
Ces dix dernières années, le Syd Barrett, le Douanier Rousseau, le Satie, l'Oscar Wilde du punk avait sombré dans la déréliction agrémentée du sempiternel destin qui va du héros à l'héroïne. Dan Treacy, c'est son nom, âme protée et damnée du groupe, est un de ces êtres rares qui peut se mettre en musique en réconciliant des qualités apparemment aussi oxymoresques que légèreté (parfois presque enfantine) et profondeur (introspection cruelle et sans aucun apparat, regard sans complaisance sur la vie en général). D'où les comparaisons possibles avec Robert Wyatt ou Brian Wilson. Sauf que la culture de Dan Treacy est celle des Kinks (pour les mélodies), des Small Faces (pour la fragrance très légèrement sixties), de Beefheart (pour le bordel sans nom avec lequel il produit son accompagnement sonore) et de la musique contemporaine (pour l'aspect déconstruit de tout ça). Bref, on aura compris que je le place du côté des génies (John Peel ne s'y était pas trompé, un des rares à soutenir ce groupe dès son apparition en 1980).
Comment allait-il ressortir de ce long tunnel ? Ce charme fragile allait-il résister à cette confrontation brutale avec la trivialité du monde ? Et bien oui. Plus même, tout y a gagné. A la fois la profondeur ("Sick Again" est, je pèse mes mots, peut être la plus belle chanson que j'ai entendu depuis "Alifib" sur Rock Bottom il y a 31 ans) et la légèreté (Treacy se permet des beat Motown, des incursions savoureuses dans des sous-genres inattendus). Cet album n'a rien à voir avec une pitance quotidienne. C'est un disque table de nuit, un disque confessionnal, à placer entre son livre de chevet et ses photos les plus lacrymogènes (le terme est à la mode, rendant lui son sens originel, débarrassé de son parasitisme policier). Bref, un grand disque. 2006 était décidément l'année idéale pour commencer poin-poin.
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5 poin / 5
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