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SWANS - The Great Annihilator - 1995

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 Ce texte fait partie de ceux qui ne voulaient pas sortir. Voilà plus d’un an que je désire l’écrire, et il restait coincé là, au creux de mon ventre, près des tripes et du cœur, si proche et pourtant si dur à extirper. Quand une œuvre vous tient trop à cœur, la peur de ne pas trouver les mots justes peut devenir paralysante. Mais il arrive un moment où l’envie de faire partager sa passion prend le dessus sur l’orgueil de vouloir trop bien faire. Sachez juste que je ne suis pas certain de pouvoir retranscrire à l’écrit la puissance du choc musical ressenti et de ses répliques qui continuent à me secouer nerfs et imaginaire.


Ceci étant dit, revenons dans un premier temps, à la présentation des Swans et de The Great Annihilator.

 L’essence des premières oeuvres des Swans est issue de l’imagination noire d’une seul homme : Michael Gira. Le groupe accouche alors d’une musique, déjà absolument insensée mais avouons-le, difficilement supportable. A tel point qu’il est parfois difficile d’imaginer qu’elle ait été composée pour un public. Mais les cicatrices douloureuses que peuvent laisser l’écoute des albums Cop (1984), Greed (1986)ou Filth (1983) réduisent à néant l’idée que l’homme et ses mercenaires soient de  simples poseurs. Swans pose tout simplement les jalons d’une œuvre dure, comme il en existe dans tous les domaines. Sur ces bases effrayantes, la musique des Swans évoluera cependant dés la fin des années 80 lorsque la chanteuse et multi-instrumentiste Jarboe rejoindra le projet. Heureuse fut la rencontre entre Gira et Jarboe : désormais le  groupe allait porter sa flamme sombre de plus en plus haut, jusqu’à des altitudes peu fréquentées en territoire rock. Sans perdre de vue la ligne d’horizon inchangée, on allait quelque peu varier les formes, mêler les voix, introduire la mélodie. Le bourgeon noir prend de nouvelles teintes ; ce qui ne signifie pas qu’elles soient plus gaies! S’épanouissent ainsi les couleurs d’un spleen post-industriel, parant les albums de Swans d’atours plus accessibles.
L’œuvre des Swans est à considérer dans son ensemble, comme une grande fresque. Une année brille cependant plus que les autres, celle de la sortie de The Great Annihilator. Tout simplement parce que cet opus est parfait. Avant-dernier album du groupe, il est à la fois synthèse et conclusion phénoménale (nous reviendrons sur Soundtrack For The Blind, leur réel dernier mot, lors d’une prochaine chronique). Il est aussi celui qui me procurera un des rares orgasmes lacrymal (non simulé) de ma vie d’auditeur rock.


 The Great Annihilator est lui-même une larme géante ; y plonger et s’y noyer est une expérience inoubliable. Les tourments du corps se mêlent aux souffrances de notre Terre. La folie et encore la folie. L’intime est l’univers et la guerre une tumeur cérébrale. Se dessine alors comme une Uchronie délirante entre cauchemar futuriste et gravités antiques. Un mirage massif. Mon imagerie mentale dit: L’apocalypse Biblique fornique avec l’horreur industrielle ; se succèdent anges de boue, crucifixions, démence et monstres métalliques. La musique et les textes de Swans réveillent à coup sûr un inconscient Occidental, ses guerres, ses peurs, ses beautés chrétiennes glacées, ses cultes païens. On touche d’ailleurs au sacré, et cela est stupéfiant car on vit ce sacré (énigmatique mais assez fort pour vous taillader l’âme).

Voilà ce qui frappe: cette musique EST. Elle se pose là, devant vous, bloc palpable. Présente comme de la pierre, comme une cathédrale… …puissamment présentes sont aussi ces voix glaciales et magnifiques qui voguent avec gravité sur les rythmiques répétitives et lourdes qui scandent chaque morceau. Percussions disciplinées, claviers, et guitares au lyrisme de plomb viennent compléter ce tableau épique. Cet incroyable enregistrement est long (plus d'un heure) ; pourtant il constitue certainement une des oeuvres les plus abordables du groupe grâce à l'attention portée aux mélodies et une production plus légère (c'est un euphémisme) que celle, sans concessions, adoptée pour la plupart des expériences antérieures. L'arrivée en cours d'aventure de la chanteuse Jarboe avait déjà permis aux Swans d'adoucir quelque peu les intentions initiales de Michael Gira. The Great Annihilator ne renie en rien le projet radical et d'envergure du groupe tout en infléchissant subtilement l'extrémisme noisy-indus épuisant des premiers opus.
Finalement, Swans a peut-être réussi ce que tant de groupes ont tenté sans succès : créer un équivalent rock aux grandes symphonies classiques. Mais sans en emprunter le langage (Fi des armées de cordes plagiant lamentablement quelque épique mouvement de tel ou tel compositeur !)- certainement une des clés de cette réussite hors du commun.





"I am the sun. Yeah I am the light. I love everyone. And I am the sun. I rise above the world. And when the light goes out, I kill another child. And I am insane. I crawl into your mouth. I grow like a flower. I grow a suicide. And I am the sun. Yeah I am the sun. Yeah I am the light. And I am the dog. I cut out my eyes. Yeah I will nullify, my true love creation. And I am the sun. And I am the light..." Ce sont les premières paroles que proférera Michael Gira. Avant de vous emmener très loin, contempler les beautés arides mais lumineuses créées par les Swans.




N’oubliez pas : Le disque dans le lecteur, appuyer sur Play ne sera pas un geste anodin. Préparez-vous pour un ailleurs majestueux et tétanisant – terriblement humain.




EXTRAIT| SHE LIVES


Vous trouverez des extraits de différents albums de Swans ICI


Et puis comme nous sommes sur poin-poin, je vous ajoute un petit documentaire en Anglais sous-titré en tchèque.

















P.S: J'ai publié un très court passage ( que j'ai donc réutilisé pour ce texte) de cette chronique il y a dèjà plus d'un an sur le site Xsilence.net, sous le pseudo de Thelonius.

Mis à jour ( Samedi, 27 Février 2010 04:03 )  

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