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EDGAR WINTER - Entrance - 1969 / White Trash - 1970 - réédition 2005

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EWent&wtUne des meilleures nouvelles de l'année (chronique rédigée en 2005 pour le magazine Crossroads) cette réédition d'Entrance. Depuis le temps que je le cite ici ou là parmi les grands albums du siècle en me disant que l'intérêt de ces références était faible puisqu'il n'était plus trouvable qu'à prix prohibitif, je vais enfin pouvoir faire l'apologie de cet incroyable objet sonore non identifié qui nous en apprend autant sur nous (notre capacité à accueillir autant de styles différents, a priori incertaine) que sur une époque (les années 69-71), propre à générer toutes les audaces, à briser tous les codes et qui fut non pas cette passerelle vers un monde décloisonné que nous espérions tous mais une simple parenthèse sans lendemain, les marchands reprenant la main et reconstituant les niches, comme les appellent les directeurs de marketing dans l'agro-alimentaire (j'ai des taupes dans le milieu).

En 1969, Edgar Winter n'est alors que le frère cadet et tout aussi albinos du nouveau prodige du blues plus blanc que blanc Johnny Winter qui venait de caser à un mois d'intervalle ses deux premiers albums dans les charts. Autant dire que chez CBS, c'était l'effervescence, et Clive Davis demanda ni plus ni moins à Edgar d'enregistrer son premier album au cas où le prodige fut génétique. Du haut de ses 23 ans, le pianiste saxophoniste posa ses conditioEWentns et avertit : "je vous préviens, je vais vous faire un disque absolument pas commercial et sur lequel il n'y aura aucun hit" (sic). Top là fit Clive Davis, soit parce qu'il n'en croyait pas un mot (il se trompait) soit, comme le pense Edgar Winter, parce que ce type s'intéressait vraiment à la qualité de la musique qui figurait sur les disques de son label (arrêtez de vous marrer, on parle d'un temps que les moins de 20 ans n'ont pas connu et je vous jure, ça existait). Bref, Edgar fait, comme il le dira plus tard, l'album de ses rêves, et en Brian Wilson Texan, va fabriquer un disque qui pourra se ranger sans avoir à rougir à côté des meilleurs de l'histoire. Mélodiquement, Edgar Winter est très proche de deux autres genius insaisissables : Carole King et Todd Rundgren (eux mêmes imprégnés de Sarah Vaughan). Cet album est du coup une sorte de chaînon manquant entre Runt de Todd Rundgren et Tapestry de Carole King, qui paraîtront l'un et l'autre 6 mois plus tard. Tirez en la conclusion que vous voulez mais en tout cas il y a ici quelque chose qui s'apparente assez bien au génie.

Cette filiation est patente dès le splendide "Entrance" qui est tout le contraire du titre racoleur qu'on pourrait attendre d'un nouveau loup (blanc). Ce mariage inattendu entre Sarah Vaughan et Paul McCartney mâtiné de Temptations qu'on peut entendre sur le non moins splendide "Where Have You Gone" mérite les plus grands éloges. Sans oublier qu'Edgar Winter est un chanteur plus nuancé mais tout aussi puissant que Johnny. Plus qu'une collection de chansons, cet album évoque beaucoup Abbey Road avec son entrelacis permanent de thèmes dont la qualité ne se dément pas une seconde.

Qui oserait nier que Queen et Bowie ne furent par inspirés par un morceau aussi magique que "Rise To Fall", tout en inflexions, alternant vagues sonores et interludes apaisés. L'influence du non moins génial Brian Wilson est patente, associée à des emprunts classiques où l'on peut reconnaître la marque d'un Chopin EW1qui nous jette subitement (sur "Fire And Ice") dans une sorte de Miles Davis funky que chanterait Alan Price ou Georgie Fame : bref la grande, grande classe. Quand le sax apparaît c'est presque comme si Roland Kirk ou Eric Dolphy débarquait dans le studio. L'atmosphère évoque le Mancini de Taxi Driver ce qui est comme un régal préliminaire.

Le funky brutal à la Todd Rundgren (puis plus tard à la Prince, Edgar Winter étant dans l'histoire de la musique celui à qui Prince fait le plus penser, beaucoup plus qu'à Sly, Hendrix, Bolan ou Stevie Wonder) surgit avec l'efficace "Hung Up" qui n'est pas non plus dépourvu de splendides parenthèses inspirées. Démontrant sa polyvalence assez invraisemblable, il nous offre avec "Back In The Blues" un morceau qui n'aurait pas dépareillé sur This Was de Jethro Tull, avec toujours cet incroyable velours noir dans la mélodie qui en fait le prix. Et cette face magnifique se clôt par une reprise d'"Entrance" qui en signe la dimension Abbey Roadesque.

La seconde face débute avec la seule reprise, "Tobacco Road", qui ne démérite pas avec son style "Riot in Cell Block # 9". Comme son frère, Edgar semble avoir quelque affection pour Louis Jourdan mais s'en tire nettement mieux que lui sur "Jump Right Out". Les amateurs de Colosseum, Soft Machine ou même Yes 1ère formule, Greenslade et Jethro Tull era Passion Play, n'auront pas spontanément la curiosité d'écouter Edgar Winter, et pourtant ils devraient, ils y entendraient sur "Peace Pipe" des choses qui les blufferaient. C'est du pur jazz progressif comme les anglais s'en délectaient alors. Et qui aurait pu imaginer qu'un albinos texan fou de blues puisse y exceller de la sorte? Et puis jaillit le magnifique "A Different Game" qui réunit tout ce que l'album laissait prévoir comme possible acmé. Que personne n'ait eu l'idée de sortir ça en singEW2le est assez effarant mais n'hésitez pas à en faire votre tube à retardement grâce à cette réédition. Tant de facilité, d'évidence et de grâce laissent sans mots. Et surtout un titre pareil a pas moins de 6 ou 7 ans d'avance, rythme, structure et fusion réunis. Le final, "Jimmy's Gospel", est un agréable slow instrumental tel que les affectionnera Mick Ronson dans ses albums solo et qui renoue avec les atmosphères urbaines et nocturnes de la première face.

On peut regretter que cette réédition ne soit pas uniquement consacrée à Entrance assortie de moult bonus, mais à un 2 en 1 qui met dans le même sac Entrance et White Trash, deux albums qui n'ont strictement aucun point commun, ce dernier, paru un an plus tard avec un tout autre personnel, étant une tentative de créer un Sly & The Family Stone blanc, et sur lequel Jerry LaCroix chante la moitié des titres et qui vaut surtout pour "Dying To Live" (qu'Eminem a samplé et repris l'an dernier pour la BO de Tupac Resurrection, le documentaire sur Tupac Shakur), une des plus belles chansons de tous les temps, une sorte de "Let It Be" autrement plus bouleversant que la ballade à Macca et dont le refrain "Why am I fighting to live If I'm just living to fight?" reste vissé dans quelque recoin de l'encéphale pour resservir les jours difficiles.

Que dire d'autres sinon que c'est LA réédition indispensable de cette année (toujours 2005 je précise)

5 poin / 5 pour Entrance, 2 poin / 5 pour White Trash

Extrait : Fire and Ice

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 17:47 )  

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