est palpable, ainsi que celle de quelques collègues de bureau du label 4AD, comme Dead Can Dance ou Bauhaus. 


La recherche de dépouillement dont fait alors preuve le groupe sera confirmée par la sortie en 1986 de l'album Victorialand, où toute percussion disparaît au profit d'une musique proche de l'ambient. Trève momentanée de boîtes à rythmes, le groupe prend des distances dans la forme et oriente sa musique vers une sorte de limpidité limpide. Un beau disque minimal et gracieux qui évoque aussi bien le cours d'une rivière que le vol d'un oiseau. Vous auriez pu le deviner tout seul grâce notamment à l'apport d'adjectifs ronflants comme "limpide" et "gracieux" mais je préfère entériner. Vers cette période (et d'après les archéologues) le divin chauve Brian Eno s'intéresse de près à la musique des Cocteau Twins. C'est d'ailleurs sans doute par le truchement de celui-ci qu'ils collaboreront avec Harold Budd, maître es-ambient sur l'album The Moon And The Melodies, album partagé entre morceaux instrumentaux ambient et chansons plus purement Cocteautwinesques.
1988, le groupe publie Blue Bell Knoll, très bel album que j'ai jadis beaucoup ouï mais que je n'ai malheureusement pas sous le coude, si ce n'est la chanson Cico Buff qui est une autre merveille.


1993, sort Four-Calendar Café (sur Capitol cette fois), disque qui appuie sur le champignon dans la même direction. Combien de bonnes chansons dans ce disque ? Toutes. Le visuel est-il moche ? Oui. Sans doute meilleur encore que Heaven Or Las Vegas, ce disque est une des incarnations possibles du disque pop idéal. Des chansons divines, relativement dépouillées, laissant l'air circuler comme une brise légère. Liz Fraser chante de plus en plus comme un oiseau, ses vocalises sentent le printemps et les blés fraîchement coupés (ceci dit, je ne suis pas certain que les blés soient coupés au printemps mais on s'en fout). 1996, Milk & Kisses sera le dernier album des Cocteau Twins. Une énigme pour moi puisque je ne l'ai jamais écouté. Une bonne nouvelle donc puisqu'il me reste un album à découvrir mais une mauvaise aussi car ce sera le dernier du groupe. On peut voir ici-bas (le lien ne fonctionne plus, tapez "Cocteau Twins Tishbite Live" sur Youtube et hop) à quoi ressemblaient les Cocteau Twins sur scène en fin de parcours, jouant devant un parterre bcbg dodelinant gentiment de la tête. Ce morceau (Tishbite) est extrait de Milk & Kisses. Avec un son dégueulasse évidemment, en ce qui concerne la vidéo.
Robin, Liz et Simon ont également participé au projet This Mortal Coil en 1984, sorte de collectif regroupant Ivo (patron du label 4AD) et quelques membres d'autres formations, comme Steven et Martin Young de Colourbox, Lisa Gerrard et Brendan Perry de Dead Can Dance ou encore Mark Cox de The Wolfgang Press. Curieusement, c'est avec la reprise de Tim Buckley Song To The Sirens présente sur le disque It'll End In Tears que les Cocteau Twins obtiendront indirectement leur plus gros succès commercial. Ou comment finir en musique de pub pour un parfum quelconque.
Depuis, on a pu apercevoir Liz Fraser chez Massive Attack sur quelques titres, quant à Robin Guthrie, il sort régulièrement des albums solo et se produit seul sur scène accompagné d'un ordinateur et de projections vidéo. Je n'ai aucune idée de ce qu'est devenu Simon Raymonde.
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