Comment faire pour que 99% des lecteurs potentiels d’une chronique se barrent illico ? C’est très simple, dites : "doom-death métal gothique-atmosphérique". Et hop ! nous voici bien peinards.
Clouds, quatrième disque du groupe suédois Tiamat, formé en 1988 et mené par le guitariste chanteur Johan Englund, a pourtant encore des airs de premier album, le cul entre la chaise doom-death à la lippe révulsée, et le fauteuil de vieux cuir craquelé de superbes mélodies mélancoliques. Entre l’inconfort des riffs pesants et lancinants, et le doucereux abandon autolytique des claviers oniriques. Entre la douleur de la réalité, et le réconfort illusoire du rêve. En somme. Bien qu'on soit loin de roupiller.
Mais nous sommes en 1992 et, heureusement, le son reste brut. Bien que signé sur Century Media et produit par Waldemar Sorychta (gratteux de Grip Inc., notamment, et qui a bossé ensuite, comme producteur, avec Moonspell, Therion, Samel ou Lacuna Coil), Tiamat ne s’est pas encore poli pour accoucher des deux magnifiques albums qui suivront : Wildhoney et A Deeper Kind of Slumber. Ces derniers vont bien au-delà du métal gothique et atmosphérique car comme illuminés, telles des versions en couleurs et progressives, et Clouds le pendant noir et blanc, encore principalement baigné de métal.
Solitude, onirisme, écrasement sont les sentiments qui prédominent. Tout le charme de Clouds est de l’exprimer en mêlant à la lourdeur doom des parties mélodiques irrésistibles et tout simplement superbes, voire quasiment entraînantes (The Scapegoat).
Les accélérations de batterie sont rares mais prennent alors un poids monstrueux, comme si l’esprit de la cave (j’imagine) des débuts revenait hanter le studio, ou comme ce solo heavy déboulant à la quatrième minute du premier titre, l’excellent In a Dream. De même, la voix alterne entre grognements, chant clair et narration crépusculaire.
Ce Clouds porte un ciel bas de baromètre en chute, aux figures mouvantes et menaçantes. Ni bavard, ni démonstratif, avec petit côté film d’angoisse, il en ressort une étrange beauté, un peu difforme, inquiétante, et en cela d’autant plus attirante. Sans doute un peu laissé à l’écart, car écrasé par l’ombre de ses successeurs, cet album est une petite perle noire… dont les gotho-ploufs trendy ne soupçonneront jamais l’existence et auraient sans doute du mal, de toute façon, à supporter l’écoute.
4 poin/5
Extraits mp3 de Clouds : In a Dream – The Scapegoat
D'autres chroniques de Clouds sont à lire, en français, sur Hardrock80, Nightfall in metal earth et Cryptic madness, en anglais sur The Metal Observer (8,5/10), Metal storm (9/10) et Tartarean Desire (8,5/10).
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