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THE FALL - The Real New Fall LP Formerly Country On The Click - 2003

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FallLPRNFLPCe soir m'apparaît aussi absurde qu'inconcevable, étant donné la passion que j'ai développée pour ce groupe depuis 20 ans, qu'aucune chronique consacrée à The Fall ne soit trouvable dans poin-poin. Vingt ans oui car il m'en a fallu 10 (le groupe a débuté en 1977, en pleine mouvance punk, mais il n'a jamais vraiment fait parti de ce mouvement) pour être définitivement convaincu de la grandeur (et des petites décadences sans lendemain) de ce patronyme qui dissimule en fait un seul et même homme Protée dont les colères ont plus à voir avec Neptune qu'avec Dyonisos : Mark E. Smith. Je remets donc celle publiée dans Crossroads en 2004 et consacrée à leur album The Real New Fall LP formerly Country On The Click (brève explication du titre dans la dite chronique). Je lui adjoins simplement un commentaire faisant le point sur cet album (et accessoirement sur cette pitoyable chronique), après 3 ans de régulière écoute. Ce fut le dernier album de the Fall qu'aura entendu John Peel de son groupe fétiche ("le groupe à l'aune duquel pour moi tous les autres sont jugés" disait-il), fauché par la mort un an plus tard, à 65 ans tout juste... crève la mort. Salope.

Falllive1Mark E. Smith (on dira MES) est un peu à la musique ce que Thomas Bernhard est à la littérature. Même si son écriture se rapproche de celle de l’Artaud du pavillon d’Ivry, le ricanement dégoûté que lui inspire l’autochtone (ici l’Anglais, là l’Autrichien) le conduit à entretenir plus d’un trait familier avec l’auteur du « Souffle ». Difficile toutefois d’intéresser le néophyte à The Fall si l’on précise que c’est leur 26 ème album (vous imaginez le budget pour celui qui ne craque qu’aujourd’hui). Pour être franc, c’est surtout le 26 ème album de MES, les Fall étant depuis belle lurette un patronyme à géométrie humaine fort variable, le turn over étant absolument incessant (et selon un rite immuable : congé signifié par le maître, avec pour cadeau d’adieu, de copieuses insultes). Pour preuve, l’un des principaux artisans de cette excellente cuvée, Jim Watts, fut congédié peu après la fin de l’enregistrement, ce qui retarda de 7 mois la sortie du disque, MES ayant décidé de le re-produire entièrement. Une copie pirate de la première version circulant sur le web (d’où le titre), des addicts ont écrit que la nouvelle serait juste un peu meilleure.

Que dire d’un tel album ? Si vous avez aimé The Fall, mais que vous les avez un peu laissé tombé ces dernières décennies, disons que cet album est un de leurs plus abordables, et aussi de leurs meilleurs, bourré de hits alternatifs (les splendides "Green Eyed Loco-Man" et "Theme From SFall19juin03parta F. C. " sont d’ailleurs respectivement 2 ème et 26 ème dans les charts 2003 des auditeurs de l’émission de John Peel), assez proche d’Infotainment Scan, mais en toutefois moins pop (enfin "pop", c’est une façon de parler). Pour les autres, sûrement les plus nombreux, ceux qui n’ont pas la moindre idée de ce à quoi peut bien ressembler ce groupe (The Fall a une position proche de celle d’un Noir Désir, célèbrissimes dans leur contrée, absolument inconnus outre-manche, sauf qu’on me permettra de me sentir plus Anglais que Français sur ce coup-là), rappelons que MES est une sorte de descendant de Can, des Groundhogs, de Captain Beefheart, de T. Rex aussi, quand ce n’est pas de Gary Glitter, mais qu’il a développé une telle singularité dans son approche de la musique (à la fois simpliste et abstraite, ce qui lui donne des qualités à la fois tribales et intellectuelles) que les traces des sus-nommés sont depuis longtemps digérées (et déféquées). Etant donné que certains titres ici présents sont parmi les plus faramineusement bons enregistrés par MES & Co (notamment l’insensé "Contraflow"), que les guitares sont de retour (plus proches de Jesus & Mary Chain que des Go-Betweens), que l’album a une cohérence oubliée depuis le superbe Light User Syndrome et qu’enfin MES semble plus en morgue que jamais, on conseillera au plus haut point de réintégrer, à l’occasion de ce Real New Fall LP, The Fall dans votre précieuse discothèque.

