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LAUGHING CLOWNS - Cruel But Fair -2005

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LCcruelJe profite de la chronique de cette compilation exhaustive de tout ce qu'ont enregistré les Laughing Clowns durant leurs 7 années d'existence pour passer en revue la discographie de ce groupe magique, l'un des plus sous-évalués de l'histoire de la musique (et pourtant il y a de la concurence). Ceci m'amènera surtout à parler d'Ed Kuepper, leader incontesté de ce patronyme qui vit toutefois passer en son sein des instrumentistes exceptionnels, tout cela sous la marque exclusive de l'émotion, du romantisme, de l'excès, de la cruauté, mais plaisante.

Je n'ai pris que récemment la mesure de l'amertume d'Ed Kuepper envers Chris Bailey. Il est vrai qu'après l'enregistrement du fabuleux Prehistoric Sounds (en 1978), un album qui a toujours tenu une place très importante pour l'auteur de ces lignes, si les Saints (qui s'étaient formés depuis 1973) se séparèrent de son fait (il pensait avoir fait le tour du genre dès le premier album et voulait explorer d'autres univers musicaux), il eut la mauvaise surprise de voLCsaintsir que ce groupe, dont il était le principal compositeur, poursuivait, sous la houlette de Chris Bailey, sa carrière sous le même patronyme.

Comme beaucoup de fans, je n'ai pas compris à l'époque l'importance d'Ed Kuepper au sein des Saints et, malgré la déception de ce nouvel avatar, loin de retrouver le génie de la formation précédente, je continuai quelques années à rester fidèle au nom jusqu'à ce que vraiment, la musique proposée me parût trop éloignée de mes papilles auditives (je sais que cela n'existe pas, je me fais un plaisir prosodique). Ce n'est que lorsque j'achetai enfin un album des Laughing Clowns, pas très aisé à dénicher sous nos contrées, le taciturne guitariste étant retourné dans son Australie natale, que je me pris à penser sérieusement qu'il était peut être autrement plus à créditer de la grandeur des Saints que Chris Bailey.

LChistoryEn effet cette compilation parue en 1984 et intitulée pas moins que History Of Rock 'n Roll Volume 1, compilant 10 morceaux dispersés sur des EP, singles ou albums enregistrés entre 80 et 82, était tout bonnement prodigieuse et devint pendant 25 ans, un de mes disques de chevets (avec un autre album d'Ed Kuepper, Autocannibalism). Le groupe se séparant dès 1985, j'eus l'impression d'arriver après la bataille et en éprouvai une grande frustration. Je ne fis pourtant jamais grand chose pour dégoter rétrospectivement leurs disques (il faut dire que mon impécuniosité chronique me met à l'abri de toute velléité collectionneuse) et en restai sagement à celui-ci et à Laugher Around The Table, déniché pas cher dans une convention (je sais, cela peut paraître aujourd'hui un oxymoron tant la spéculation a gangrené la profession, mais ce fut un temps possible).

Je me doutais bien que je devais passer à côté de quelque chose dLC83ede grand, impossible que cette compilation, ne couvrant que 3 ans de l'existence du groupe, soit tombée pile poil sur les 10 seules merveilles, mais je dois dire que pas à ce poin-poin. Car à la sortie des 300 minutes et quelques des 3 CD de cette somme exhaustive, j'ai carrément l'impression d'être passé à côté de ce qui aurait été mon groupe préféré à une époque où j'étais bien en peine de donner un nom si l'on me posait la question (mais ne fréquentant déjà personne, on ne me la posait pas, ou alors je répondais Madness, ce qui n'était en plus pas tout à fait inexact mais avait surtout pour but d'emmerder mon questionneur qui s'attendait à plus oblique). En fait, de 1980 à 85, tranche de siècle assez désastreuse pour la musique, l'Australie resta une sorte de paradis perdu, offrant avec entre autres les Go-Betweens, les Church, les Celibate Rifles, Louis Tillett, Birthday Party et bien sûr, je m'en aperçois maintenant, les Laughing Clowns, sans hésitation possible les meilleurs, une alternative au synthétisme anglais et au punk américain seconde génération.

