J'arrive à un âge où il devient nécessaire de me familiariser avec la musique des enfers. Je commence en effet à m'inquiéter. Pensez, entendre une musique une éternité durant ! Bien entendu, on ne peut que la supputer, personne n'étant revenu nous dire à quels sons nous serions accommodés outre-tombe, mais je dois dire que Khanate et Esoteric ont à ce jour produit ce qui me semble être la version la plus vraisemblable de l'environnement sonore qui nous attend, Hieronymus Bosch et Goya en ayant fourni un décor lui aussi fort possible. Ramesses propose aujourd'hui une option très convaincante, et par la même occasion, l'un des albums les plus poisseux, macabres, violents et terrifiants que j'ai entendu depuis longtemps. Peut-être faut-il y voir mon sevrage relatif de doom et de sludge durant ces derniers mois, du fait d'événements personnels qui sortaient cette musique de mon champ d'intérêts (et si elle y revient, je ne peux que m'en désoler), mais tout de même, je pense ne pas trop me tromper.
Pour ceux qui ne sont pas exégètes dans le domaine, Ramesses se compose de deux anciens
Electric Wizard, ceux qui ont enregistré le légendaire Dopethrone dont je relatais ici-même la grandeur il y a un ou deux ans. Alors que Jus Oborn poursuivait Electric Wizard avec une réussite indéniable (We Live est en effet un chef d'œuvre), Ramesses (dans lequel Tim Bagshaw, le Wizzard électrique bassiste, est passé à la guitare), s'extrayait lentement et laborieusement de sa tourbe doom d'outre-manche. Après 2 maxis fort convenables mais sans génie, cette alchimie misanthrope (superbe titre) est pour le moins une œuvre qui enthousiasme.
Ramesses pratique un doom sludge plutôt classique et qui assume l'héritage des grands anciens (et principalement Black Sabbath bien sûr), mais il ne s'enferme pas dans un créneau. Ainsi, si sur les 3 premiers morceaux, le groupe s'ébroue dans la boue d'High On Fire (minus la dimension Motörhead), il n'hésite pas sur le splendide "Coat Of Arms" une intro quelque part entre Cure et Cocteau Twins, même si rapidement, cet instrumental devient une masse de décibels qui n'est pas sans évoquer Pelican, un Pelican il est vrai agonisant au milieu
des marais plutôt que planant majestueusement au dessus des océans mais bon. Quant à "Terrordactyl", le fantôme de Sleep (celui du premier album) y traîne, et c'est un terrifiant délice.
Ce qu'il faut bien préciser, c'est la puissance et la lourdeur sidérantes de ce disque, dans un genre où il y a de la concurrence. Une mention particulière à Mark Greening qui est un batteur gigantitanesque (aux enfers, on a droit aux néologismes). Et puis il y a ce quelque chose de groovy qui sous-tend ce magma putride, avec une certaine majesté qui permet d'atteindre au pathos que le genre nécessite pour être au niveau de ses ambitions. Bref, le mariage des contraires, tout ce que j'aime.
Le plus terrible, c'est que cette histoire de musique des enfers est une comptine paradisiaque à côté de ce qui nous attend. Car lorsque ce sera la fête aux asticots, il n'y aura pas la moindre note de musique. Non, pas même celle de Ramesses (ce qui en rassurera peut être certains). Alors autant en profiter pendant le reste de ce qui nous sert de vie.
4 poin 1/2 sur 5



Pas d'extrait, mais ici, sur leur Myspace il ya tout ce qu'il faut, outils et materiaux, les 3 premiers titres de l'album et puis deux titres plus anciens tout aussi excellents bien que plus "bluesy" (enfin c'est tout relatif) et moins Dante-sque
Cette chronique a été initialement publiée dans Crossroads et permet d'annoncer le concert de Ramesses dimanche 16 septembre avec Unearthly Trance et Carmina (adresse ci-dessous)

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