Aucune page ne lui était dédiée sur le web jusqu'à présent. Lui-même ne s'est dédié à rien.
Il n'est pas encore mort et il ne nous manque déjà pas. C'est dire à quel point notre désintérêt est profond en apprenant que Lazare Delamour est encore parmi nous, alors que tout semblait indiquer le contraire. Si aucun hommage ne lui a été rendu jusqu'ici de son vivant, nous ne pouvons que souhaiter qu'une mort prochaine nous permette de saluer son oubli comme il se doit.
Photo : Lazare Delamour enfant
Apparu au monde dans l'indifférence générale, au point qu'aucune archive ne mentionne sa naissance, il y demeurera jusqu'à la date de son décès, dont la présente évocation ne peut avoir pour ambition que d'en dissiper l'incertitude. S'il n'était pas disparu, on pourrait même douter qu'il eut jamais existé.

Il n'était pas, il fut, il n'est plus, dit-on des mortels. De Lazare Delamour, le plus commun d'entre eux, je dirais - les compliments les plus courts étant les meilleurs : " n' " Quelle plus belle preuve de sa singularité que souligner que, de son vivant incertain, on parle déjà de lui au passé ?
Photo : Lazare Delamour adulte
Il évita de se signaler par la multiplication des petits riens : d'un rien, il faisait trois fois rien. Ainsi Lazare Delamoure parvint à ce paradoxal exploit de redonner du sens à l'insignifiance, reconciliant le tout et le rien. Parti de rien, il demeura transparent et dans cette mesure, n'avait rien à se reprocher.
Aussi, à l'évocation de sa mémoire, c'est son absence qui vient d'abord à l'esprit. Et il porte en lui-même un témoignage poignant sur la délicate question philosophique de ce qui distingue le vide du non-être. Et encore : l'être précède-t-il forcément l'absence ? "N'est-ce pas ?", son expression favorite, recoupe l'impossibilité de toute expression quand, abstrait de toute pensée, la parole vient à manquer. Car il n'y a pas de mots pour dire Lazare Delamour. Poussière restée poussière, balayé par la petite histoire, ignorée de la grande. A se demander comment il peut disparaître, lui "qui s'enfuit déjà, oublié du temps"
Tel l'homme invisible, il ne laissera pour trace que l'idée que les autres se feront de lui. Aussi allons-nous nous taire, au risque, le cas échéant, de lui donner une existence qui le dénaturerait. Salut, Lazare Delamour, qui que tu fus !
Photo : Lazare Delamour âgé
Site officiel de Lazare Delamour
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