Fall3juil01

Commentaire (décembre 2006). Ce texte montre les limites de la "critique de nouveauté", quand ce n'est sa parfaite insignifiance. En effet, 2 ans plus tard, je la trouve misérable et ô combien en deçà de la qualité réelle de cet album magnifique. Déjà, je ne sais pas trop où j'ai vu une réminiscence d'Infotainment Scan (que je n'aime guère) dans ce disque, qui finalement ne ressemble qu'à lui. Et puis, j'omets de dire combien les 7 premiers morceaux constituent un des enchaînements les plus jubilatoires de toute la carrière de the Fall et bien au delà.

Je fais aussi l'impasse sur les textes, Falllive2excitants comme tout à décrypter, et ce n'est pas d'hier. Comme cette description ô combien actuelle des supporters de foot (ici le Sparta F.C. qui menace les supporters de Chelsea) "Come on have a bet / We live on blood / We are Sparta F.C.", ou cet aveu "I hate the countryside so much / I hate the countraflow so much", qu'il chante non pas "countraflow", mais "country folk". Il y a aussi cette chanson sur Mike Love, persécuteur de Brian Wilson au sein des Beach Boys ("Listen while I tell this tale of woe / The worm in the bacon of BB / His name was Love / But how were they to know / Mike's gift was only poison") et qu'il transforme, au décours d'une amphibologie géniale, en une sorte d'Abel inversé ("When I died - love was all around When I died - love was in the air/ When I died - love was everywhere"). Et puis il y a ces petits moments, rares et précieux, où MES fait partager son intérieur ("I haven't eaten in about a week / I'm so hungry I cannot speak / Nobody calls me friend / It's bad the shape I'm in"). Il ne parle en revanche jamais d'alcool et pourtant il se ruine tranquillement la bidoche à grandes rasades d'éthanol, et ce qui se produit à l'intérieur, se voit de plus en plus à l'extérieur.  

Et puis musicalement, j'omets de dire comme ce disque arrache sa race, ses racines, son ethnie, son genotype enfin ce que vous voulez mais arrache ça ô combien. Et puis ce mélange de tribalisme et de pincée de sophistication (non mais alors vraiment une pincée seulement) agrémentée du marmonnement idiosyncrasiqFall3juin03aue de MES, fait la musique qui me convient le mieux sur cette planète, laissant sur place (à mon modeste avis de sempiternel incapable de trouver dans les grandes figures tutélaires du génie ce qu'elles peuvent avoir de si géniales si ce n'est leur capacité à faire accroire à leur génie) les grands monstres totemiques habituellement adulés.

Oui tout ça manque cruellement seigneur dans cette chronique aphone, exsangue. Et pourtant, on me demandait de faire encore plus court, toujours plus court. En effet, "pourquoi s'étendre ?" entendais-je. "Le lecteur veut simplement savoir s'il faut ou non l'acheter". C'est vrai, comme une pute, qu'importe ce qu'elle ressent, le client veux juste savoir si c'est une bonne affaire, s'il en aura pour son argent. Il faudrait un chroniqueur de putes sur internet, des revues spécialisées. "Lucy, vous pouvez y aller, elle les vaut ses 20 € la pipe". En attendant, d'avoir accepté, et même réclamer de me plier à cet exercice indigne n'est pas à mettre à mon crédit, et restera probablement une des rares activités d'écriture que je regretterai dans ma vie (pour les autres activités, sentimentales ou péri-professionnelles, les regrets sont aussi abondants qu'éternels). Passons.