Comment faire comprendre l'extrême singularité, la fantastique richesse et l'étonnant pouvoir novateur de cette musique ? D'abord, puisque Ed Kuepper s'en ouvre lui-même dans les notes de pochette, où il commente chaque titre en quelques lignes, préciser que son objectif était de faire entrer dans sa musique le jazz qu'il aimait, car il était principalement amateur de jazz et non de rock comme on aurait pu le penser en écoutant les Saints des deux premiers albums (surtout des Stooges). Son jazz à lui, c'était Pharoah Sanders, Archie Shepp, l'Art Ensemble of Chicago et Sun Ra. Et, contrairement à bon nombre de ses collègues du rock, qui claironnent fièrement ce type d'influence mais dont on ne trouve hélas trace dans leur potage sonore, là ces figures tutélaires y sont patentes grâce à la présence systématique d'un saxophone très free, tenu successivement par Bob Farrell (jusqu'en 81) puis Louise Elliott (leader actuelle des Jazzhearts, groupe jazz avec moult percussions mais un peu trop lounge pour moi) jusqu'en 85. Les Clowns sont donc imprégnés de ce jazz seventies, rugueux, puissant, hurlant, violent.

La particularité de ces clowns rigolards (pourtant la musique proposée n'est pas très joviale) est LC1d'asseoir ceci sur des rythmes souvent repris de Tamla Motown et de Bo Diddley, avec par dessus, une instrumentation où guitare (peu distorsée), basse et batterie (façon jazz primitif) sont bousculés par un piano rustique. Préciser aussi qu'il y a beaucoup d'écho dans la musique des Clowns, tout paraissant enregistré dans un hangar ou une église. Et puis il y a la voix traînante et gouailleuse d'Ed Kuepper, avec un quelque chose de Mark E. Smith, en plus chantant toutefois, ainsi que de Robert Smith, mais en moins maniéré. Si l'on voulait donner quelques repères parmi les groupes contemporains des Laughing Clowns, on évoquerait bien sûr avant tout the Fall et the Cure mais aussi les Woodentops, les Waterboys, ou Felt mais on serait quand même loin du compte, aucun de ces derniers n'ayant leur richesse et leur inventivité. A noter que le seul groupe post 77 que j'ai vu Kuepper citer, était les Only Ones, ce qui, on s'en doute (ou pas d'ailleurs, personne n'est obligé de le savoir) me combla. Parmi les groupes plus anciens, on pensera à Van Der Graaf Generator, Can, Amon Düll II, Captain Beefheart.

Venons-en à ce panorama exhaustif de leur production durant leurs 7 ans d'existence (et non de malheur). Pas imaginable de pouvoir promettre 48 chef d'œuvres à tous, mais je dois dire que je serais, et c'est foutrement rare, bien incapable d'y désigner un seul bouche-trou absolument LC2sans intérêt, ce qui est tout de même un sacré compliment. Cependant je dois admettre que ma préférence va aux premières formations des Laughing Clowns (disons de 79 à 83), Jeffrey Wegener (le batteur) étant le seul à se maintenir dans la cordée à travers les différentes ascensions discographiques. Bien sûr, chacun aura ses sommets et ses vallées dans ce paysage sonore et le plus simple serait de renvoyer le lecteur à son portefeuille pour qu'il se fasse son opinion. Mais le lecteur a d'autres sources de dépenses à assurer et il peut avoir envie de savoir à quoi ressemble ce monceau de morceaux. Donc, il faut s'y coller. Comme l'une de mes obsessions est l'ordre chronologique, et qu'ici il n'est pas respecté (Ed Kuepper veut montrer l'homogénéité des différentes formations mais passer outre la chronologie pour cela me semble une sacrée erreur), je me suis lancé le défi de mettre quelques mots sur chacun des titres pris dans leur ordre de parution. Défi aussi vain que coûteux en temps et en énergie mais poin-poin est le refuge des défis de ce genre non ? Alors allons-y.

