Dernière parution en date de ce musicien exceptionnel qu’est David S. Ware, Renunciation est peut-être le disque qui présente le plus évidemment, avec Godspelized (1996), la profondeur méditative de sa musique. Enregistré en public, le 18 juin 2006 au 11ème Vision Festival qui tous les ans se déroule à New York, avec le quartet qu’on lui connaît depuis quelques années maintenant et publié sur le label Aum (qui a déjà publié plusieurs enregistrements de D S. Ware dont celui chroniqué ici), ce nouvel opus renouvelle la musique du quartet en ce sens qu’elle me semble plus apaisée, plus sereine, n’excluant pas des moments d’intense fébrilité rythmique et percussive. Après une présentation des musiciens et leur entrée sur scène, c’est par Ganesh Sound (du nom d’un dieu indien très populaire dont la signification serait « celui qui écarte les obstacles » ou bien « celui qui favorise le succès ») que les musiciens choisissent de démarrer leur méditation.
Le sax de D S. Ware revêt un son ample, presque granuleux, grave comme l’est aussi le morceau qui s’apparente à une sorte de marche (non pas funèbre mais résolue et recueillie). Vient ensuite La Renunciation Suite (en 3 parties) où le quartet plus uni et à l’écoute que jamais délivre une composition aux richesses harmoniques et aux combinaisons instrumentales toujours surprenantes. Comme quand au début de cette Suite, D S. Ware joue « a capella » pour qu’ensuite piano, batterie et contrebasse prennent la relève, les musiciens ainsi se répondant comme en un écho des gospels où le chœur répond au leader. Matthew Shipp extrait de son piano des sons produits en en pinçant les cordes et la frappe dont il fait preuve sur son clavier est tout bonnement saisissante d’intensité. Guillermo E.Brown y déploie par ailleurs des trésors d’inventivité, de précision maniaque dans la frappe, dans une polyrythmie qui semble n’avoir de cesse.
La suite se poursuivant dans sa deuxième partie par une pièce en quartet qui laisse les musiciens exposer toute
l’énergie dispensatrice d’un jazz résolument paroxystique dans la puissance instrumentale déployée. L’auditeur en reste cloué au sol ou à son fauteuil tellement le saxophoniste exacerbe la réactivité des corps à une telle énergie (en ce sens la musique est d’une sensualité toute physique). Il faut noter que William Parker, dont la présence est à la fois massive et sereine, comme à son habitude, assure à la contrebasse le soutien efficace et imaginatif dont les trois autres s’inspirent pour porter loin l’expressivité de leur musique.
La section finale de la Renunciation Suite consiste en un dialogue, entre William Parker à l’archet et Matthew Shipp, qui passe par les différentes étapes de l’exaltation généreuse et de l’apaisement retrouvé. Mikuro’s Blues voit le retour du quartet au complet pour une « blues ballad » très coltranienne. Le piano délivrant des accords martelés par dessus lesquels D S. Ware se lance dans un long solo qui semble ne plus avoir de fin possible, au lyrisme lumineux, qui se dilue progressivement dans un final où la contrebasse résonne de ses accords pacifiés.
Le disque se clôt sur une courte reprise du thème d’ouverture, Ganesh et sur Saturnian en rappel. Titre bref, lui aussi, aux breaks répétés qui ne cessent de surprendre et au cours duquel les musiciens, pendant quelques minutes, s’amusent à dérouter l’auditeur.
63 minutes de musique libre et méditative, à l’intensité lumineuse, dense aussi comme sait l’être parfois une musique inspirée, créative, exigeant de l’auditeur une écoute patiente et attentive. Les quelques tentatives faites ici d’une « description » étant loin de rendre toutes les nuances et évolutions internes des différentes compositions.
4,5 poin / 5 (parce que Godspelized est un cran au dessus)
Vous pourrez aussi trouver de nombreuses informations et une biographie lisible en français sur son site :
ainsi que sur son blog :
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