
Honnis, insultés, bafoués : il est temps de rétablir la dignité des pigeons et de les faire entrer au Panthéon. Mais les pigeons ne sont pas humains !, me direz-vous, ce qui m'étonne peu eu regard de votre mesquinerie habituelle, vous qui craignez qu'on vous pique votre place aux côtés du cardinal Ippolito-Antonio Vincenti-Mareri, de Tronchet (François-Denis, pas le dessinateur, bande de palefreniers d’incurie) et des époux Curie (et non des épicuriens, espèces de mal au tru). Mais Jean Moulin, pour être au Panthéon, était-il Hollandais ? Non ! Et ça ne l'a pas empêché d'y être transféré, tel le capitaine Kirk téléporté merci Scotty sur la planète Bleurg, alors même qu'il s'est fait porter pale pendant les meilleures années de l'Occupation.



Sur ces photos, on ne reconnaît aucun pigeon digne de ce nom. Un scandale qui ne peut plus durer.
L'autre question qui émerge en ce moment est : peut-on entrer au Panthéon sans être noir quand on ne s’appelle ni Félix Eboué (Eboué, pas "éboueur", ramassis de larves spinales) ni Michel Platini ? Vous remarquerez que j'ai écrit "noir" et non "nègre", car seules deux personnes en France, Pierre Desproges et Aimé Césaire, peuvent actuellement faire usage de ce terme sans paraître ridicules, racistes, ou vivantes. Ou nègre, bien entendu, pour ce qui concerne Desproges, dont nous commémorons (et non pas "fêtons", ainsi que ne manquerons pas de dire une poignée de nitratés télévisuels expectorant leurs dépêches AFP comme les glaviots de la bronchite printanière) le vingtième anniversaire de la mort. Et qui n'est pas près d'entrer au Panthéon, vu qu'il a passé son temps à cracher sur nos institutions, nos grands hommes, nos valeurs, nos tombes et, parfois même, sur Jean-Marie Le Pen.
ci-contre : Un pigeon tombé sur la France.

On se souvient de la réflexion de François Mitterrand sortant du monument après un coup de chapeau à Jaurès et Zola, au lendemain de sa victoire à l'élection présidentielle de 1981 : "ça ne sent pas la rose, là-dedans". Hé ! non, le vieux raidi en boîte ne sent pas meilleur que le nonagénaire à l'haleine de chairs moisies, dont le dentier se décolle à force de tremblotte. Vous plairait-il, à vous, de passer le restant de vos jours, qui ne sont plus que des nuits, à péter du méthane dans du sapin sans aération ?
Et puis ce qu'ils doivent s'emmerder, les "grands hommes", calaminés, certes au coeur de Paris mais loin de Corfou, sous des mètres cubes de prétention monumentale, devenus souvent à leur corps défendant des symboles intouchables et défendu de faire pipi dessus. Y a-t-il une dame-pipi au Panthéon ? Non. Vous voyez bien.
Mais qui sont ces panthéonisé – car la République, pour laïque qu’elle soit, n’en canonise pas moins selon ses propres règles ? Ce sont des grands et des humbles. Voilà ce qui tous les caractérise : ils vécurent grands – et fiers ou forts aussi, souvent – mais surtout humbles face à la tâche immense de l’avancement de l’humanité. Humbles comme ces humbles qui meurent quotidiennement, surtout sur le continent nè… noir pendant le "Jeu des 1000 euros", sans attendre la question rouge de Lucien Jeunetjoliesse. Humbles jusqu’à aujourd’hui bouffer de la terre par lombrics interposés, comme ces humbles de Haïti qui se confectionnent des galettes de boue entre deux manifestations contre l’inflation au "Jeu des 1245,56 euros", ou la famine en Inde, je ne sais plus, en tout cas il est certain que ces gens-là sont remontés, c’est pour cela qu’ils ont besoin d’une nourriture solide et qui tienne au corps.
Mais le temps qui nous est imparti n’étant pas près de revenir, même aux petits oignons finement hachés, plutôt que de nous intéresser à ceux qui cassent la graine, leur pipe ou les couilles, revenons à nos pigeons. Pour faire entrer un pigeon au Panthéon, il faut avant tout bien le choisir. Or, le meilleur pigeon est, comme le soldat, inconnu. Bien que l’on trouve de l’un et de l’autre au marché de l’Arc de Triomphe, il est important de ne point les confondre. Le poilu s’est fait ouvrir le bide comme la caille farcie et revient à feu doux au mois de novembre tandis que la troupe défile au pas. Alors que plumé se fait tordre le cou comme la rumeur puis saisir à feu vif avant d’ajouter les petits pois.
ci-contre : Encore une grande plume qui mérite d'entrer au Panthéon
Attention, ne confondez pas le pigeon et la tourterelle. Ni l’Arc de Triomphe et la Tour Eiffel. Il n’est pas arrivé le jour où l’on fera entrer une gonzesse célibataire au Panthéon, quoiqu’en pensent les cercueils entourant celui de Claude-Ambroise Regnier, comte Grunau, duc de Massa Di Carrara (et non de Mascara, tas de virus du tachisme himalayen).
Il convient, pour faire entrer un pigeon au Panthéon, comme pour un écrivain, un militaire ou tout autre héros national, d’organiser une cérémonie pompeuse MAIS sobre. On perçoit immédiatement la finesse de l’entreprise. On prendra soin d’ameuter autant de pigeons que possible sur le parcours du cortège : là, rien de bien difficile, les trottoirs, magasins de vêtements et bureaux de vote en étant bondés. Ajoutez plusieurs louches de corps constitués (de quoi, je n’ose l’écrire) et de l’exécutif. Faites entonner au son d’un tambour ratatapoum. Dressez avec des drapeaux. Servez à la télévision en couleurs, si possible avec un accompagnement de Léon Zitrone. Au cas où l’épicerie du Bon marché est en rupture de stocks, un Alain Peyreffite ou une Maïté feront parfaitement la ferme.
Quand la sauce est bien prise, lâchez une bombe H rue Soufflot en chantant l’air du Pont de la rivière Kwaï. Ce qui nous amène au sujet de notre prochain exposé : « Comment faire entrer un champignon au Panthéon autrement qu’entre les doigts de pied ? »
PS : le risque du "à la manière de" étant de se tromper d'hommage, ou de pamphlet, merci de m'épargner vos calculs rénaux.
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