Le M.I.A nouveau est arrivé ! Il s’appelle Kala. Je l’ai attendu avec impatience ; écouté, réécouté avec obstination. Ma conclusion est la suivante : ruez-vous plutôt sur son précédent album, Arular !
Maya Arulpragasam, alias M.I.A, est un pur produit de ces chocs de cultures spécifiques à la Grande-Bretagne. D’origine Sri-Lankaise, elle doit rapidement quitter l’île pour l’Inde dans un premier temps, puis pour l’Angleterre. Le père de Maya s’est engagé très vite chez les séparatistes Tamouls et se fait appeler… Arular. Sa famille prise dans les feux d’une guerre civile toujours plus dure, est en partie décimée ; les survivants choisissent de quitter la région. 
Lors de son retour à Londres, sa ville natale, ce n’est pas vers la musique que se tourne la jeune Maya mais vers les Arts Plastiques. Tigres, scènes de guerres stylisées, colorisées, dupliquées, façon collages et graph’ évoquent le conflit qui a marqué ses jeunes années. Sous le pseudonyme de M.I.A (Missing In Action), elle expose pour la première fois en 2001.
…C’est alors qu'on eut la bonne idée de lui prêter un petit set d’enregistrement et de création sonore totalement obsolète.

Enthousiaste mais sans ambition particulière, elle crée ses premiers morceaux sans aucun bagage musical théorique ni pratique. Encouragée par des proches, elle finit par sortir un titre en 500 exemplaires, Galang, en 2003. Le morceau, remarqué dans l'underground londonien, fait sa petite sensation dans ce petit milieu. M.I.A entre alors en collaboration avec Diplo; ils prépareront ensemble une mix-tape furieuse, Piracy Funds Terrorism. L’album Arular, son premier tir enthousiaste, sort en 2005. Voici les mots spécialisés fournis en kit pour décrire les sons de M.I.A : Grime, Hip-Hop, Ragga, Dancehall, Electro, Baile Funk, Bollywood Funk, Crunk, Garage (vous pouvez sans crainte les assembler entre eux à votre guise sans passer pour un blaireau). Les rafales de RATATATAAAAAAA des Asian Dub Foundation ne sont pas très loin non plus. Mais cette débauche de termes électro-pointus n’évoque pas selon moi l’essentiel.
M.I.A utilise sur Arular des sons complètement ringards, ce qui est malin car cela évitera à son disque de le devenir trop vite. Leur assemblage fleurerait par ailleurs bon l’amateurisme si l’artiste n’avait réussi à transformer le tout en un manifeste révolté et brûlant. Des genres dansants sont évoqués à propos d’Arular : on en emprunte en vérité qu’une pulsation minimale. Ne pas arrondir les angles ; faire brut. Les petites architectures sont sèches et agressives. Les chansons d’Arular ont des dents. A mort la World Music molle ! Le poing est levé très haut, fièrement. Groove il y a, mais il est claquant, certainement pas suave. On secoue son popotin en sortant les mitraillettes (trouvez-vous une cause, faites un effort) ! Le chant est lui aussi proposé très brut, on navigue entre scansion dure et ébauches de mélodies porteuses.
………
Deux ans ont passés depuis la sortie d’Arular. M.I.A s’est faite un nom depuis. Toujours en pointe des combats alters. Mais courtisée par les plus grands producteurs en vogue.
N’y allons pas par quatre chemins, le son M.I.A a limé ses crocs, c’est la désagréable surprise que nous réserve Kala. J’ai pourtant cru à l’acuité de vision de la demoiselle lorsque j’ai appris que toute la production de l’album dans un premier temps confiée à Timbaland, lui avait été retirée (Il est présent tout de même sur un ou deux titre). Timbaland le mégalomane, à l’origine de la moitié des tubes hip-hop/R’n’B/ électro de ces dix dernières années. Certes, le gusse ne manque pas de talents, et possède le pouvoir magique de transformer plein de daubes annoncées en musique acceptable, voire très bien foutue pour des singles promis à un avenir ultra-commercial. Problème : Timbaland est partout, se mêle de tout, et tout le monde le demande. Résultat logique : les ficelles du bonhomme commencent à lasser, et son omniprésence à uniformiser tout une scène. Dernier méfait du personnage : ses interventions sur le dernier Björk. L’Islandaise, globalement en gros manque d’inspiration sur Volta (2007), laisse en outre le lourdaud dépersonnaliser son travail et devient le temps de quelques titres la pathétiques marionnette de Timbaland. Car si on peut éventuellement savoir gré au monsieur de composer des grooves efficaces et plutôt bien conçus à quelques greluches RnB, ou encore à la beaucoup plus talentueuse Missy Elliott, que de forts caractères artistiques se sentent obligés de faire appel à lui est simplement rageant.
Donc, voilà : M.I.A a éjecté Timbaland et c’etait pour moi une bonne nouvelle. Hélas ! A l’écoute de Kala, il est évident que Timbaland aurait pu faire en effet le boulot. Out la rage ! Out tout inconfort vivifiant d’écoute ! Pendant les premiers titres, l’illusion demeure. Oui, M.I.A a peaufiné ses sons, mais bon, après tout, c’est sans doute normal ; elle ne pouvait sans doute pas aligner les même partis pris radicaux (quoi qu’efficaces !) sans commencer à tourner en rond. Mais la mitraillette rythmique ne lance plus que des Marshmallows ; c’est sucré et ça fond vite. Out la colère ! Bonjours les sons "politiquement corrects"! On pourra se régaler ponctuellement de titres kitsch (la reprise d’un titre Bollywood, Jimmy). En toute honnêteté, certains titres me semblent même bons (Bird Flu, Boyz, Bamboo Banga). D’autres sombrent dans une terrible banalité (Paper Planes, Mango Pickle Down). Voir transformer l’altière M.I.A de Arular, en vague équivalent world de Missy Elliott me fait de la peine. Ce n’est pas en tout cas la M.I.A que j’aime.
Sur le Site Officiel de M.I.A, vous trouverez tous les liens pour écouter des titres, ainsi que des clips, son blog artistique, et plein d'autres choses! (veuillez noter que la demoiselle est experte en danses chelous) Des titres et vidéos des deux albums sont en ligne.
ICI, vous trouverez Galang, le premier titre publié par M.I.A (encore avec une chorégraphie mémorable)
Extraits de Kala: Bird Flu et BOYZ (deux bons titres de l'album)
Extraits de Arular: Bucky Done Gun et Sunshowers
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