L'homme a conquis tous les océans, escaladé l'Everest sans oxygène, visité la Lune… Dans ce monde où la chair est triste et où Googlebooks a numérisé tous les livres, il demeure une terre d'aventure ouverte à tous. Mais que l'on aborde pas sans une préparation psychologique intensive, au risque de relire compulsivement les œuvres d'Alain Peyreffite ou, en cas extrême, de rater le concours de recrutement de la Police nationale.
Vu de loin, le pendant Internet du Figaro ressemble à une fantasmatique tour d'ivoire cernée de mouches brunes et aux gargouilles de corbeaux morts, un peu comme si les adaptateurs à l'écran du Seigneur des anneaux avaient sombré dans la scatophilie —une forme bénigne de la sarkophilie– nécrophage. Vu de près, il s'avère que ce sont des drones miniatures qui survolent le terrain de chasse de Serge Dassault (également propriétaire de Corbeil-Essones et d'une partie du budget de l'État grâce aux contrats avec son entreprise de production de fleurs des champs), les mouches ne supportant plus l'odeur qui y règne.
Photo ci-dessus : Pour dénoncer le léninisme ambiant qui règne en France, Serge Dassault va passer l'hiver à Moscou.
S'épanouissent en revanche en ces lieux d'immondes spécimens que je m'en vais vous présenter. Ils y forment le troupeau des commentateurs d'articles. C'est ce lieu inhospitalier que je parcours, en faisant comme si j'étais l'un des leurs, prélevant des échantillons. La Science ne sait pas ce qu'elle me doit. Je précise que je respecte la grammaire et l'orthographe d'origine.
Régulièrement, je vous tiendrai informé de mes plus belles découvertes — à moins que, sombrant moi-même dans la déliquescence promise par Mongénéral, je ne finisse naufragé dans les eaux noires de la sénilité.
Echantillon n°1 : article sur des interpellations à la suite de violences en marge des manifestations contre la réforme des retraites (article ici). Un courageux Figaronaute réagit avec ses tripes : "Des casseurs??? Non je penche plus pour des animaux sauvages! Et les animaux animaux sauvages ils faut les mettre en cage ou les remettre dans leur pays. Alors ces bougnouls ont en veux pas! On veut des gens qui travail et qui ont des valeurs: travail, respect, enjoyment! Alors ces gens (si on peut encore penser qu'ils sont des gens civiliser et humain) doivent recevoir une punition sévère et sans retour. Il faut mettre en place un système de régime spéciale pour une catégorie bien particulière, On en a marre de ces gens et on espère que le gouvernement ne cédera pas face a eux. La suite?? Cage ou airport!"
Echantillon n°2 : un article —ou plutôt, une brève, car ce n'est pas le genre de sujets sur lesquels on s'étend au Figaro– nous apprend que 13% des Français se trouvent sous le seuil de pauvreté. Un commentateur réagit immédiatement : "Mais qu'attend cette partie de la population pour se mettre au travail?"
Echantillon n°3 : la suite de la brève précédente évoque "8 millions de pauvres en France". Un dénommé Fernand15 analyse lucidement la situation : "Aujourd'hui, la seule différence entre les riches et les pauvres c'est l'argent. La plupart des pauvres sont nés de parents pauvres et la plupart des riches sont nés de parents riches, ces derniers avaient autrefois l'intelligence de transmettre autre chose que de l'argent à leurs enfants (je pense à l'éducation) et tout ça est bien fini. La vulgarité, l'ignorance et la médiocrité ne sont plus l'apanage des pauvres.
Echantillon n°4 : réforme des retraites encore, manifs toujours, et voilà les "casseurs". Une visiteuse a une bonne idée pour aider la police: "En utilisant des canons à eau, il serait bon d'ajouter à l'eau un liquide colorant indélébile (rouge ou vert par exemple) qui leur laisserait des traces pour les repérer ensuite, malgré les capuches et déguisements divers. En plus ce n'est pas dangereux pour rassurer les bonnes âmes prêtent à tout excuser."
