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ZE BLUETONES - Free Access To The Playground - 2006

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bluetones_cdQu'on se le dise il y a du blues en France. Oh, je ne parle pas du malaise économico-socialo-psychologico ... enfin de la chienlit qui règne dans ce foutu pays et dans le monde en général. Non je parle ici des 12 mesures, celles qui viennent de loin, des champs de coton, celles qui sont nées d'une autre chienlit : l'esclavagisme des noirs dans cette putain d'Amérique, cette si belle contrée, terre de tant d'espoir et de convoitise, Eldorado de façade aujourd'hui encore !
Le blues, un siècle plus loin, a perdu cette valeur historique. Il n'est plus LA musique du désespoir. Doit-il pour autant devenir une musique du passé, une relique ? Je ne le pense pas et on en parle bien peu : quelques lignes dans Crossroads (pourtant avec un nom pareil !), 1 ou 2 chroniques sur poinpoin. Il faut alors se rabattre sur les magazines spécialisés et ... confidentiels. Ca va changer ... si vous le voulez bien !

Il y a une importante et vivante scène blues en France, je le répète et je le prouve. Mais se faire un nom n'y est pas une mince affaire. Il n'y a que deux alternatives.
La première est de chanter en français. Le gros inconvénient est bien sûr de bigrement réduire le chant de tir (la faute est volontaire !). Dans ce registre ma préférence va sans nulle hésitation à Benoît Blue Boy, essentiellement ses premiers albums. J'adore l'humour qui se dégage de ses textes et la facilité à retenir ses chansons. Je suis moins friand de Verbeke car, si musicalement il est indéniablement bien dans son truc, je trouve que ses textes ne se coulent pas naturellement dans la musique. Le cas Deraime est un peu à part car aux frontières du blues, de la variétoche et de la world-music. Le seul qui ait véritablement réussi à se faire un nom dans ce domaine est Personne : si j'apprécie assez moyennement ses dernières productions, je trouve toutefois son succès mérité tant il roule sa bosse depuis des lustres dans ce métier et même si sa musique n'est plus tout à fait du blues.
La deuxième option est d'adopter la langue mère du blues. Mais là, attention ! Il y a tellement d'accents franchouillards que cela rend les disques bien pénibles à mon ouïe. C'est un défaut que je n'ai jamais pu supporter et ce, pas seulement dans le blues.

C'est pourtant la voie qu'ont choisie Ze Bluetones, groupe de Caen. Mais ôtons de suite le doute qui vous habite : l'accent de Christophe Becker est tout à fait remarquable, même si parfois on sent qu'il s'applique. Dès les premières notes on sait déjà que l'on tient là un disque qui, avec un bon distributeur, aurait pu être d'envergure internationale. Mais pour goûter à ces 13 titres (rien que des originaux, chose assez rare dans le blues)  il ne faut pas craindre de fixer les oreilles dans le rétro.

bluetones_groupeEn effet, ici, tout sent le cuir des vieilles limousines des années 40 ou 50 sur les chemins défoncés des juke-joints. Arrivé au milieu de nulle part on pousse la porte, l'air est enfumé, les couleurs sépias. Au bar, Gran'Ma vous sert son tord-boyau dans des verres jaunis. La potion est si forte que ses vapeurs suffisent à attaquer le zinc du comptoir. Au centre de la salle, sur les tables crasseuses, des parties de poker alcoolisées s'éternisent. Au fond, sur une estrade bancale, 5 blanc-becs, costards tirés à 4 épingles, de rutilants mocassins Weston aux pieds, le cheveu gominé, s'affairent : une batterie minimaliste donne le rythme, la basse swingue, les demi-caisses résonnent, l'harmonica distille ses notes poisseuses. Parfois un piano vient se mêler à la fête ... Ze Bluetones sont sur scène, leur jump blues chauffe la salle ! La Normandie prend des airs de Mississippi ... Les heures, les minutes cessent de s'égrainer, le temps s'arrête, les soucis s'évaporent, l'univers tient entre ces 4 murs de planches, ailleurs n'existe plus ...
Malheureusement tout a une fin : après un dernier titre (le seul en français) au texte délicieusement ironique, le rideau tombe. Le XXIème siècle était bien réel, la vie se rallume, la chronique est finie !

 

Un tout petit post-scriptum quand même qui ternit un peu la fête:
ce cd est autoproduit par le groupe, c'est leur 3ème, il a été tiré à 1000 exemplaires. Il faut aller sur leur
site pour le commander : 18 € port compris en chèque à l'adresse indiquée, celle du chanteur/compositeur du groupe. Vous vous fendez donc d'un petit mot pour accompagner votre chèque, vous vous félicitez d'accomplir un bon geste, permettre la pérennité d'un objet finalement rare et rentrer un peu dans une famille. 3 days later le cd arrive. Mais dans l'enveloppe, rien, nada, pas le moindre petit mot en retour. Rien qu'un "merci" sur un post-it aurait fait l'affaire. Je trouve cela un peu dommage de la part de musiciens qui s'autoproduisent, dont la musique plutôt sympathique et enjouée n'a aucune autre ambition que de vous faire passer un bon moment sans aucune autre forme de message. Si je notais les albums cela vaudrait bien ½ poinpoin en moins.


Extrait : non, y'en a plus !

Une interview du chanteur : sur Route 66 .(Curieusement, j'avais rapproché le texte en français de "Moi et Jennifer" de ceux de Benoît Blue Boy. Or si vous lisez cette interview vous vous apercevrez que Christophe Becker n'aime ni la musique ni les textes de son aïeul.)


Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 19:01 )  

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