LCLaughing Clowns EP (1979). "Holy Joe". Atmosphère catacombale, un piano caverneux, un sax déjanté qui hurle sa douleur, une rythmique tribale à la Captain Beefheart et Kuepper dont la voix serpente sur ce sol mouvant. Dès ce premier titre il était clair que les Laughing Clowns seraient un grand groupe. Le sax prend possession (au sens exorciste du terme) du final pendant que la danse rituelle semble mener tout ce beau monde à la transe. "I Want To Scream". La suite d'"All Times Through Paradise", le sublime morceau de Prehistoric Sounds que Kuepper garda pour ses Clowns. Ambiance il est vrai proche de celle de Prehistoric Sounds, c'est à dire poisseuse, désespé-rée et rante. Style que ne poursuivront qu'à de rares exceptions les Clowns. A noter une seconde partie évoquant une grande parade de cirque parfaitement magique, qui rivalise sans problème avec les Beatles de Sgt Peppers. "Lucky Days". Morceau étrangement très proche des Cure de 3 Imaginary Boys, mais aussi des Saints, minus les guitares, jamais très distorsées chez les Clowns. Pas follement réussi cela-dit. Un reste de punkitude matinée de saxes qui ne sont pas sans évoquer Madness. Drôle de cocktail. "That's The Way It Goes". Mélange étonnant de styles, de rythmes, de sonorités dissonnantes et mélodieuses, pour un morceau qui garde 28 ans plus tard une fraîcheur absolue. Un peu ce qu'auraient pu devenir les Kinks si Ray Davies avait gardé intact son génie. Une nonchalance dandy teintée de mélancolie, de hargne, le tout dans une profusion de trouvailles tel ce ralentissement central que le sax se met à bousculer, sans oublier Jeffrey Wegener dont l'inventivité restera un des grands atouts des Clowns. Bref un grand grand morceau."Eulogy?". Rythme à la "3 Cool Cats", évoquant aussi le Alice Cooper de "Gutter Cats". Ed Kuepper montre qu'il est un mélodiste doué d'un incontestable sens de l'évidence et que son projet n'est pas l'hermétisme. Difficile de ne pas se lever pour imiter le pas du chat de gouttière en écoutant ça. "Laughing Clowns" Toujours passionnant d'écouter le morceau dit éponyme, c'est à dire qui donne le nom, non seulement ici à l'album mais aussi au groupe. Il est en effet toujours investi d'une forte charge symbolique. Et c'est bien à une sorte de manifeste qu'on assiste tout au long de ces 4 minutes. Tout est en place, ce sax qui alterne thème dompté et sauvagerie free, cette ambiance lourde et sombre mais qui trace la route sans traînasser, cette voix qui ne joue pas au plus malin avec l'auditeur et qui assume (et assure) le challenge de la mélodie (alors que Mark E Smith décida de s'en affranchir). En deux mots ce morceau est une merveille qui fait tourner la tête et balancer le corps, comme si la terre penchait pour paraphraser notre Christophe préféré. Bilan, premier EP effarant de classe et d'invention.

LCsometimesSometimes EP (1980). "Sometimes (I Can't Live With Anymore)". Sur un thème rythmique vu et revu, usé ras la corde à nœuds, les Clowns pondent tout de même un classique absolu, single imparable qui ne fut bien sûr pas un hit, avec un bridge au sax qui n'est pas sans évoquer le son de trompe de navire que David S Ware tire du sien mais aussi le meilleur Madness (celui de Seven). Le final est impossible à ne pas reprendre ad libitum en secouant la tête jusqu'à apparition de douleurs cervicales. "The Crying Dance" est ce que les Clowns feront de plus proche de the Fall avec encore une petite couleur Cure, et c'est encore une fois une merveille (désolé de ne pas me renouveler). Ed Kuepper précise qu'il était particulièrement déprimé à cette période et qu'il écrivit justement ce morceau pour se dire de se secouer. Et bien 27 ans plus tard ce journal intime sonore transmet la même émotion qu'alors. "Fire Might Fall". Petite concession au son du temps, la batterie est trop typée années 80 pour ne pas pénaliser ce morceau qui sonne comme les Cure qui se la jouent funky (ça leur arrive). Anecdotique.

LC3N°3 EP (1980). "Don't Know What I Want". Un très long introït très très free jazz comme on les aime (quand on aime le free jazz), Ed Kuepper savait bien ce qu'il voulait. Sa voix navigue la dessus comme une barque de clandestins dans les roulis méditerranéens (qui eux aussi savent ce qu'ils veulent). Le final a des airs de boléro absolument jouissifs. On ne trouvera guère plus sapide à se mettre sous la langue de l'oreille durant les années 80, je vous l'assure. Et dire que ça n'a pas pris une ridule est une litote. Un chef d'œuvre. "Collapse Board". Je ne m'étendrai pas bien que ce soit l'un de mes morceaux favori des Clowns, et je découvre avec étonnement que c'est aussi l'avis d'Ed Kuepper. Un beat chaloupé mais funèbre avec un piano et une batterie qui semblent suivre le Christ au Golgotha et un saxophone jouer l'anus dei dans son coin. C'est vrai que jamais le groupe n'a sonné si Cure et qu'on pourrait s'y méprendre, mais serais-je blessant si je dis que jamais Robert Smith n'a atteint une telle atmosphère mortifère ? Tant pis, je le dis. "Ghost Beat". Se veut Kraftwerkien mais sonne surtout très Fallien. Hélas assez raplapla. Style mécanique qui ne convient pas à un groupe aussi viscéral que les Clowns (mais va-t-il à qui que ce soit ?). "Clown Town". Entre Prehistoric Sounds et le "Ghost Town" des Specials, cette depressive pop song est cafardissime, toute en arpèges pleins de pathos. Le solo de sax met les neurones en charpies et pousse un équivalent du cri Munchien qui terrasse le morceau et l'auditeur. "Mr Ridiculous". Encore quelque chose de the Cure mais le tempo des intermèdes instrumentaux est un peu trop sautillant, et de toutes façons la mélodie n'est pas bien follichonne. Pas ridicule, mais un des rares moments dispensables de leur carrière.

