"S’il fallait une BO pour un documentaire sur une course de Formule 1 dans un cimetière au clair de lune, où Alonso finirait enterré vif et le cul dévoré par des zombies romantiques, ce serait ce disque…" Ainsi décrivais-je (permettez que je fasse de l'auto-citation, parce que si j'attends que vous me couronniez de laurier, on n'est pas près de bouffer du pot-au-feu) le sublimissimo (au singulier : "ma ! quel bella madonna mia") Athenian Echoes, disque d'un groupe peut-être moins célèbre que Ayrton Senna mais tout aussi rapide en courbe et, surtout, beaucoup plus vivant. Nightfall est aussi l'une des formations qui, avec Septic Flesh et Rotting Christ, fit exploser le tonnerre métallique de Zeus hors de Grèce dans les années 1990.
Mais quel rapport entre la F1 et cette musique extrême qui prend la tangente grindo-folklo-symphonique sans effectuer de tour de chauffe ni s'arrêter au stand pour changer les pneus du batteur ? C'est très simple, il n'y a pas de batteur (ni d'oeuf, c'est peut-être pour cela, à quoi sert un batteur s'il n'y a pas d'oeuf ? Bref, il s'agit d'une boîte à rythmes programmée pour tuer), alors que dans la F1 non plus.
Enregistré à Athènes à l'été 1995, donc un peu plus d'un an après la mort d'Ayrton Senna, et sorti la même année sur Holy Records, Athenian Echoes, dont la pochette introduit à merveille la sombre grandiloquence, l'inquiétante beauté, les ténèbres saisissantes, sans parler de la diffamation implicite envers la maison Bouygues qu'est ce tas de pierre encore debout après deux millénaires de tremblements de terre et d'Ouzo (mais pas de Vincennes), Athenian Echoes, disais-je, c'est une tranche de rigolade dans l'enfer, car l'enfer a ri.
Par moments, la violence rythmique est telle qu'on pense à un serial-killer qui, ayant poignardé de soixante-treize coups d'Opinel sa victime, revient le lendemain matin sur les lieux du crime pour l'eviscérer, afin d'avoir la conscience satisfaite du travail accompli (cette phrase est sans doute une résurgence détournée du Tango interminable des perceurs de coffres-forts, de Boris Vian, mais allez donc le prouver). Quand on pense le paroxysme atteint, le chauffeur (c'est-à-dire Efthimis Karadimas, la tête chercheuse-pensante de Nightfall), qui est un champion appuie encore plus sur le champignon.
Athenian Echoes est largement instrumental quand il ne laisse pas la place à un chant évoquant Florent Pagny plongé dans un bain d'acide sulfurique jusqu'à l'agonie. Les guitares délivrent quelques riffs mémorables et mêlent un heavy traditionnel directement inspiré du début des années 1980, notamment la mélodicité d'Iron Maiden, à l'emplâtrement méthodique tel que pratiqué dans le death bas du front. Oh ! oui, Johnny, fais-moi mal, envoie moi au ciel. Et Nightfall va nous faire mal et nous expédier ad-cumulo-nimbes (je vous rappelle qu'il s'agit d'un groupe grec, aussi vous pardonnerez leur latin peu orthodoxe, encore qu'en matière de jeux de mots vaseux, Le Pirée à venir) en parsemant cet album trucidant de claviers d'une religiosité décadante, contrepoinpointant la violence, de percussions tribalistiques (et dans tribalistique, il y a balistique) qui vous ramènent lors des interludes vers les influences méditerranéennes avant de vous asséner qu'il y a du danger pour les tranchées.
Ici, nulle trace d'électro comme dans Diva Futura. Si certaines transitions semblent brutales et que le disque joue à plein les oppositions, son caractère incandescent le distingue aussi du plus réfléchi – et accessible – Lesbian Show et de I am Jesus. Déroutant et unique, sans doute, mais au moteur assez atmosphérique pour que cette hystérie prenne un sens.
Cet album s'entreprend parfaitement bien au casque, et sur chaîne uniquement à très fort volume, pour que l'altimètre de la déraison s'affole et que les sensations d'oppression et de frénésie grind s'encastrent dans le mur tordu de ce métal symphonique, psyché-folk, gothic, doom et indus. Je le reécoute souvent depuis dix ans sans me lasser, et il demeure un summum du mariage pervers entre beauté et horreur, entre grâce et (celui qui dit "Grèce" n'est qu'un tas de tziki) et effroi. Bref, Athenian Echoes est le coeur saignant et palpitant de Frankenstein en Acropole position.
5 poin/5
Extrait : Ishtar (Celebrate your beauty) - MySpace Nightfall
D'autres chroniques de Athenian Echoes (entre parenthèses, les notes attribuées par les chroniqueurs): en anglais Metal zone (100%, lecteurs 98%), en anglais sur Metal archives (87%), en français sur Guts of darkness (5/6), en français sur Eklektik rock.
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