Un groupe composé de plein d’ordinateurs et de câbles, avec deux personnes cachées derrière ouvre le concert pour Blonde Redhead. La seule qualité de cette première partie –une musique Mac Intosh d’ascenseur sans une parcelle d’humanité- fut sa concision. Suivons leur exemple et passons, donc (en passant aussi sous silence le nom du groupe).
Blonde Redhead arrive tôt. Avez vous remarqué, un groupe arrive à l’heure de nos jours. Et puis fumer est interdit, maintenant. Et ce soir-là, pas d’alcool en vente non plus. Ouah, l’ambiance ! D’un autre côté, certains écouteront peut-être enfin les musiciens qu’ils sont venus voir ; sous l'influence de moult substances, même un concert de Jean-Louis Aubert peut être fascinant. C’est pourquoi je suspecte quelques spectateurs hyper et multi dosés de n’avoir jamais prêté une oreille à ce qu’ils écoutent, ce qui est tout de même un comble, accordez le moi.
Mais grâce à notre Blonde Vénitienne, nous avons pu nous téléporter sans drogues en un monde plutôt trouble et enfumé de passions.

Enfin, pas immédiatement… Le show est à l’évidence très rodé. Rien ne déborde. Tout est nickel, joué à la perfection. Les lumières et fumigènes dansent un ballet discipliné. Cette mécanique bien huilée fait craindre quelques instants un spectacle un peu froid, sans aspérités. Certains reprochent régulièrement à une scène dite "indé" de « ne pas savoir jouer ». Ces artistes démentent en une soirée ces mauvaises rumeurs, du moins en ce qui les concerne. Il est vrai que la richesse de leurs arrangements les emmènent loin de toute attitude Lo-Fi, d’un minimalisme formel comme unique argument artistique (La fameuse "épure" , parfois belle, mais mise à toutes les sauces !). Le superbe sens des mélodies (que le groupe a toujours soignées) cache des architectures presque labyrinthiques. A la réflexion, je n’ai pas entendu tant de groupes de rock développant en concert des broderies sonores si subtiles et enveloppantes…
Quoiqu’il en soit, je basculai finalement, yeux écarquillés, dans un fascination douce.
Une scène de film:
Lieu : Non clairement identifié- entre deux métropoles, si possible un peu folles. Pourquoi pas New-York et Shanghai ?
Eclairage : Couleurs tranchées aux effets ambigus. Du rose bonbon au rose junkie. Du bleu immaculé à celui taché de sang.
Personnages : Deux rockers dialoguent sur scène, une fille et un garçon ( il y a un troisième personnage important, leur batteur….mais chut ! Il est discret exprès…). Leurs deux voix sont très proches, celle de la fille joue avec les limites du faux, s’arrête à temps pour ne pas y tomber. Parfois la fille lâche sa guitare pour seulement chanter ; là elle esquisse de petits pas : toujours la même duplicité, elle semble timide mais dégage une forte charge émotive – sexuelle ? Ah, peut-être, mais laissez moi donc à mes rêves romantiques et fatigués-…
Car oui, les chansons de Blonde Redhead sont animées d’un romantisme frontal, mais bouffées par un étrange épuisement. La naïveté des airs de petites filles qu’entonne Kazu est altérée par la vision de ses énormes cernes qu’exposent cruellement les spots, et par le poison presque palpable que distillent leurs rengaines trop jolies pour être honnêtes. Le flot musical de Kazu (chant, guitare,clavier) et Amedeo (chant, guitare) vient de ce torrent au courant trompeur, dont les affluents sont la rivière Pop et la rivière Noise. Même si depuis quelques années, la rivière Noise s’est asséchée, d’album en album.
Ce concert de Blonde Redhead fut une tranquille exploration d’écorchures ; nous prîmes avec eux ce chemin de crête tortueux dont les deux flancs sont le kitsch et le drame. Le même chemin que celui qu’emprunte leur dernier opus, 23, que je n’ai pu réellement aimer qu’après cette soirée…










L'oiseau qui chante dans ma tête
Et me répète que je t'aime
Et me répète que tu m'aimes
L'oiseau au fastidieux refrain
Je le tuerai demain matin.
Jacques Prévert
Vous trouverez sur le site officiel de Blonde Redhead et sur leur page MySpace des extraits d'albums, des vidéos, etc...,
Toutes les photos ont été prises par Sandy Prolhac.
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