LCmadflies"Theme From Mad Flies, Mad Flies" single (1981). Le thème est très Saints et on imagine très bien ce que cela aurait donné sur Know Your Product. Mais là, c'est raclé à l'os avec basse, drumming jazz, guitare presque acoustique et saxophone. Un côté "Lovecats" de Cure mais en moins ludique toutefois. Le final est, de l'avis même d'Ed Kuepper, fortement influencé par Sun Ra, ce qui n'a pas dû contribuer à en faire un hit. "Mr Uddich-Schmuddich Goes To Town". La face B du single (à l'origine un projet de film d'animation conduit avec LA femme de sa vie, Judi Dransfield, voir photo ci-dessous avec leur boudchou) et jamais finalisé. Témoigne que le groupe frôla parfois le pur free jazz, se débarrassant pratiquement totalement de tout héritage rock, les 4 premières minutes appartenant exclusivement à ce style, la dernière les remettant brièvement dans une sorte de chemin un peu plus balisé. Entièrement instrumental, certainement le plus expérimental des défrichements sonores des Clowns.

LCuddichMr Uddich-Schmuddich Goes To Town LP (1981). C'est le premier véritable album des Laughing Clowns. Il contient "Theme From Mad Flies, Mad Flies" et "Mr Uddich-Schmuddich Goes To Town" déjà vus. "In Front Of Your Eyes" ouvre assez mal l'album avec une ligne de basse pseudo funky un peu tordue et pas très réussie pour ce qui se veut un morceau dansable. Si Ed Kuepper considère bizarrement que Status Quo aurait dû le reprendre, on croirait plutôt entendre the Cure ou the Fall quand ils tentent d'être dansants. Résultat aussi peu convaincant. Etre dansant, c'est un talent que tout le monde n'a pas. "Come One, Come All". Là aussi quelque chose de Cure dans la voix et la mélodie vocale pour un morceau qui en partage l'atmosphère sombre et, allez savoir pourquoi, sylvestre. Des motifs très Felliniens (en fait Nino Rota) viennent strier cet agencement sans pour autant en ôter la dimension tragique. "Laughter Around The Table". La première partie de ce long epic me pose un problème car c'est peu ou prou un plagiat du début de "A Mutual Friend" de Wire (sur leur magnifique 154 paru 2 ans plus tôt). Involontaire ? Je ne sais pas mais la gène est tenace. Ensuite le morceau part sur une impro où sax et trompettes se rendent des politesses de manière plutôt violentes. Là, Ed Kuepper admet s'être inspiré du Charlie Haden's Liberation Music Orchestra. L'un dans l'autre, pas un moment très inoubliable. "Knife In The Head". Romantique, le mot est lâché (par Ed Kuepper), il y a ici une ivresse délétère qui sied bien à cette philosophie. Les cuivres donnent le sentiment d'une fanfare d'amateurs ce qui renvoie à certains poèmes d'Apollinaire. La basse rappelle celle (splendide) du "Tennis" de Chris Rea. "Song Of Joy". Inspiré de l'Hymne à la Joie, il n'en suinte pourtant guère. Instrumentation très inhabituelle, presque celle de saltimbanqueLCjudis (toujours Apollinaire) à base de toms, de cymbales, de contrebasse, de guitare acoustique. A quelque chose de médiéval. Un peu ce que chercha à faire Ian Anderson avec son Minstel In The Gallery mais en restant lui trop mainstream, alors qu'ici les Clowns approchent l'atmosphère des scènes villageoises du 7ème sceau. Magnifique. "When What You See Is What You Get" part sur une base très Saints (era Prehistoric Sounds) mais ceci n'est qu'une porte d'entrée vers une longue impro teigneuse où sur deux notes de guitares et de basse, sax et trompettes se déchaînent. Il est tellement rare d'entendre ces deux instruments aussi mis en valeur dans le rock, qui s'en sert souvent comme tapis décoratif mais leur fait vite comprendre que les choses sérieuses doivent reprendre. Jamais rien de tel avec les Clowns où au contraire, ce sont les éléments rock qui semblent se faire discrets et laissent vite la place à la substantifique moelle cuivrée. Je veux croire que ceux qui ont tenu ces instruments durant la carrière des Clowns durent se sentir particulièrement privilégiés de pouvoir autant s'exprimer dans cet univers là (d'ailleurs ils ont rejoint la communauté jazz peu après). L'impro se prolonge sur plus de 7 minutes (le morceau en faisant lui près de 11, mais en public parait-il parfois beaucoup plus) comme aux plus belles heures seventies, où ce genre de délire collectif n'était pas incongru mais presque la règle (pensez que nous sommes en 1981, le culot de proposer cette musique à cette époque est difficilement imaginable pour quelqu'un qui n'a pas connu cette sinistre période). Bref, malgré quelques imperfections, cet album était une belle et grande chose perdue dans un désert de médiocrité.

