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Tu funanas toi ?

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Tu funanas toi ?

Une année dans les Iles du Cap Vert

instantané de la scène musicale punk/sludge capverdienne 1995/1996

Voilà 10 ans j'ai eu la chance de passer une année et demi dans les Iles du Cap Vert,  au titre
de la coopération du service national. Ouais, ouais, au lieu de me trimbaler en treillis à 3h du mat', je buvais du rhum et portais une caméra dans les Iles du Cap Vert où je fus technicien du centre culturel français.

10 ans après je vous propose un instantané de la scène musicale 1995/1996. Attention, accrochez vous, oreilles sensibles s'abstenir au risque d'aimer ensuite Laurent Voulzy. En France c'est la déferlante Cesaria Evora, on évitera donc conscienciemment de parler ici de la Dame, dont tout le monde parle mais que finalement peu écoute. Enfin je suis sur l'île de Santiago, à Praia, la capitale, et ce n'est pas l'île de Cesaria Evora qui elle vient de Mindelo. Naturellement une petite compétition existe entre les deux îles les plus importantes de l'archipel (9 îles).

La musique capverdienne tire son origine de plusieurs influences : principalement la morna du Portugal (dont le Cap Vert fut une colonie), et le zouk africain (le Cap Vert est un des rares pays avec une population à 100% métis, l'archipel fut un point de passage essentiel de la traite des esclaves - Le Sénegal est le premier pays à 500 km à l'Est). De ces influences naissent deux mouvements musicaux: la sodade (chanson mélancolique qui découle donc de la morna), le funana moderne (en même temps danse, en même temps musique) qui mélange funana traditionnel et zouk.

Le funana...rien que le nom...la danse est torride, et la technique simplissime : il faut se frotter les parties génitales sur les cuisses de son partenaire. La musique provient des paysans capverdiens et se jouent dans son origine rurale avec deux instruments : un accordéon et un ferrinho ("ferrignou"). Le ferrinho est une barre de fer que l'on gratte avec un truc en métal pour donner le rythme (généralement j'ai toujours vu le ferrinho gratté par un couteau). On peut aussi découper le paysage musical entre traditionnel (la sodade et le funana "rural") et moderne/variété (le funana moderne initié par bulimundo -voir plus loin-, ou le zouk "créolisé").

On débutera ce petit instantané par le tube qui passa continuellement sur les ondes :  Dança ma mi criola (Danse ma créole) de Tito Paris. Ici on est dans le domaine de la variété (c'est clair non à l'écoute !). D'ailleurs je crois qu'à cette époque Tito Paris vit au Portugal et sa musique s'est occidentalisée.
 
Dança ma mi criola  2 poin / 5
 
Dans le même registre, un peu plus typique, on écoutera Os Tubaroes (les requins) avec le célèbre chanteur Capverdien Ildo Lobo (dont je viens d'apprendre le décès), ou Finaçon (qui veut dire accordeur, enfin je crois...).  I ci on est franchement dans la varietoch' dans ce qu'elle a de meilleure (méthode coué) : les concerts dans les rues avec le rhum où tout le monde chante un air bien connu et facile à retenir, et le pire : le son et le mixage des fois très très limite (là c'est tellement limite et cela a tellement veilli que je me demande si cela vaut la peine de laisser vivre cette chronique).
 
Os Tubaroes, djan djan  1 poin / 5
 
Finaçon, Tel ki tada, tada  1 poin / 5
 
 
 Pour représenter la sodade, très proche de Cesaria Evora, on découvre des musiciens comme Bau. Bau accompagna Césaria et essaya de surfer sur la vague.
 
Jailza, Bau 2 poin et demi / 5

 
 
Mais basculons vers le funana. D'abord le funana rural, original, celui de Kode Di Dona (dixit "le cadet de la dame"). Le père du funana. A lui seul il justifie en fait cette chronique. Ici je vous parle d'un homme dont on peut imaginer qu'il est l'équivalent du John Lee Hooker du blues américain. Physiquement d'abord, mais aussi par la dureté de sa vie et la force de sa musique. Il joue de l'accordéon, son fils du ferrinho. Le titre s'intitule Mi Mokeru n ka pode ku el ("moi, le soulard, je ne le supporte pas"). J'ai eu le plaisir de rencontrer cet homme aussi simple qu'impressionnant. Je ne sais pas s'il vit encore.
 
Kode di Dona, "moi, le soulard, je ne le supporte pas"  4 poin / 5
 
  
En 1978 Katchas fonde le groupe Bulimundo ("tournemonde") et révolutionne le funana  en le faisant basculer dans le monde moderne, en électrisant le tout. En 1980 il sort deux tubes : Bulimundo et Djam Brancu dja. En 1988 Katchas meurt dans un accident de voiture, en 1995 Bulimundo passe toujours régulièrement à la radio.
 
Bulimundo  3 poin / 5
(pensez à chanter le refrain sous la douche : funanaaa !)
 
Djam Brancu dja  0 poin / 5
  
 
Putain j'ai vraiment l'impression d'écrire un truc pour le guide du routard. Dois-je conclure dans cette veine ? Le marché de Assomada est pittoresque. L'eau dans les hôtels en 1995 n'est jamais chauffée. La bière locale s'appelle la kleps, le plat typique est la cachupa (du maïs).
 
 
  
 
 
Mis à jour ( Mercredi, 05 Avril 2006 09:42 )  

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