Bien sûr, les profs ne sont pas étrangers à ces dérapages, note un autre commentateur : "Pour en revenir aux profs, certains vivent dans un monde virtuel, il ne faut absolument pas leur faire confiance. Certains manipulent les gamins et MANIPULER n'est pas instruire ou éduquer. Avant d'être profs, il faudrait instaurer un stage de 10 ans minimum obligatoire dans l'industrie.(par exemple)Ils sont complètement déconnecté de la réalité.Je ne connais personnellement aucun prof qui dit aux élèves qu'il va falloir se battre pour aller trouver du travail.Ils leur disent qu'il faudra se lever pour chercher un emploi. Ils ne font pas la différence entre un emploi et un travail. D'où ,le stage obligatoire."
Horreur ! Un prof, en voilà justement un, égaré, sans casque ni gilet pare-balles. Que fait-il sur Lefigaro? Nul ne le saura. L'intrépide prend la parole : " Je suis prof dans le 93 depuis 10 ans, la dégradation durant les 3 dernières années est sans précédent. 10% de mes élèves sortent de 3e sans affectation, ils sont plus de 4000 sur le département à être lâchés dans la nature. Qu'ils resurgissent durant des émeutes n'est pas une surprise. On ne s'occupe plus d'eux, tout simplement, du coup ils s'occupent à leur façon. Fermer les BEP, supprimer 15 000 postes de profs par an depuis 4 ans, mettre 80% des profs stagiaires dans le 93, concentrer les moyens sur quelques internats d'excellence, supprimer la carte scolaire pour ghéttoïser encore davantage les établissements en difficulté....n'en jetez plus."
Un certain Marignan001 lui rabât son caquet : "Que d'aneries dans vos propos. Vous voulez faire croire que ces "éléves" cassent parce qu'on ne s'occupe pas d'eux et parce qu'il n'y a pas assez d'enseignants??? Au contraire, on en a trop fait. Il faudrait supprimer l'obligation de scolarité jusqu'à 16 ans et cesser de donner des moyens à des gens qui n'en auront aucune reconnaissance. Si les enseignants faisaient leur travail d'enseignant et non de militant de gauche, la situation serait un peu meilleure!"
Comme quoi, l'éducation, ce n'est pas aussi compliqué qu'on veut bien le dire. Mais ce commentaire a également le mérite de souligner une évidence. Au-delà des profs, le véritable responsable, c'est… le gauchiste. J'écris "le gauchiste" et non "les gauchistes" car, en réalité, ils se ressemblent tous, bave aux lèvres, couteau entre les dents et sacs à main des petites vieilles sous le bras, comme le rappelle cet efficace portrait-robot : "Tant que MM Besançenot,Melanchon,Hamon et les syndacalistes troskystes continuèront seulement à parler de haine, de vol et de vengeance plutôt que faire des propositions sur le travail et les retraites il n'est pas étonnant de voir les villes saccagées. Evidemment pour ces messieurs les boutiques des commerçants et les pauvres gens qui se font voler leurs sacs ne sont que des capitalistes richissimes à qui voler leurs super-profit! Merci la gauche."
Echantillon n°5 (à mon avis, l'odeur est assez similaire à celle du parfum Chanel du même numéro) : cette fois, le Parlement européen veut allonger la durée du congé maternité minimum dans l'Union à vingt semaines (au lieu de dix-huit). Les garde-fous du Figaro sont lâchés. "Tout est bon pour ne pas travailler.", remarque l'un. Un autre observe : "On voit bien que nos eurodéputés sont complètement déconnectés de la réalité économique, c'est grave. Partout en Europe, on met en place des plans d'économie dans précédent, on allonge la durée de cotisation du chômage ou de la retraite (on en sait quelque chose en France) et Madame arrive avec sa super idée très généreuse... Bruxelles est devenu une organisation soviétique..."
Le bon sens reprend vite le dessus grâce à ce commentaire : "et après cela on dira que l'on ne travaille pas assez en FRANCE après tout la grossesse est un état naturel y a pas besoins de tout ce temps une semaine est largement suffisant elles ont voulu aller travailler alors qu'elles assument."
Echantillon n°6 : la discrimination anti-homo évoquée dans un article fait jaillir cette saillie : "Je ne suis pas certain que quelqu' un qui a pour habitude de se faire enc.... puisse faire un bon soldat."
Supposant qu'il s'est passé moins de douze heures depuis votre dernier repas, j'arrête ici cette énumération.
Aventures extrêmes sur Lefigaro.fr, épisode 2
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