Halte-là ! Oui, toi, je t’ai vu ! Tu as aperçu la petite écolière japonaise sur la pochette du disque, et ton esprit libidineux s’est enflammé ; tu t’imagines peut-être avoir trouvé un disque de J-Pop qui t’était encore inconnu ; La bande son des Manga de Katsura que tu collectionnes avec avidité, ceux avec les gros plans sur les petites culottes des fifilles aux grands yeux. Mais tu te trompes. D’abord lorsque tu verras la pochette de près, tu t’apercevras que la jeunette a un regard bien étrange et désincarné. Et puis ce rose, il est bizarre, il n’est pas celui qui baigne tes fantasmes d’adulescent gâteux diplômé d’une école de commerce provinciale. Si tu veux quand même vérifier et écouter le disque, tu risques d’être quelque peu désarçonné. Ah bien sûr, Tujiko a une voix bien mignonne ! Elle en fait de jolies circonvolutions vocales ! Mais justement, c’est un peu trop pour toi, tu vas vite laisser tomber, cette musique est tout sauf naïve ; retourne donc fissa en quête de tes niaiseries érotico-pipo-nippones et ne pointe plus ton nez par ici, je te prie.
Solo, c’est la musique électro-pop mature d’un femme aux objectifs artistiques ambitieux. Bien sûr, tout ça n’est pas dénué d’une certaine "fraîcheur", mais autant dissiper tout malentendu : cela est charmant mais pas facile. L’électro de Tujiko Noriko, on la laisse infuser, elle se révèle, d’écoute en écoute ; il faut être patient. Solo, comme From Tokyo To Naiagara (2003), est un album en trompe-l’œil : sa simplicité est exigeante. On pense à Stereolab : des textures fort colorées pour des morceaux plutôt retors au final. Des ritournelles soutenues de blocs de sons souriants mais épais ( comme un brouillard scintillant à couper au couteau ). D’ailleurs Tujiko elle-même fut plus légère, il est vrai : le récemment réédité Shojo Toshi (2006) ou encore 28 (2005), sa collaboration avec l’artiste électro Aoki Takamasa prévilégiaient des rythmes plus sautillants et d’une fluidité idéale pour vous accrocher gentiment l’oreille. Une constante cependant, et ce depuis toujours : le soin apporté à chaque composition. Tujiko développe une discographie toute personnelle, ne cédant jamais aux facilités du genre. Sophistiquées, pointues, travaillées, ses jolies chansons ne sont pas prêtes d’entrer dans les charts électro-lounge parisiens ou de trouver leur place sur Buddha-Bar volume 282. C’eût été le cas, je l’aurais d’ailleurs congédiée sèchement depuis un bon bout de temps de ma discothèque...
Quelques extraits ICI
Et plein de petites choses sur son site officiel: www.tujikonoriko.com
Autre chronique| Tujiko Noriko - Shojo Toshi (2001; rééd. 2006)
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