LCfliesEverything That Flies EP (1982). "Everything That Flies (Is not A Bird)". Premier EP avec la nouvelle formation et donc avec Louise Elliott au sax, formation qui se séparera rapidement, même si heureusement Louise Elliott restera. Le morceau est un masterpiece absolu. Contient tout ce qui fait le charme d'Ed Kuepper, une sorte de capacité à être léger et puissant à la fois, à léviter et arpenter la terre ferme d'un pas militaire. Le thème aux cuivres a l'évidence de ceux des grands standards, le groupe file à la vitesse d'un guépard qui poursuit son antilope, et en 4 minutes, on a un condensé de ce qu'est un grand morceau. "Night Of The Bloated Goat" Encore une splendeur. Un thème quasi fanfare sur lequel Ed Kuepper développe une atmosphère éthérée grâce à sa voix qui n'a jamais été aussi traînante (presque celle d'un type sérieusement ivre) et une guitare proche de celles du Krautrock. "Nothing That Harms". Ed Kuepper précise que cette chanson avait été écrite depuis longtemps ce qui explique qu'elle soit encore si marquée par l'influence Cure alors que le groupe s'en était quand même très éloigné. La contrebasse de Leslie Millar et le bridge free du sax sont sûrement ce qu'il y a de plus intéressants, le reste étant assez peu convaincant. "Every Dog Has Its Day". Inspirée par Pharoah Sanders (dixit Ed Kuepper), sa structure est assez complexe et on est étonné qu'une mélodie vocale arrive à se poser sur cet amalgame quand même très jazz. Mais c'est l'une des forces d'Ed Kuepper de savoir dompter ces furias pour en extraire une rock song, ce qui le rend proprement admirable, ne faisant jamais l'impasse sur la dimension "abordable" de la musique (alors qu'il lui était facile, par exemple, de prolonger sur 5 minutes l'intro pour se faire une place parmi les grands artistes cultes). C'est encore une grande chanson qui montre que sur un EP 4 titres, les Clowns pouvaient pondre pas moins de 3 classiques. Jamais vu mieux.

LCjustbecause"Just Because I Like / Crystal Clear" Single (1984). Après deux ans d'interruption, les Laughing Clowns reviennent avec un single où on remarque que la voix d'Ed Kuepper devient plus singulière, moins Smithienne (de Robert et de Mark E.) Dommage que les deux titres soient bien quelconques, avec pour les deux un beat eighties certes joué sans le son calamiteux de cette époque, mais tout de même un peu trop "Heart of Glass" pour moi. Le bridge de "Crystal Clear" est tout de même princier et pour les connaisseurs, on note la présence de Louis Tillett au piano, qui le tient ma foi avec sa classe habituelle.

