Wendy Smith : backing vocals, guitars
Martin McAloon : bass
Neil Conti : drums
Kevin Amstrong : some additionals guitars
Paddy Mc Aloon : vocals, guitars, pianos
Il y a des remasterisations que l’on subit, des ré-editions qui sont l’occasion de dépoussiérer et de bricoler de vieilles bandes que le marché devra absorber, et puis il y a celles que des milliers de fans attendent, des amoureux d’une tonalité différente, d’un souffle et d’une atmosphère qui n’existeront peut-être plus jamais. Personnellement cet album mythique de Prefab Sprout fait partie de celles là.
Passé complément inaperçu aux US, Steve.Mc Queen a pourtant élevé Paddy Mc Aloon au rang des surdoués de la Pop de l’époque qu’étaient devenus Costello, Morrisey & Marr, mais lui citait, à qui voulait l’entendre, Brian Wilson & Paul Mc Cartney.. Les années 80 sont largement entamées que déjà règnent dans les charts des Tears for fears, Depeche mode, Wham, ABC mais également les Talking Heads, The Smiths et Prince & the Revolutions ; ce préambule est à mon avis nécessaire pour planter le décor dans lequel cet opus sort en Angleterre. Ces fameuses années 80 qui ont failli tuer le rock à coups de pubs nauséabondes, de clips outranciers et de marketing délirant. C’est Thomas Dolby (un homme au passé déjà chargé en matière de mainstream beahaviour), qui les avait entendus sur une radio, et qui fit le premier pas vers Paddy Mc Aloon pour lui demander de produire son prochain album.
A partir de là, Mc Aloon confia à T.Dolby une « pile » de morceaux datant de 1979 (donc bien avant l’époque du tout premier album de Prefab « Swoon » paru en 84) en lui expliquant qu’il ne savait plus comment les interpréter, encore moins comment les graver en studio.
T.Dolby, producteur originel, a repoli et lustré cette réédition à la perfection 22 ans plus tard . Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les deux versions (sans toucher aux réglages equalizer et volume) et s’apercevoir très vite du contraste. Il disait récemment sur son blog «.. Ce disque est totalement dément.. ..beaucoup de compositeurs et d’aficionados du genre, classent cet album parmis les 100 meilleurs de tous les temps, et en étant objectif je souscris totalement, c’est encore une bombe..»
.On a dit de Mc Aloon qu’il écrit comme un artisan de la vieille école, que ses chansons sont complexes, délicates parfois démodées, mais dont on se nourrit sans cesse après chaque écoute. Alors que dire sur cet album ? Tout a été déjà fouillé, décortiqué. Des mélodies acidulées sur "Bonny" & "Appetite" que Paddy et Wendy chuchotent en complices qu’ils furent, des guitares aquatiques de "Johnny" aux claviers célestes de "Desire As ", en passant par le swing chaloupé de Bleuberry Pies & les cuivres et cordes du très Swonnesque "When the angels". Quatre singles furent extraits et gentiment mis en orbite par le groupe: "Faron Young, Appetite, When loves break down", avec 10 versions différentes au moins (nous étions au temps merveilleux du 7 et 12 pouces vinyle) et enfin "Johnny Johnny" (Goodbye Lucille#1)
Mais la veritable bombe c’est le CD II, celui des huit nouvelles versions acoustiques que P. Mc Aloon a ré-enregistrées l’été dernier. Il revisite Appetite avec encore plus de langueur, Wendy n’est plus là pour doubler les débuts de couplets (..Hunger howls.. He talks so well.. etc..) mais la passion du désir amoureux est toujours présente. "Bonny" et "Desire As" explosent littéralement sous la sensualité de la poésie ainsi que sous les guitares enchâssées les unes aux autres.
Ces versions fonctionnent comme si elles avaient une doublure de longue date, ce sont en fait les vraies versions de "base",celles qui ont été jouées en pub et qui ont été enregistrées comme demo-tape.
Dépouillées de leurs claviers, de la rythmique & des cordes on n’imaginait pas un instant que ces standards puissent être aussi émotionnellement puissants avec un Mc Aloon dont la voix est en tout point magique.
Un autre aspect de la construction de ces titres, c’est qu’en fait ces nouveaux arrangements (les arpèges qui s’égrainent en renfort du refrain de "When loves break down", les "No you won’t.. Nooo you won't" de "Goodbye Lucille#1") ont plus d'âme que la version re-vitaminée de Thomas Dolby.
Mieux, sur "Faron Young" la 12 cordes qui se paye le luxe de s’hispaniser un instant, supplante avantageusement le picking countrysant-à-souhait de la version 85, comme une évidence, et il en va de même pour l’harmonica de "When the angels".

Ces 19 nouveaux bijoux ne sont qu’une longue suite de love songs, de désirs brûlants mis en mots et en notes, du pur extrait d’intelligence, de celui dont sont faits les écorchés.
L’album fut rebaptisé "Two wheels good" aux US car le clan Mc Queen l’exigea ; " The Yearning Lions, He’ll have to go" et une extended version de "Faron Young" raccourcie en "Faron" intégrèrent la playlist finale. Pour la suite de leur épopée, pas plus "Jordan :The Comeback" que "From Langley Park to Memphis" n’ont pu restaurer un pareil souffle.
"Andromeda Heights" (1997) et surtout "Protest Songs" ( 1989) (intégralement composé et enregistré quatre ans plus tôt, pratiquement dans la foulée de SMQ) complètent les chapitres du prodigieux talent de Paddy Mc Aloon.
Deux sites consacrés à Prefab ici et là
Discographie illustrée ici..
Wendy Smith's corner ici
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