Ceci pour nous faire patienter en attendant la parution au début de l'année prochaine du nouvel album de The Fall intitulté Reformation post TLC, avec personnel entièrement changé, à l'exception de la plus belle que belle et intrigante Elini Poulou, Mme Smith en chair et en robe sexy, aux claviers, comme une Linda McCartney qui se respecte (mais la respecte-t-on dans le petit monde des fans de the Fall, c'est une autre histoire), le groupe jouant sur l'album ici chroniqué ayant tiré sa révérence devant le comportement despotique et colérique, alcool aidant, de leur leader maximilio, une fois de plus à l'occasion d'une tournée américaine (début 2006), déjà fatale au groupe il y a une dizaine d'années. Mais le Fall 2006 est tout ce qu'il y a de gouleyant si l'on en juge aux extraits de concerts glanés ici et là (voir plus bas). Oui, attendre la parution du nouveau the Fall. Parce que, il faut le dire, lorsqu'on en arrive à la musique, je ne vois pas bien ce qu'il peut y avoir de plus passionnant que d'acheter un album de the Fall.

4 poin et demi / 5

On peut via Youtube écouter (et voir) 3 morceaux de cet album, que ce soit via des clips des versions studios ou via des enregistrements live.

Ici, le clip de "Mountain Energei". Fall23mai06d

Ici une version de "Mountain Energei" (tiré bien sûr de l'album dont il est question dans cette chronique) enregistrée le 23 mai 2006 à la Knitting Factory (photo ci-contre), avec la nouvelle formation l'ancienne ayant planté l'affreux MES quelques semaines plus tôt en pleine tournée américaine. MES n'y perd pas car le trio engagé se révèle absolument éboursoufflant et fait de "Mountain Energei" une expérience quasi-transcendante de 10 minutes où il est impossible à un ahuri comme moi de ne pas quitter le plancher des sales vaches qui me pourrissent la vie. Je ne suis pas loin de décrocher le terme "fabuleux" mais je me contiens. Le son n'est pas parfait certes mais qui a quelque chose à carrer de la qualité sonore des orgasmes ?

Ici, enregistré quelques mois plus tard aFallaout06u Oyafestival (Dk), le 11 août dernier (photo ci-dessous), le même morceau, dans une version moins vaudou mais qui montre définitivement que MES est actuellement secondé par les argonautes parmi les plus formidables de son navire the Fall, et qu'avec eux, il devrait ne pas tarder à nous ramener la Toison d'Or (le son est de plus aussi nickel chrome qu'une cassette C60 de l'Incohérent). Ce type, qui semble au bout du rouleau et qui pourtant marche avec nonchalance sur ceux que déversent sous ses pieds ses moussaillons musiciens, a quelque chose des grands mythes Grecs (d'ailleurs sa femme est grecque). Regardez aussi le visage du public dans les dernières minutes du morceau : cette expression de jubilation, de plaisir intense que produit visiblement en eux cette musique, qui leur grimpe peu à peu dans le ventre et leur broie le thorax. Qui d'autre que the Fall pour inspirer de telles émotions ? A part Electric Wizard et Jesus Lizard, je n'ai jamais vu d'autres groupes qu'eux y parvenir.

Ici, le clip (on ne peut plus pixellisé hélas) de "Sparta F.C."

Ici, une version de "Sparta F.C." à la Knitting Factory Fall9avril04le 9 avril 2004 (avec la formation qui grosso modo figure sur l'album, et avec un MES assis, fracture de la jambe oblige, voir photo ci-contre)

et

ici, la meilleure de toutes parmi celles visionnables sur Youtube, celle enregistrée toujours le 11 août dernier à ce festival Danois et absolument splendide (what a band) comme l'est aussi Elini Poulou, ce satané MES, aussi rongé par l'alcool et la mauvaise bile de son humeur ayant épousé l'une des plus belles femmes du monde.

Ici, encore à la Knitting Factory le 9 avril 2004, une version de "Boxoctosis", assez merdeuse je dois dire, alors que sur l'album ce morceau est splendide.

Enfin, ici, en cadeau bonus poin-poin, "Contraflow" (à écouter fort, et prière de pousser les tables basses, les femmes et les enfants avant de se lancer dans quelque chorégraphie épileptique).

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 17:45 )  

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