 

LCetyrsEternally Yours EP (1984). "Eternally Yours" (titre déjà utilisé pour le second album des Saints). Un des grands classiques du groupe (il ouvre d'ailleurs le triple CD dont il est question ici) malgré, une fois de plus un drumming un peu trop eighties. Louise Elliott sort de son sax des sons de clarinette puis prend un solo déchirant. Elle est vraiment merveilleuse. La voix de Kuepper est si traînante, si évanescente, qu'elle rejoint celle de Syd Barrett, ou disons de son élève le plus appliqué : Robyn Hytchcock (d'ailleurs le morceau ressemble au premier album solo du sus-nommé). "Possessions" file comme un croiseur de guerre, avec quelque chose du Van Der Graaf Generator dans l'ambiance. La mélodie vocale toute en inflexions félines est splendide et s'éloigne de plus en plus des canons Cure et Fall pour prendre une couleur autrement plus vive. En 2'50, les Clowns scotchent leur monde. "Times Not Hit But Missed Blues". C'est en réalité une version différente d'"Eternally Yours", débarrassée du drumming eighties (Wegener se contente de sa caisse claire et de ses baguettes sur le rebord des fûts) et plutôt meilleure (mais sans espoir de la placer dans une radio ou des charts quelconques) mais le solo de Louise Elliott n'a hélas pas la force de la précédente.

LClawLaw Of Nature LP (1984). Second album donc, qui marque tout de même une sorte de lente dérive de Kuepper vers un style plus solo, le groupe devenant plus un background pour ses chansons (certes parfois superbes) qu'un fabricant de structures. En tout cas, il s'en dégage une impression de murs fuligineux que n'avaient pas les Clowns, de moins en moins riants. De préalablement paru on ne trouve que l'excellent "Possessions". La version d'"Eternally Yours" est pour sa part différente des deux proposées sur le EP, mais fut retirée peu après pour une nouvelle mouture de l'album où la version du EP lui fut substituée, visiblement contre l'avis d'Ed Kuepper. Il a raison, cette version était la meilleure des 3, moins marquée par le beat 80's, plus acoustique aussi, et le solo de Louise Elliott vous arrache la rate. Mais 3 versions pour cette mélodie était tout de même excessif, cette dernière seule aurait suffi. "Monkey See Monkey Do". On voit ressurgir ici la facette Cure/Fall du groupe, le sax étant plus illustratif qu'autre chose, sauf sur le final où il gémit, puis pleure puis hurle de douleur dans une progression qui broie les tripes. Il se dégage de ce morceau un désarroi assez peu commun chez Ed Kuepper, dont l'état d'esprit reste le plus souvent combatif, mû par une passion inexpugnable pour la musique. "Law Of Nature". Tout le style Laughing Clowns est résumé dans la première minute de ce superbe morceau, ce sax tournicotant genre merry-go-round, cette batterie au style si indéfinissable où Elvin Jones et Keith Moon (deux des idoles de Wegener) semblaient fusionner, cette basse inattendue et puis cette voix mi-désabusée, mi-sarcastique. C'est encore une grande réussite du groupe. "Bride Of Jesus". Comme sur le reste de l'album, une chanson acoustique Clownisé par le groupe. Ciel plombé, thème presque funèbre, on imagine assez facilement l'illustration visuelle que les frères Dardennes, Bruno Dumont ou Ken Loach pourraient faire à une telle musique. On a presque envie d'enfiler un manteau pour se réchauffer quand la dernière note retentit. "Eating Off The Floor". Le thème de nursery rhyme au piano et le sax rapprochent ce titre de Van Der Graaf Generator. Mais quelque chose ne prend pas. Le morceau reste anecdotique. "Written In Exile". Une inspiration très Beatles ici (entre "Drive My Car" et "Strawberry Fields LClouiseForever"), même si dissoute dans du Kuepper. La mélodie est donc assez inhabituelle mais n'en dégage pas moins un certain charme, même si cela reste dans un domaine mineur. "As Your Bridges Burn Behind You". Une de ces chansons qui sert de compagne de solitude les soirs où la tristesse semble littéralement ruisseler des murs. Rien que l'intro de Louise Elliott suffirait à en faire un must have. C'est sûrement dans cette chanson que prit naissance ce qui allait devenir la musique des Aints quelques années plus tard. Mais c'est aussi l'une des rares qui eût pu être jouée par les Saints. Bon, enfin vous avez compris que c'est une perle ramenée en apnée par un Ed Kuepper au bord de l'asphyxie. Merci Ed de nous remonter des choses comme ça de tes grands fonds intérieurs. "The Year Is More Important". Encore une fois, une influence Peter Hammillienne avec une mélodie toute en ruptures et un ton inhabituellement hargneux (alors qu'Ed Kuepper a plutôt tendance à laisser onduler sa voix sur le tapis sonore de son groupe). Tout fan d'Hammill avec ou sans VDGG ne peut qu'être séduit. En tout cas ce style sied fort bien au groupe et donne un relief bienvenu à un album un peu trop vallonné depuis le début. "Stinking To High Heaven". Clôt l'album sur un style assez proche des Saints (surtout la guitare qui, sans être très distorsée en est une proche parente). C'est ici la basse qui prend le morceau en charge et Peter Walsh assume un labeur incroyable. Le morceau monte en puissance pour se terminer dans un dialogue à trois (sax - basse batterie) qui laisse ce Law Of Nature sur un tour de force. Plutôt qu'une série de singles ou d'EP, les Laughing Clowns font paraître deux albums avant de se dissoudre. Law Of The Nature donc, puis

LCghostGhost Of An Ideal Wife (1985). Le premier titre en est "Crystal Clear", visité plus haut. "Diabolic Creature". Ed Kuepper confie qu'il s'agit pour lui de la suite du (magnifique) "Chameleon" de Prehistoric Sounds si ce n'est que le rythme est ici rapide et que le morceau a plus un train de félin que d'amphibien. Le bridge avec son rythme militaire, son piano dissonant et un Kuepper à la morgue étonnante est une merveille. Le final aussi avec cette guitare qui se fout en rogne et cette charge d'éléphants cuivrés qui lui prête main forte. Un must hear (je varie les expressions néologiques). "No Word Of Honour". Prévue pour une slide guitar, Kuepper en fait une imitation bricolée assez approximative. De toutes manières, c'est à l'évidence déjà une chanson solo et elle n'appartient plus guère à l'univers des Clowns. Sur le refrain il se lance dans des montées vocales assez inhabituelles et pas vraiment palatables. "Winter's Way". Ressortie des tiroirs d'avant les Saints, elle serait, d'après Kuepper, influencée par Coltrane. En tout cas, le sax y sonne une fois de plus comme une clarinette. La mélodie vocale fait des embardées permanentes, épouse des courbes virtuelles et plonge ensuite comme une mouette en la mer pour y gober son poisson. On n'est pas loin d'un Peter Hammill solo. De la belle ouvrage. "Ghost Of An Ideal Wife". Un petit côté "Battle For Evermore" pour cette pépite où un banjo vient égréner quelques notes avant de laisser la place au sax encore une fois d'une délicatesse absolue de Louise Elliott. Puis les deux entrent dans un dialogue qui reste longtemps gravé dans l'encéphale des clowns tristes dans mon genre. La mélodie est, pour ne rien gâcher, d'une évidence de standard. Je me demande comment on peut ne pas trouver tout le reste, les songwriters sensibles et délicats, complètement tisanesques à côté de quelque chose comme ça. "The Only One That Knows". Au risque de me répéter, je dois dire que c'est encore une sorte de chef d'œuvre qu'Ed Kuepper va sortir du placard où il avait rangé cette chanson prévue LC83bpour la première formation des Clowns. La lancinante crispation des cuivres s'oppose à la mélodie aérienne mais pourtant étonnamment teigneuse. Quand le morceau ralentit, on entre dans une toute autre dimension, oppressante, quelque chose comme la musique de Maître et Marguerite, quand le diable fait son numéro de cirque et qu'il procède à ses atroces mutilations. Cet épique morceau (près de 8 minutes) ne cesse d'encastrer les thèmes, les rythmes et reste un des plus narratifs de son auteur. "New Bully In The Town". Une sorte de Bo Diddley goes to Sydney avec une succession de parties instrumentales à reclouer notre Jesus sur sa croix. On tape du pied, on reprendrait presque du moral si la soupière n'était pas vide. La vie est une cuisinière imprévoyante. "It Gets So Sentimental". Mid-tempo pour une chanson très proche des Saints, d'ailleurs Ed Kuepper semble presque imiter Chris Bailey. Le sax suit un peu paresseusement la voix comme s'il sentait qu'on n'avait guère besoin de lui. Surtout remarquable pour un solo de guitare dont le son semble sortir d'un gosier de goule enrouée. "The Flypaper". Hommage à Ennio Morricone et aux Shadows (ce qui fait qu'on pense à Adam & The Ants) dont on sent à l'évidence l'influence, le morceau file comme un cheval au galop et termine l'équipée des Laughing Clowns dans une course effrénée, comme pour oublier qu'on a beau courir vite, la mort rattrape toujours. En tout cas, c'est peut être avec leur meilleur album que les Clowns plient leur chapiteau, enlèvent leur maqLCedwegeneruillage et suivent chacun leur destinée.

C'est une joie de savoir qu'Ed Kuepper a retrouvé 15 ans après son batteur fétiche et qu'ensemble ils sillonnent de nouveau les salles de concert (voir photos). Quelle rage que l'Australie soit si loin. Quoique je connais une petite souris capable de soulever des montagnes qui a des projets dans ce domaine. Faisons lui confiance, on l'a vu faire plus téméraire encore, alors tout est possible. 

Ah oui les poin. Et bien 5 pourquoi ?

Choisir un extrait tenait du pari insensé. J'ai fini par parvenir à choisir deux illustrations sonores qui me convenaient. Elles parviennent à montrer deux facettes très contrastées des Laughing Clowns, et à appartenir aux deux extrémités de leur courte carrière. "Don't Know What I Want", tiré du 3ème EP date de 1980 et illustre la manière fantastiquement intelligente avec laquelle Ed Kuepper a intégré au rock ses passions jazz. "Ghost Of An Ideal Wife" donne son titre au dernier album du groupe (1985) et montre la dimension parfois festive, rustique et traditionnelle (inspiration bluegrass dirait quelqu'un) de ces clowns dont on aurait volontiers suivi la caravane de par le monde. Enjoy it.

Extrait 1. Don't Know What I Want

Extrait 2. Ghost Of An Ideal Wife

olonti

Choisir un extrait te

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 17:48 )  

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CONCERTS Casey 12/03 Evreux, 19/03 Maurepas, 20/03 Chelles, 03/04 Chemille, 04/04 Villeurbanne, 10/04 Annecy, 13/04 Bourges, 16/04 Reims, 23/04 Rennes, 01/05 Creil, 07/05 Le Havre, 22/05 Marseille, 24/05 Paris (Nouveau Casino), 28/05 Calais, 29/05 Tourcoing - La Rumeur 11/03 Toulouse, 9/04 Strasbourg - Heliogabale 11/03 Paris (Flèche d'Or) - Pat McManus Band + Taste + Eric Bell 17/03, Paris, Trabendo - Suicial Tendencies 18/03 Paris - Autechre 19/03 Lille, 20/03 Paris (La Machine, ex-Loco), 21/03 Nantes, 22/03 Lyon - Stranglers 25/03 Paris, Bataclan - Eric McFadden 26/03 Paris, Café de la Danse - Karma to Burn 02/04, Paris - David Murray - Soweto Kinch 06/04, Saint-Ouen (festival Banlieues Bleues) - Nadja 11 avril, Montreuil - Killing Joke 19/04 Paris (Bataclan) - Eyehategod 16/04 Montbéliard, 19/04 Paris, Glaz'Art - Dollhouse 28/04, Paris (Scopitone), 29/04 Nantes, 30/04 Orléans, 01/05 Mont de Marsan - UFO 04/05, Paris - Waltari 06/05 Paris (Klub), 07/05 Vaureal + Paul Di'Anno, 08 et 09/05 Laudun, 10/05 Colmar - Gil Scott Heron 10/05 Paris (New Morning)

 

LES MIXTAPES Poin-Poin I : Mushroom, OM, Oxbow, Can, Pete Townshend, Pere Ubu, Swans, Cornelius, Tim O'Brien, Black Sabbath, Captain Beefheart… <> Poin-Poin II : Apparat, Flaming Lips, Baroness, Bon Iver, Sonic Youth, Melvins, Sun Ra, Mother Superior… <> Battle Mixtape JeanRhume vs DJ Duclock <> Battle Mixtape JeanRhume vs SuperDahu

 

CHAUDE LA VAPEUR ! Le magazine Vapeur Mauve n°8 sort du pressing avec les Flamin' Groovies en couverture, des interviews de Linda Perhacs, Robin Trower, Tony Levin, Judy Dyble (Fairport Convention), Radio Stars, Beau Brummels et Gérard Jelsch (Ange) A télécharger gratuitement ici

 
ESPACES INTERSIDÉRANTS : Shinju Gumi, Schall Platten (bidouillax audio und video), Les combinaisons uniques objets, l'Incohérent (anti-tout), DJ Duclock (polars et musique), le blog Poin-Poin, Forgotten songs (vinyles by dk and rough), Astral Quest. (stoner blues)